Syndrome Imposteur avec Jeremie Claeys

# Transcription, Syndrome Imposteur, le Podcast : Conversation avec Jeremie Claeys

# Introduction: On se retrouve pour un nouvel épisode du Podcast !

C: Jeremie Claeys. Illustrateur. Tu as commencé en tant que graphiste. Originaire de Belgique. Et tu as un parcours assez atypique. Tu as fait les Beaux Arts, après tu es parti à Oxford, faire une année de théologie, et maintenant tu es en France. Depuis, tu es devenu illustrateur. Aujourd’hui tu es basé en France mais pas seulement parce que tu as une présence dans les pays anglophones assez importantes. (…)


J: Pendant un temps je voulais approcher plus le milieu anglophone. Vu que je parle anglais, j’écris beaucoup en deux langues parce que, comme tu l’as dis, je suis belge aussi. Il y a le français, le néerlandais, l’anglais c’est une sorte de terrain au niveau linguistique. Le site Internet il est aussi écrit en anglais. En réalité 90% des clients avec qui je travaille, c’est en français. Je pense que l’anglais c’est un milieu de terrain que j’aime bien.

Linguistiquement même si aujourd’hui le podcast Sens Créatif est purement en français et je le fais volontairement parce que ce type de contenu n’existe pas beaucoup en français. Je suis flatté que tu es cette impression!C: Pour moi il y a une perspective à l’étranger. Si elle a pas lieu aujourd’hui, elle aura lieu un jour. C’est pas un hasard. Le dernier épisode (avec Andy J Pizza), il est en anglais, avec une intro en français. 🙂

J: Oui.

C: Il y pas mal cette énergie où tu es ouvert en fait. Déjà sur le site, qui est en anglais, beaucoup de gens diraient pourquoi pas l’écrire en français? Donc je pense qu’il y a une ouverture qui est intéressante et c’est ce qui fait justement ton originalité. 

J: Une grosse influence anglophone en fait. Mais mes influences, mes goûts, mes couleurs, mes personnalités, les artistes, les groupes, les films que j’ai aimé c’était souvent anglophone en fait. D’ailleurs en tant qu’illustrateur ça se ressent dans mon boulot pour les gens qui ont un oeil graphique, mes influences sont anglophones. En réalité, plus travailler pour des clients anglophones me plaîrait énormément c’est juste que c’est pas évident d’aller, de l’autre côté…

C: De traverser l’Atlantique?

J: Oui c’est ce que j’ai fait comme tu sais, c’est ce que j’ai fait physiquement en 2018, en allant rendre visite à mon ami Andy J Pizza, et en allant avec lui au ICON Conference, qui est l’une des plus grosses conférences d’Illustration aux États-Unis. J’ai rencontré des gens. Puis j’ai vécu en Angleterre, comme tu sais. Mais au final, en fait c’est tout le processus qui m’a permis de développer les choses, ici en France. Mais j’ai dû avoir cette sorte de “vision”, que fut un temps, je croyais que pour réussir il fallait percer de l’autre côté.

Tu sais genre si tu travailles pour des gros clients de l’autre côté. Ici, tu as l’impression que “wow, il travaille pour nous”. Aujourd’hui je ne vois plus vraiment ça comme ça. Mais c’était cette vision, cette compréhension des choses à l’époque qui m’avait poussé des portes puis voilà en parlant de Andy J Pizza, ce type de contenu, n’existait pas beaucoup en France. Du coup, je me suis beaucoup nourri plus en littérature, en documentaire, en podcast, en anglais donc ça fait partie de ma culture personnelle.

# La parole

C: En fait, je pense que tu en as parlé un moment donné dans un podcast. Tu parlais des monologues. Tu disais qu’au départ tu n’osais pas faire des monologues parce que tu te voyais plutôt comme quelqu’un qui “transmettait” l’info comme un journaliste. De tout ce que tu pouvais récupérer. Alors que après tu t’es permis de passer en mode “je”. Parce que ça c’est pas mal en lien avec le syndrome de l’imposteur je pense… C’était un sentiment d’imposture pour le monologue que tu avais au début? 

J: Apparemment tu as beaucoup fait de recherches ! (rire) C’est comme mes deux projets de zine. Si tu veux, j’ai toujours été quelqu’un qui aime partager, qui aime parler depuis son coeur, qui aime bien parler avec les gens et transmettre. Écrire et partager. Mais au début ça me faisait bizarre de me la ramener en mode “moi, voilà, ce que je pense” et donc du coup c’est pour ça que au fur et à mesure en fait c’est quelque chose de très progressif. Je basais mon travail sur le boulot d’autres personnes.

Prenons Brené Brown avec “Daring Greatly” ou “Braving the Wilderness”, ce sont des sujets qui raisonnaient en moi et j’ai utilisé ses textes et ses travaux pour rebondir et partager mes histoires. Ça date de 2017 mais c’était plus simple pour moi de m’appuyer sur quelqu’un d’autre qui était plus crédible à mes yeux, en tout cas. On en revient aux États-Unis, aux pays anglophones.

Brené Brown qui notamment est plus connue là. Du coup, il y avait ce désir de faire du lien et puis après avec le podcast, au début j’avais juste envie de faire des interviews. En réalité, je suis beaucoup moins en contact avec Andy J Pizza ces derniers temps. Si on retrace mon parcours, il a une certaine importance dedans et puis, c’est lui qui m’a dit: “mais en fait tu devrais…”. Quant on discutait, quant j’étais avec lui en 2018, à un moment donné il me dit: “mais Jérémie, tu utilises plein de métaphores, tu es bon en images, tu arrives bien à communiquer, tu devrais vraiment partager ça”.

De nouveau, j’étais “bah non, je me la ramène avec mes petites histoires” et du coup, il m’a dit “mais tu sais quoi?” Pour ton podcast parce que je lui en avais touché un mot, “pourquoi ne pas t’appuyer sur les interviews, et du coup après tu développes ton contenu par rapport aux interviews”. Donc de nouveau j’étais rassuré quelque part, j’ai dis: “oui pourquoi pas, allez faisons ça”. Et donc quand j’ai lancé Sens Créatif (podcast) en 2019 c’est ce que j’ai fait: trois interviews, un monologue.

C’est ce que je fais encore à l’heure actuelle d’ailleurs sauf qu’au début c’était plus, il y avait vraiment ce côté où je m’inspirais vraiment de quelques bribes des interviews précédentes et je rebondissais dessus. J’ai créé un monologue. Au fur et à mesure, je me suis prêté au jeu. Je me suis rendu compte que ça me plaisait beaucoup. Que le travail d’écriture me plaît beaucoup. Je me suis rendu compte que ça avait un impact plus fort que ce que j’attendais. À ma hauteur, mais c’est tellement encourageant et gratifiant quand tu partage quelque chose, que c’est reçu et qu’on te le renvoie. Quelque part on t’en demande plus. Du coup, au fur et à mesure du temps j’étais de plus en plus conforté. C’est super parce que pendant longtemps je me présentais comme illustrateur alors qu’en fait ces derniers temps je me rends compte que quelque part, développer un propos c’est ce qui m’intéresse beaucoup plus.

C’est aussi un truc d’anglophone ça. Supposons qu’un jour il devait sortir un article qui te célèbre. Tu sais genre: “tu as envie de laisser quoi derrière toi?”. Et en fait je fais du dessin depuis toujours et j’aime trop ça. Je suis illustrateur depuis un certain temps, je bosse depuis 10 ans, j’étais graphiste et tout ça, donc l’image c’est vraiment quelque chose qui est important pour moi mais je me suis rendu compte que en fait “être célébré” en tant qu’illustrateur c’est peut-être pas la chose la plus importante pour moi. Si je peux utiliser ce terme, “auteur: c’est quelque chose, quand je regarde au loin, c’est quelque chose qui m’intéresse plus. Mais c’est un processus tout ça en fait. J’ai dû passer par toutes ces étapes que je partage notamment sur le podcast.

Donc, oui les mots c’est une sorte d’éveil progressif et tu l’as aussi vu probablement en recherchant, j’ai longtemps eu peur de la parole en fait. Parce que je suis quelqu’un de très bavard. Il y a aussi, c’est un peu cliché mais les belges ont une sorte de complexe avec la langue qui est un petit peu chelou. Donc du coup c’est juste qu’au fur et à mesure du temps, j’ai dû assumer que voilà, j’ai cette particularité de la parole. J’aime bien aller directement à l’essentiel. J’aime pas trop le chitchat. Il y a beaucoup de gens qui font du podcast pour ça, pour avoir tout de suite une discussion un peu au coeur des choses. 

Et en fait je me suis rendu compte que peut-être l’illustration c’était un artifice, que je trouve super et dont je trouve une utilité très importante aussi en terme de communication non verbale d’ailleurs. Mais moi je me suis dis en fait, il y a une puissance dans la parole. Dans le fait de donner directement, te donner toi, ce que tu sais, et puis c’est un acte très vulnérable aussi. C’est aussi un sujet qui est important pour moi. C’est pour ça que j’ai décidé de faire du podcast aussi parce que comme un vinyl ça craquelle avec les petites erreurs, les hésitations qui créent la connexion avec les gens. Donc voilà, la parole, l’écriture, tout ça!

C: Alors justement tu as parlé d’un point que j’avais préparé. Donc déjà la vulnérabilité pour toi, c’est quoi? Parce que pour ceux qui ne connaissent pas Brené Brown, très connue aux États-Unis mais malheureusement, seulement un de ses livres a été traduit en français. Les autres n’ont pas été traduits. En plus, la traduction n’est pas forcément… voilà. Malheureusement, quand on lit en français il n’y a pas l’étincelle, ce truc que ça nous a fait en anglais.

J: Non, non c’est clair. Moi je l’ai lu en anglais. Il y a l’énergie qui est là.

# La vulnérabilité

C: Et justement cette vulnérabilité toi tu l’as défini comment pour toi? Parce que c’est très particulier Brené Brown, notamment pour notre culture française. 

J: Ah oui pourquoi?

C: Bah, je sens pas ce côté de vulnérabilité comme bienvenu. Pas en mode “c’est mal” ou on est pas capable… Plus en mode, ce n’est pas célébré, je trouve. Alors est-ce que c’est notre côté, où on est un peu parfois, perfectionnistes? Et je pense aussi que c’est aussi marqué par nos générations passées qui sont très dans… enfin pour moi, je vais donner un exemple concret: quand tu veux devenir entrepreneur. C’est peut-être “à la mode” aujourd’hui mais en France on va plutôt dire “bah non, prends un travail plus sécure”. On ne va pas te demander d’oser. Pourtant, être vulnérable, c’est oser. Donc c’est pour ça que je voulais avoir ta traduction, ton français à toi, de comment tu vois la vulnérabilité? 

J: C’est drôle parce que en 2017-2018 ce sont des sujets que je travaillais beaucoup plus. Là c’est un petit peu moins frais. C’est peut-être plus incarné. Je suis peut-être un peu moins dans la théorie, un petit peu plus dans la pratique. C’est quoi la vulnérabilité? C’est, être soi-même, s’offrir tel qu’on est, de manière entière. Être “a whole person”, tu sais comme on dit en anglais. Avec son côté lumineux, son côté sombre. Et moi j’aime bien cette phrase de Leonard Cohen qui dit “there is a crack in everything that’s where the light gets in”. (Il y a une fissure en toute chose. C’est ainsi qu’entre la lumière…).

Pour moi la vulnérabilité c’est ça en fait. Si on reste chacun. En fait en français je me suis rendu compte que le mot vulnérabilité était souvent associé à quelqu’un, quelque chose de “faible”, quelque chose “à protéger”. Alors qu’en réalité, je pense qu’il y a des limites. Il faut se respecter. Il y a aussi l’intimité.

On choisit aussi à qui on partage quoi. Bien évidemment. Mais on a tout à chacun beaucoup de choses à partager. Et souvent, je pense aussi en France peut-être, il y a ce poids de la légitimité, tu vois? Que je ne connaissais strictement pas avant d’arriver ici. Pour moi, voilà on a tous quelque chose. Et c’est à développer. Avec les failles, les erreurs, les bourdes mais, allons-y. Donnons, recevons, partageons, et j’ai conscience que quand je regarderais en arrière, je le fais d’ailleurs déjà aujourd’hui, il y a des choses. On se dit “j’étais un peu mignon”, “j’étais un peu à côté de la plaque” mais cette sincérité, cette authenticité, cette envie d’aller de l’avant… Je pense que si on n’est pas vulnérable, on ose pas.

Et voilà, on l’a dit toute à l’heure, être vulnérable c’est oser. Bon allez, une bonne petite phrase là: “être vulnérable c’est oser quelque soit où on en est dans la vie”. Qu’on soit débutant, professionnel, jeune, vieux, en bonne santé, pas genre, “c’est juste”. C’est pour ça que le livre de Brené Brown c’est “Daring Greatly” en anglais, en français c’est traduit “le pouvoir de la vulnérabilité” mais “daring greatly” c’est oser.

C: C’est beaucoup plus fort comme titre. C’est l’opposé. C’est complètement un paradoxe. 

J: Oui, il y a un pouvoir mais en fait, on se rend compte avec le temps que c’est dans la faiblesse en fait quelque part que c’est une force de “ouf” parce que si on est toujours là à se blinder, bah on est jamais suffisamment blindé. Non seulement on se protège des autres. On ne crée pas de ponts.

C: Il n’y a pas de lien possible en fait quant on est blindé.

J: Que quant on baisse les ponts. Quant on enlève et qu’on est un peu à poil. C’est genre, “bah voilà comme je suis. “Take it or leave it”. (À prendre ou à laisser). Mais c’est difficile quant il y a le “leave it”. Parce que c’est genre… 

C: Oui, il faut accepter…

J: Bah je suis pas pour tout le monde. Mais en réalité pour trouver quelque part une caisse de résonance, on doit se donner totalement. C’est pas facile.

C: Non, c’est pas facile. Justement pour passer de vulnérabilité à syndrome parce que quant on ressent ce syndrome de l’imposteur c’est beaucoup lié au fait qu’on se sent vulnérable. Donc déjà ce qui est très drôle c’est que lorsque je t’ai proposé d’être invité sur ce podcast tu m’as dit que c’est récemment que tu as ressenti ce syndrome? Donc qu’est-ce qui s’est passé? Comment sa s’est produit chez toi?

J: Oui beaucoup plus fort récemment. Et bien en réalité, tout ça c’est très très neuf pour moi. Je suis quelqu’un étonnamment, j’ai fait tout un travail sur la vulnérabilité mais je me suis rendu compte que c’était vers les autres. C’est-à-dire comme si à travers mon travail j’avais envie de me montrer tel que j’étais que je demandais à l’auteur, le lecteur ou sur les réseaux sociaux, même le podcast:“Voilà comme je suis est-ce qu’il y a réception? Est-ce que ça dérange pas quelque part…?”

C: D’accord.

J: Moi, depuis que je suis tout petit, je suis quelqu’un qui me… Je suis assez sévère avec moi-même. Je me donne très peu et presque jamais le droit à l’erreur en fait. Donc en fait, c’est comme si j’acceptais pas ma propre vulnérabilité à moi. Comme si je l’a pardonnais pas, à moi-même. Que les autres quelque part l’accepte c’est une chose, c’est réconfortant. Mais que, moi en fait, ça me rend malade de me tromper. Vraiment, ça me rend malade, de me rendre compte que je me suis trompé. Que je peux dire de la merde. Que, tu vois? Et j’en suis arrivé dernièrement à simplement me dire, l’erreur est autorisée, pour moi. En fait pour les autres c’est beaucoup plus simple. 

C’est beaucoup plus simple d’accuser l’erreur de l’autre. Et il me semble que c’est pas trop compliqué pour eux d’excuser les miennes. Mais moi envers moi-même c’est toute une autre paire de manche. Cette petite épiphanie dont je te parle elle date pas plus tard qu’il y a une semaine. C’est hyper récent. Du coup, pourquoi est-ce que je l’ai ressenti plus fortement c’est que on parlait d’oser. Le podcast pour moi c’était une continuation de ce processus d’oser. C’est-à-dire que avant 2017, je faisais juste des illustrations. Je me cachais derrière mes images. Ensuite j’ai commencé à écrire des textes, de zine donc je pouvais l’éditer comme je le voulais jusqu’à ce que je le publie.

Ensuite je les ai imprimé. Donc je me suis un petit peu plus assumé. Puis, j’ai voulu aller plus loin dans ce côté direct, vulnérable avec le podcast. Parce qu’en réalité dans mes interviews, il y a très très très peu d’editing en fait. Ce que les gens entendent c’est 98% de ce qui s’est passé. Et me rendant compte au fil du temps dans le podcasting, ce côté chercheur en fait: chercher, clarifier et transmettre c’est trois mots qui me parlent beaucoup. Je me suis dis ok, si je veux aller par là, développer ce travail d’auteur, de chercheur, de transmettre. Le milieu de l’illustration je connais très bien parce que j’ai plein de copains, plein de copines dans ce milieu là.

Ça fait sept ans que je suis dedans. Ça se passe bien. Alors je suis pas une super star ou quoi que ce soit mais je veux dire que je connais suffisamment les ficelles pour comprendre comment ça fonctionne et je connais suffisamment les personnes pour me dire voilà, j’ai ma place dans ce milieu là. Le podcasting c’est tout nouveau. Dans le sens où, je fais ça depuis 2019, donc ça fait un peu plus d’un an. Ça a bien pris certes. Mais l’illustration était toujours mon milieu. Alors que là, avec le fait de vouloir faire du podcasting plus sérieusement, bah je découvre, je rencontre de nouvelles personnes, je suis plus dans le milieu du podcast et là je redeviens un bébé en fait. Parce qu’en fait, j’y connais rien ! Le podcast par exemple c’est du DIY total et ça fait partie de ma culture personnelle. Je n’attends pas l’autorisation, j’y vais.

C: C’est ce que tu disais en tant qu’illustrateur déjà. Tu n’attends pas d’autorisation… 

J: Du coup, tu te blindes moins c’est-à-dire que tu peux faire des erreurs. Ces derniers temps, c’est arrivé plusieurs fois où je me suis senti à côté de la plaque. En essayant. Quand tu rencontres d’autres professionnels dans le milieu du podcast par exemple, tu te dis “ah j’avais pas conscience de ça, ah oui, ça je savais pas…”. Tu perds une certaine innocence. Et puis aussi, j’ai beaucoup donné des choses que j’avais déjà au niveau de mes cartouches. Là, j’ai vécu une sorte de petite crise existentielle un peu. Je n’ai jamais eu autant, si je peux dire ça, conscience de moi même.

Ça fait dix ans que je cherche mon ikigai, comme on dit. Et donc je me suis jamais senti aussi proche de ça et en même temps aussi démuni face à la tache qui m’attend et face à comment faire. Donc voilà je reviens de nouveau au point de départ qui en réalité est la meilleure des positions. Étudiant, c’est la meilleure des positions parce que tu te mets en apprentissage constant et c’est un mix de ça fait peur et c’est grisant à mort.

# Le voyage du héros

C: Donc, si on veut se rapporter au “hero’s journey” (*note: le voyage du héros, de Joseph Campbell: une base, en douze étapes, considérée comme un classique destiné à construire le voyage initiatique typique du héros que l’on retrouve dans nombreux récits du monde entier, de la littérature au cinéma*), que l’on connait très bien grace à Andy J Pizza, notamment. Tu dirais que tu es revenu à la case du début “the call” (l’appel)…

J: Non je suis en bas là, je suis pas loin du “death and rebirth” (mort et renaissance). Mais le death and rebirth ça peut être très court au final. Parce que je dirai que j’ai un peu vécu, d’accepter que je peux me tromper. Tu vois pour parler très concrètement, on en parlait en off, j’ai annoncé sur le podcast il y a deux, trois mois que j’allais passer à un épisode par semaine sauf que j’ai fait. Et c’était pas facile à tenir la cadence. Je fais aussi tout un travail sur moi pour vivre à ma juste mesure. Et je crois que j’ai jamais vraiment eu de mal à entreprendre ou comme tout le monde, j’ai des manques de confiance comme toujours, mais j’ai jamais vraiment eu peur d’entreprendre, une certaine assurance. 

C: C’était dans ta nature ça?

J: Oui dans ma nature, une certaine innocence de “allez ok, pourquoi pas”. J’ai toujours eu cette sorte de rage tu vois de vouloir faire, d’y aller, d’y arriver. Besoin d’accomplissement et tout. Je me suis un peu brulé les ailes. Dans le sens où c’est pas tout de découvrir quelque chose de beau, qui te correspond et qui crée quelque chose de, qui a vraiment une belle énergie, qui est altruiste, etc. On dit aussi souvent, l’enfer est pavé de bonnes intentions. J’avais les yeux plus grands que le ventre en fait. Mon défaut, un de mes défauts, c’est d’y aller à fond sur tous les plans, à tous les niveaux, que ce soit familiale, professionnel, genre je dois être au top tout le temps, en tout temps.On se connait pas, mais j’ai perdu seize kilos en deux ans

C: Seize kilos?

J: J’ai perdu seize kilos en deux ans oui. C’est mon corps qui m’a envoyé le message. Là, ça commence à bien faire. En fait, c’est juste que je me suis rendu compte que vu, que je me mets une pression folle de pas me tromper, je peux pas me tromper. Je sais que je peux me tromper. Mais quand je me rends compte que je me suis trompé ça me rend malade. Que ce soit, professionnel, je suis illustrateur, ça tourne. Le podcast ok. J’ai voulu monter les curseurs. tu sais parce que je me rends compte voilà, j’ai l’impression que c’est une des meilleures choses que j’ai faite de ma vie le podcast.

Sauf que, bah, je me suis rendu compte que c’était pas bon pour ma santé mentale et physique tu vois. C’est que le podcast tu dis publiquement tu vas faire quelque chose et puis là c’est cool tu vas sortir cet épisode au mois d’août pendant que je fais ma pause. Donc si les gens écoutent et que je leur annonce au mois de septembre que je reviens à un épisode toutes les deux semaines. Voilà. De publiquement, reconnaitre que tu as fait une erreur. Bah voilà c’est tout, c’est comme ça. Et c’est pas grave en fait. En fait c’est pas grave. En fait les gens s’en fichent. Mais toi tu t’en fiches pas! (rire)

C: Tu disais, c’est ça qui est intéressant, tu disais au final parce que même d’un point de vue extérieur je peux le dire, vu que justement on se connait pas et que j’ai vraiment un point de vue très très très extérieur, je dirais, il y a tous les feux verts. Dans le sens où bah il y a peut-être (je sais pas je les ai pas vu) les chutes parce que j’étais pas là, ou parce que forcément les chutes on les voit pas, on voit toujours le côté, shiny que ce soit un podcast ou autre chose parce que même quand tu dis parfois j’ai fait une gaffe, j’ai fait un truc, il y en a plein qui l’a voit pas, il n’y a que toi qui l’a voit.

Quand je vois tous les feux verts comme ça je me dis mais comment la voix intérieure, peut être aussi difficile et aussi dure quand tu as autant de remerciements, sur Patreon, si ça marche c’est que c’est tout le contraire, les échecs ont permis quelque chose de tellement plus fort et de tellement meilleur que ce que tu aurais pu t’imaginer. Ce qui est très drôle il y a ce côté un peu paradoxale où tu dis j’y vais à fond, j’y vais à fond mais pas d’échec. En même temps, je suis sûre que comme tout le monde tu es passé par plein… 

J: Oui 

C: Mais tu continues quand même à avoir cette exigence, elle n’a pas changé avec le temps? 

J: Si bah depuis une semaine. (rire). 

C: Ok. Tu lâches quoi…

J: Oui, je suis pas quelqu’un qui a une grande capacité à, en fait c’est paradoxale mais je sais là où je veux aller. Je pense que j’ai une bonne connaissance de moi, du moins relativement bonne parce qu’en réalité au plus tu apprends, au plus tu te rends compte que tu ne sais pas en fait. 

C: C’est ça qui est fou et génial à la fois ! (rire)

J: Oui tout est paradoxale hein… Et, j’ai perdu le fil…

C: Tu disais que ça fait une semaine que tu t’en es rendu compte, que tu t’es donné de nouvelles… 

J: mais paradoxalement j’ai du mal à m’écouter en fait. C’est quelque chose de nouveau pour moi, d’apprendre à m’écouter. Et c’est pour ça, que j’ai mis beaucoup… Je suis très mental en fait, très mental. Et donc du coup, c’est pour ça, c’est facile enfin c’est relativement évident pour moi de voir les “patterns”, de voir, de mettre des choses en place stratégiquement ou même de pouvoir en discuter avec d’autres, d’encourager d’autres personnes et tout à décrotter les trucs, à y voir plus clair etc. Mais je pense qu’un de mes angles morts c’est justement de pas réussir à m’écouter. C’est comme si je réussissais à écouter l’intuition où voilà ce qui me correspond vraiment, là où y a la vie, là où y a une énergie qui sort. J’arrive à voir tout ça. Mais mon corps, écouter mon corps qui te dit genre “mec chill out”, tu vois.

Une des belles choses c’est que, c’est notamment en devenant papa. C’est juste, on peut fonctionner à l’aveugle, autant qu’on veut mais quand t’es en couple, quand t’es en famille, on te renvoie des choses et moi en devenant papa ça m’a demandé deux fois plus d’énergie, professionnellement j’ai deux fois moins de temps, et donc du coup tu puises encore plus dans tes ressources et ça fait seize kilos en moins et donc à un moment donné c’est juste genre depuis le moment où je l’ai identifié que je ne perds plus de kilos.

Tu vois? Et donc du coup il y a ce côté genre en fait si tu veux, si je devais vraiment aller “full on” c’est si je n’y arrive pas, je préfère disparaitre. Parce que, tout un truc de perfection dont tu parlais tu vois. Mais c’est inconscient. C’est totalement inconscient. Parce qu’en réalité non. J’ai une soif de vie. De ouf ! Mais inconsciemment tu n’y arrives pas alors tu puises, tu puises, tu puises, et puis pendant un temps les gens le voient pas et puis au bout d’un certain temps, ça devient apparemment les personnes qui me connaissent bien sont “oh” et du coup moi je suis un peu, “ouai wow, ok”. L’un n’empêche pas l’autre. Je m’explique.

Créer un cercle vertueux, tous les feux verts dont tu parlais, ça marche, la sauce prend, c’est super, tu es encouragé, mais malgré tout en fait on vit dans un cycle lent. C’est ça qui est bien. C’est ça qui est beau. J’ai une tendance à vouloir aller trop vite. Trop vite. Trop bien. À fond. Tu vois donc il y a des dissonances qui se créent. Le Covid, le confinement et les vacances, la période de l’été, sont un moment plus qu’opportun pour genre: il serait peut-être temps de lever le pied. C’est ça qui est fou, c’est que tu te rend compte en fait que quand tu lâches prise. Phrase bidon hein, c’est comme toutes ces vérités qu’on dit, qui paraissent bidons mais qui sont vraies, en fait. 

C: Mais c’est parce que tu l’as vécu, c’est pour ça…

# Le lâcher prise

J: Oui, en fait quand tu lâches prise soudainement tout devient plus simple, les choses se mettent en place, d’elles mêmes, au temps voulu. Le “heroes journey”, je suis pas un spécialiste du tout, mais il y a ce fameux truc du “you didn’t get what you wanted but you got what you needed”. Et en fait, j’ai vécu ça souvent, et j’ai souvent été frustré. J’en parlais avec mes amis illustrateurs et je dis “je comprends pas, regardez, tout est aligné, genre, regardez” !

Tu me parles de feux verts, d’autres personnes me disaient c’est vrai quant on regarde l’extérieur, toutes les étoiles sont alignées. On comprend pas pourquoi ça prend pas. Pourquoi ça prend pas à la hauteur espérée du moins à la hauteur de l’investissement mis, seulement avec un peu de patience (je suis quelqu’un d’impatient), en fait j’ai toujours vu, c’est cyclique ça fonctionne toujours à un moment donné, de la manière qu’il faut. Et quant on force les choses, ça ne marche pas. On fait des dysfonctionnements. 

C: Oui, pour reprendre la citation et la traduire pour ceux et celles qui ne comprennent pas l’anglais: “tu n’as pas obtenu ce que tu voulais mais tu reçois ce dont tu avais besoin”. C’est ça? Et dans la continuité de ce que tu disais, il y a encore un paradoxe, décidément c’est l’épisode des paradoxes ! Qui est que: c’est seulement quand tu lâches que ça devient fluide et facile et ça va un peu contre beaucoup de croyances communes qui sont “je peux tout faire”, “ça va percer”, “c’est la sécurité” mais en fait aujourd’hui, il n’y a plus tout ça, tu auras beau avoir les diplômes, la sécurité, les papiers, tout ça, rien du tout n’est fixe.

J: Non rien

C: Mais ça tu t’en rends compte à quel prix en fait? C’est ça la question. 

J: Au plus vite tu lâches, ces certitudes très encrées peut-être dû à l’éducation, peut-être dû au système, à la culture… Mais j’aime bien cette image d’un chat qui est super fan d’un petit poussin, il le tient dans ses pattes comme ça et en fait c’est super précieux pour lui. (C’est mon erreur). Et il le sert tellement ce petit poussin, tellement il l’aime. Et puis à un certain moment il ouvre les pattes, et le petit poussin il est mort, parce qu’il l’a serré trop fort. C’est pareil pour tout dans la vie en fait. Que ce soit notre boulot, notre système de croyance, que ce soit nos inspirations, en fait garder une certaine flexibilité, avec une certaine légèreté ça rend les choses beaucoup plus simples et beaucoup plus vertueuses.

C: Je trouve ça intéressant parce que pour avoir écouté depuis 2019, la création du podcast Sens Créatif. En fait, on ne sent pas cette énergie de contrôle et de toujours plus. Moi je ressentais cette énergie joviale, de liberté, tu vois. 

J: Le podcast c’est la liberté. C’est la liberté. Dans le sens où c’est l’un des mediums, à l’heure actuelle, où tout est permis. Et si tu veux, j’ai l’impression, c’est un peu pompeux j’en sais rien mais j’ai l’impression que pour moi Sens Créatif ou le medium du podcast c’est l’outil dans lequel je peux mettre tout le meilleur de moi-même, dans un contenant compréhensible par beaucoup. J’ai jamais vécu ça auparavant en fait. C’est pour ça que je le sers tellement fort et que je dois apprendre aussi. Au plus ça avance, au mieux ça va. De me dire mais “garde cette fraicheur du début”. Garde cet enthousiasme, cette innocence, même si ça se professionnalise, même si j’ai des projets économiques ou quoi que ce soit. C’est genre, il faut garder une certaine…Non “il faut” je bannis ce terme de mon vocabulaire depuis des mois c’est pas facile tu vois il revient toujours… (rire). Ce serait bien. De garder les choses avec une certaine légèreté. Tu sais sur Sens Créatif, je parle des motivations et des stratégies. J’encourage les gens à être intentionnels, à mettre les choses en place. Mais en réalité c’est être intentionnel et en même temps laisser faire.

C’est pour ça que l’épisode #12 sur les patates (trouver son rythme), il a beaucoup marqué les gens parce que tu ne peux pas forcer une patate à pousser plus vite qu’elle ne le veut. En fait tu dois, planter, cultiver, puis récolter. Tu peux pas aller plus vite que la musique! Tout ça c’est une grande leçon de vie pour moi, je ne peux pas aller plus vite que le podcast. Je ne peux pas aller plus vite que… Tu peux mettre toute ton énergie pour que les gens voient ton projets, quel qu’il soit, mais en fait ça prend du temps pour qu’un message passe. Si t’es pas, prenons spécialiste du marketing, un truc comme ça. Ce sont des machines de guerre, mais moi je me considère pas comme une machine de guerre. Je pense que j’ai une certaine connaissance de ces outils et je suis content de ce que ça a produit avec ce que ça a fait, c’est ma mesure. Mais quand soudainement tu te dis “ah je vais aller plus loin”, tu te butes à tes limites et tes manquements alors que au lieu de me prendre la tête je devrai utiliser cette énergie pour aller poser des questions à d’autres personnes sur le podcast. Tu vois continuer d’apprendre.

C: Surtout qu’au final c’est sans fin. 

J: C’est sans fin. C’est un apprentissage sans fin.

C: Et est-ce que en arrivant à ce fameux objectif aussi, parfois je me pose la question donc tu donnes cet objectif là pour le podcast mais est-ce que tu vas trouver autant de joie, autant de plaisir à le faire, que tu n’avais au début tu vois? Est-ce que justement tu me dis ça fait une semaine que tu t’en es rendu compte, déjà qu’est-ce qu’il s’est passé pour que tu t’en rend compte, c’est quoi la prise de conscience qui a eu lieu?

J: Prises de tête. Oui tu te rends compte que tu te rends malade pour des choses qui ne sont pas “normales”. C’est juste, je me suis rendu compte que je suis faillible. Je savais que j’étais faillible mais de l’accepter et c’est là qu’est toute la différence. D’accepter que je suis faillible, que je peux me tromper and “that’s okay” (c’est ok), en fait ça m’a fait hyper mal en moi, je me sentais exposé. Tu vois? Ça fait du bien. Sur le coup ça fait pas du bien parce que quelque part j’ai toujours tiré ma valeur des choses. Ce que je fais de bien où je suis les règles, où ça fonctionne, où je mets toute mon énergie pour que ça fonctionne et puis ça fonctionne. Je l’ai bien mérité. Là, quelque part, que je mets tellement d’énergie et ça ne va pas à la vitesse que je veux. Ça t’en met un coup à l’égo. Et donc du coup tu te dis est-ce que j’en redonne encore? Mais, mon corps me dit: attention. J’ai une femme, j’ai un petit garçon, j’ai une vie, ça serait bête de… tu vois de… J’ai eu une discussion intéressante avec quelqu’un dernièrement qui me parlait d’équilibre entre métier passion et métier aliénation. C’est quelque chose dans lequel je peux, j’aurai pu tomber ou que je suis tombé, je sais pas. C’est une idée un peu romantique tu sais. Il disait qu’il y a quelque chose d’un peu romantique, notamment en France, par rapport à ça, le métier passion. Trouve un métier que tu aimes et tu ne travailleras plus jamais.

Ce genre de chose. Alors qu’en réalité on sait qu’il y a des difficultés quelque soit le chemin et simplement d’accepter que tu fais un métier que tu aimes ou simplement un métier auquel tu es bon, bah c’est cool. Parce qu’il me disait “attends, tu es illustrateur, t’es bon à ça. Ça a l’air de fonctionner. Tu as des chouettes projets. T’as une certaine réussite, à ta mesure. Et t’es payé pour. Et tu me dis que tu fais ça à plein temps c’est génial et puis t’as un projet passion à côté où tu te rends compte que tu te révèle encore plus. T’as un podcast mais tout le monde rêverai de ça…” Donc il était un peu genre “de quoi tu te plains?”. Et j’étais genre “oui c’est vrai en fait”. Alors qu’en réalité je voulais peut-être trop rapidement bouger le curseur de l’illustration vers le podcast. C’est là où est la vulnérabilité, c’est la tension entre les deux, ce temps où tout est suspendu, où tu ne contrôles pas, où ça prend du temps, où ce n’est pas en ton contrôle…

C: … à cent pour cent. Et aussi parce qu’aussi… Je pense que c’est une question aussi comme tu dis, tu veux vivre pleinement et peut-être que tu penses que justement  ce chapitre en tant qu’illustrateur c’est validé et après tu te dis j’ai trop envie de faire ça alors que pourtant tu es déjà passé par la case du début en tant qu’illustrateur donc tu sais ce que c’est, tu sais le travail que ça prend, tu sais les années que ça demande, et tu te rends encore… alors c’est ça qui est drôle tu as une expérience malgré tout c’est pas comme si tu avais dix huit ou vingt ans et que tu avais envie de devenir ça et tu te fous la pression… Tu as un recul en fait. C’est ça qui est intéressant.

J: Oui mais voilà, tu me dis t’as pas dix huit, vingt mais peut-être que j’avais un fonctionnement différent. Tu vois dans le sens où j’ai accumulé une certaine connaissance, une certaine compréhension des choses, en discutant avec d’autres personnes évidemment. Et puis voilà, tu te prends des coups, tu apprends et puis… Mais je pense que voilà j’ai trente et un ans, à trente et un ans se dire “tu peux te tromper”. j’ai l’impression que c’est tard et en même temps peut-être que c’est pas si tard que ça. J’en sais rien tu vois. Je sais pas. (rire).

C: Tu parlais du cadre. Pour préparer cette interview ou toi pour préparer les interviews dans le cadre de ton podcast tu vas faire énormément de préparations, c’est ce que tu disais. Tu souhaitais aller plus dans le lâcher prise par rapport à ça et moins dans le contrôle. Donc tu me disais justement en off que tu es en train de le faire ?

J: Oui en fait au plus le temps passe, au moins je prépare mes interviews. C’est une des bonnes choses que m’a appris ce moment de crise aussi où quelque part je fonctionnais comme une machine au niveau de, sortir un épisode toutes les semaines. Je l’ai fait volontairement pour me forcer à moins préparer.

Sur ce côté là, je suis très très content. Le processus interne prend parfois plus de temps que ce qu’on voudrait. Mais oui, en fait au debut de Sens Créatif, mes interviews, j’écrivais 20 questions. Je les écrivais au mot prêt. Pendant l’interview, je lisais pas au mot prêt, c’était toujours très spontané. En réalité c’était juste pour mon mental, pour me rassurer. J’ai quasi jamais regardé mes notes, jamais jamais jamais. En fait, j’en avais besoin en amont. J’ai fait du théâtre aussi de mes six – vingt et un ans et donc du coup il y a ce côté je connais un peu la trame dans ma tête. Je prépare. Donc j’arrivais à voir dans mon esprit le découpage, là où je voulais aller. Mais en même temps je suivais les gens où qu’ils aillent et puis après ça me permettait de rebondir. Au final c’est pas une mauvaise chose. Juste que c’est tellement plus agréable quand c’est… Je m’en suis rendu compte dans mon interview avec Emilie Gleason qui est une des interviews qui a le mieux fonctionné. Au bout d’une demi heure d’interview, tout ce dont j’avais envie de parler était passé à la trape. On avait tout abordé et il me restait grosso modo une demi heure du coup c’était un peu freestyle tu vois. C’est ce qui a beaucoup plu aux gens et il y a une énergie très spontanée mais c’est pas évident de lâcher. Donc au fur et à mesure, ces derniers mois, je continue de me documenter. C’est important de se documenter, comme tu as fait, quand tu veux interviewer quelqu’un. 

C: C’est pour éviter surtout les répétitions. Parce que moi ce qui me dérange beaucoup dans les interviews quand je suis quelqu’un en particulier c’est quand le journaliste répète une question qui lui avait déjà été posé ou une question où tu te dis mais… 

J: T’as pas écouté…

C: Il n’y a pas l’écoute, c’est exactement ça. Et d’ailleurs je n’aime pas le mot “interview”, j’aime bien “conversation” ou “échange”…

J: Entretien… 🙂

C: Oui, ça va dans les deux sens en fait. Parce que ne pas écouter la personne à qui on pose des questions ça se ressent en tant qu’auditeur.

J: Oui et justement, tu vois le podcast vu que je suis quelqu’un de bavard, qui aime bien transmettre je l’ai et c’est aussi pour ça. Pour compléter ta question de toute à l’heure, c’est pour ça que j’étais hésitant à faire les monologues parce que le podcast c’est pour me forcer à écouter. Pour me taire, et écouter. Seulement au fur et à mesure du temps, fréquemment des personnes me disaient “mais ce serait sympa de t’entendre plus“ ou genre “que tu interagisses dans la discussion”, “c’est pas un portrait que tu fais c’est une conversation” comme tu disais. Alors évidemment il y a toujours des gens qui disent “on préfère entendre l’inviter” et d’autres gens “c’est trop conversationnel”… mais au final tu suis ton intuition, tu vois. On revient à la vulnérabilité, il n’y a pas une interview où je quitte pas en me disant “j’aurai pas dû faire ça, j’aurai dû dire ça, j’aurai pas dû dire ça comme ça”, mais je le laisse parce que c’est plus fort comme ça.

C: Tu disais toute à l’heure que c’était 98% de la réalité? Il y a très peu de retouches. Et c’est l’authenticité de la conversation qui en fait sa…

J: Ce qui fait le charme du podcasting en général. Sinon tu écoutes la radio. Mais le podcast a ce côté…

C: C’est intime, tu as l’impression vraiment de…

J: Oui, regarde là on est dans mon salon. Les gens ils auront l’impression d’être dans mon salon. Tu vois? 🙂

# Conseil à ton jeune Toi

C: (murmure) Il y a des jouets pour enfant. C’est trop chouette ! C’est coloré (rire). Je voulais savoir, quelque chose qui m’avait frappé dans tes anecdotes c’était celle de quand tu avais 16 ans. Déjà très jeune tu voulais dessiner, ça c’était une certitude. Et puis à 16 ans, aussi pour raconter la petite anecdote, à chaque fois que tu avais des invités à la maison tu montrais ton classeur de dessins.

J: C’est affolant de savoir que tu as été cherché à ce point là!

C: Je trouve ça génial. Comme je disais je ne veux pas de répétition donc je vais encore plus loin 🙂 Qu’est-ce que tu dirais si tu pouvais parler à ton jeune toi de seize ans? Après que ce monsieur, un ami de ta famille, arrive et te dit…

J: “Ah ok bah tu sais pour devenir dessinateur de BD il faut être très très bon. Très très très bon. Et il y a un dessinateur sur cent qui perce tous les ans”. C’est ce qu’il m’avait dit ou du moins c’est le souvenir que j’en ai. En vrai il avait raison. Il a raison. Après bien dessiner, on va dire, ça veut tout dire et rien dire en fait. Mais dans ma compréhension de l’époque il y avait quelque chose de très technique, derrière “bien dessiner”. Aujourd’hui en fait bien dessiner, tu peux faire des gribouillis et être très fort en fait. Ça peut ne pas être très fort mais c’est très fort autrement à travers le contenu, à travers ce que tu partages. Hum, qu’est-ce que je dirai à mon moi quand j’avais seize ans? Ou qu’est-ce que je dirai tout court à mon moi enfant? C’est “sois pas aussi dur avec toi même” en fait, et “apprends à t’écouter” parce qu’en réalité, dans ma vie, pourquoi je suis tellement attaché que ce soit à mon travail d’illustrateur ou le podcasting, c’est parce que c’est vraiment un espace de liberté. Il y a tous les inconvénients qui viennent avec le fait d’être indépendant et de faire que ce soit l’illustration ou le podcasting, ce sont des économies très fragiles. C’est parce que c’est très fragile que c’est libre. C’est pas compliqué. 

C: Sinon ça serait plus du tout pareil ! (rire)

J: Voilà. mais je crois que en ayant voulu être un bon garçon j’ai suivi beaucoup de règles qui m’ont été imposées par les autres et en l’occurence, dans l’anecdote que tu soulèves, cet ami de la famille je l’ai écouté parce qu’en fait, je sais pas je pars du principe qu’il était plus vieux que moi, et qu’il savait. C’était quelqu’un qui voulait faire de la politique, c’était quelqu’un qui du coup avait une certaine crédibilité à mes yeux aujourd’hui et c’est ce que j’essaye de partager sur le podcast. J’encourage les gens à… le podcast ça fait partie d’un éveil chez moi aussi de écoutez vous, écoutez l’intuition, écoutez là où va la vie. On parlait en off toute à l’heure de “oui alors en podcast, apparemment les formats courts sont les meilleurs” mais si toi personnellement tu aimes une vraie conversation qui va “dans les profondeurs de l’âme”, bah “fais ça”. Au lieu d’écouter le “oui alors…”. Les règles, les tendances du moment, c’est ça donc faut faire ça: “non!”. Et apprendre à s’écouter et en s’écoutant aussi se rendre compte de son ignorance. Et que c’est pas grave.

La vie est un long apprentissage et que tu peux ne pas avoir, et tu peux en t’écoutant te rendre compte que tu sais pas. En fait c’est une honnêteté totale en fait de se rendre compte que au lieu de prétendre, de bonder le torse, de envie de tout prouver, casser la maison, prouver à quel point tu es génial. Ce que je comprends aussi quand notamment quand tu sors de l’école et que tu as fait des études peut-être tu as coûté à tes parents et donc du coup de rassurer, de dire regardez je prends mon envole ce que je comprends et je suis passé par là aussi surtout quand tu veux faire de l’illustration ou des métiers artistiques il y a toujours c’est un peu cliché c’est une vieille histoire mais c’est pas rassurant. Du coup, je pense que pendant les dix premières années de boulot, je me suis efforcé à essayer de consolider le truc mais en chemin je me suis rendu compte que ça fonctionnait pas. Que en fait la vulnérabilité devait faire partie du voyage. Et aujourd’hui j’en arrive presque plus au bout de dix ans à, on parlait de death and rebirth (mourrir et renaître).

Voilà, retour, je suis pas retour tout en haut, statu quo dans le “heroes journey” parce que en fait non j’ai fait du chemin, j’ai pas encore fait une boucle. Mais sur le chemin pour ceux qui ne connaissent pas tu as l’appel de l’aventure, tu rencontres un mentor, tu fais tes premiers combats, tu gagnes des petites choses, de l’expérience, des connaissances et puis en fait au bout d’un certain temps, moi c’est ce que j’appelle “death and rebirth”, moi j’appelle ça “le système interne qui craque” ou “l’égo”. Tu construis en fait un certain personnage, l’ego. Et puis au bout d’un certain temps tu changes parce que tu t’es laissé transformé par le chemin. Au bout d’un certain temps, l’ego, le personnage que tu t’es construit peut être depuis toujours en fait à un moment donné il y a une dissonance. C’est ce que j’ai vécu ou ce que je suis toujours en train de vivre. Du coup c’est genre : ok alors comment assumer ces nouvelles informations ? Avec mon ancien moi, avec l’ego avec des choses que j’ai construit. Tu sais même professionnellement ou je sais depuis que je fais Sens Créatif je communique moins sur l’illustration. Même si je parle d’illustration et je fais des illustrations pour chaque épisode, mais hier, sur Facebook, je cherchais des trucs, et quand je remontais en 2018, “j’étais un ouf!”. Alors il y avait tellement, je partageais tellement de trucs, tu vois, que maintenant je suis beaucoup plus genre podcast, illustration, famille… 

C: Plus séparé?

J: Oui voilà.

C: Mais il y en a qui appelle ça aussi The Dark Night of the Soul, que tu es en train d’évoquer. 

J: Oui, je connais pas très bien. 

C: C’est ce que tu disais en fait. C’est l’ego. L’ego c’est la personnalité, c’est l’identité. À ne pas confondre avec égocentrisme. Tout le monde confond. C’est l’ego décrit par Eckhart Tolle qui a écrit Le Pouvoir du Moment Présent, qui est un livre très connu. Et donc c’est une identité que tu te crées et donc forcément si tu évolues, mais tout le monde n’évolue pas pareil, chacun son rythme, chacun sa personnalité, chacun son histoire… 

J: Chacun son chemin. (rire)

C: Oui voilà, le fameux refrain. Si jamais tu changes, notamment, pour ceux qui ont vécu avec le confinement, c’est important de le lire, il y en qui ont vécu perte d’emploi, rupture, des changements ultra important dans leur vie, en fait on est obligé de dire au revoir à notre “moi” du passé. Et il y avait quelqu’un qui m’avait dit un jour, dans une rupture, ce n’est pas le fait de perdre l’autre qui nous fait du mal, c’est ce que nous on était avec l’autre qui disparait en fait…

J: Absolument. Totalement. Très juste.

C: Et donc en fait on vit un deuil. On a pas perdu quelqu’un de physiquement de la famille ou un proche. Mais on se perd soit en fait. Et on est obligé de se retrouver un nouveau “moi” qu’on ne connait pas. Donc on reprend, parce que tu l’utilises beaucoup l’image de la carte. C’est éclairé seulement à certains endroits. Comme dans Zelda où tu avais déjà plusieurs parties de la carte mais tu es sur un nouveau bout de la carte. Et là tu te dis “oh non, pas encore…”. Et ça veut dire aussi que tu sors de ta zone de confort, donc au final d’un point de vue extérieur, comme on pourrait le dire en coaching: t’es en vie, t’avance, tu évolues, tu changes… C’est génial. Est-ce que c’est confortable? Est-ce que c’est agréable? Non…

J: C’est comme lorsque tu passes de la cours du primaire au collège. T’es le king de la cours parce que tu faisais partie des grands. Puis septembre arrive, et puis t’es le petit nouveau. Mais ça va aller. Mais t’es le petit nouveau… (rire).  

C: Mais c’est grâce à ces cycles d’ailleurs, je pense. J’ose espérer que l’Humain apprend à lâcher prise. Parce que si c’était le contraire on serait toujours dans le contrôle… et en fait à un moment donné t’es obligé de lâcher.

J: Au fur et à mesure du temps, tu sais moi la créativité c’est vraiment un sujet qui m’intéresse, moi je suis presque plus intéressé par la créativité et ce que ça génère chez nous plutôt que comme médium. Pour moi la définition de la créativité c’est la capacité de se ré inventer. Et c’est pour ça que ça va bien au delà des métiers créatifs ça va bien au delà de l’art avec un grand A. C’est: “mon fils crise”, je manque de ressources, je perds patience, et c’est choisir de être créatif et de faire diversion en faisant le clown ou en faisant quelque chose où il y a de la vie, plutôt que de forcer les choses. On revient toujours à cette histoire de forcer et tout. Que la créativité en fait.

En fait la créativité c’est vulnérable. Cet l’instant où on prend une décision autre pas instinctive mais intentionnelle, créative, nouvelle, ça n’existait pas, ça pourra fonctionner, ça pourra ne pas fonctionner. Si ça fonctionne pas c’est pas grave même si tu dis, zut j’ai pris un risque. Et t’es déjà soulé et ça marche pas. Pour moi c’est ça la créativité c’est réussir à se réinventer et donc ça veut dire passer par ce cycle qui, voilà, j’utilise parfois ces termes de mourir, renaître, mais c’est juste c’est vrai c’est pas qu’une fois c’est tous les jours en fait et c’est dur et par moment t’as juste pas envie. C’est normal. Mais il faut pas résister trop longtemps ce processus. C’est comme si je m’entêtais à porter des vêtements de quand j’avais quinze ans. Bah non, t’as changé. Mec porte des vêtements de quand t’avais trente ans. au moins fias que tes t-shirts soient plus larges parce que tu n’as pas le même corps que quand tu en avais quinze. Tu vois, c’est des trucs comme ça. Arrêtez de toujours se garder comme ça sur ces idées fixes tu vois. La vie c’est fluide. Un changement constant. Le monde entier, la nature, les animaux, tout change. Pourquoi est-ce que nous on devrait non seulement pas changer, et en fait les saisons on a l’impression nous les êtres humains qu’on doit toujours être en été alors qu’en fait quand tu es en hiver c’est pas grave ça fait partie du truc. C’est pas agréable je conçois. C’est facile pour personne. Mais c’est important de se dire que en fait c’est pas pour toujours. 

C: Ça fait partie du trip. Il faut passer par là pour arriver après. Et ça fait l’équilibre. De tout d’ailleurs. Je voulais parler par rapport à la créativité: comment tu arrives? Ce qui est très intéressant, tu parles de ce cadre dont tu as besoin. Plutôt rigoureux, stratégique, etc. Et quand on parle de créativité, on parle pas de cadre. Comment tu arrives à faire en sorte que la créativité se passe, se produise dans ta vie tout en mettant le cadre? 

J: On parlait de paradoxe toute à l’heure. Je pense que c’est les deux. Genre à la différence prêt que par exemple mon sujet, notamment sur le podcast c’est pas c’est les métiers créatifs. Donc il y a l’angle du métier. Si t’as envie de faire de la peinture juste pour le kiffe ou d’écrire un journal pour toi, le but c’est pas que ce soit partagé c’est super y a pas de problème, mais si comme moi il y a ce désir d’en faire un métier ou de gagner ta vie en faisant quelque chose en alignement avec qui tu es et qui te parle, bah du coup, c’est important je crois. (rire) 

C: Il faut, c’est important 🙂

J: Oui (rire). Mais bon, chassez le naturel il revient au galop! Bah, pour moi il s’agit de voilà, je pense que j’ai une bonne métaphore: définir le cadre pour que quand c’est “show time”, “improvisation”. Prenons, on va pas voir un concert pour que le gars il regarde ses accords. Tu lui fais confiance, tu l’as payé en fait. Tu l’as payé, pour que, des semaines ou des mois ou simplement c’est le fruit d’années d’expériences, il a travaillé, il connait son solfège, il connait son instrument et que quand tu viens tu le payes, en fait, il est généreux de sa personne. Il donne. Il ou elle donne. Et, et c’est cette expérience de créativité pure, d’énergie, qu’elle soit scriptée parce que on va certainement sauter certains morceaux ou que ce soit du jazz improvisé, ou du slam où on sait pas où on va aller. Quel que soit le contrat social que tu fais avec l’artiste, que tu vas voir, tu t’attends à une générosité. Et pour moi c’est ça en fait.

C’est genre tu fais tes entraînements que ce soit dans le perso, les gens qui écoutent le podcast savent que je suis très sur les projets perso, projet perso c’est purement un entrainement pour que le jour où le téléphone sonne et qu’on te propose la même chose mais payée, tu sais le faire sans réfléchir. Et donc, il y a ce côté du coup, on te paye pour que tu joues, mais tu sais jouer parce qu’en fait tu t’es entrainé. Donc en fait il y a le mix des deux. Cette fragilité de “est-ce que je vais y arriver?”, mais en même temps je me suis entraîné, je connais. Du coup il y a rien de nouveau. Il y a rien de nouveau mais en même temps c’est continuer à se laisser surprendre. Que ce soit pour un client, ou pour un projet perso. Beaucoup plus souvent qu’un client te demande, je veux la même chose mais pour moi. Tu peux être aventureux mais la plupart du temps le travail payé, les clients sont plus “safe”, genre on veut ça. D’où l’importance d’avoir des portfolios cohérents. Et de s’amuser à côté. Voilà.

C: Ça va avec cette notion d’équilibre du par rapport à la légitimité, et les gens qui vont s’entrainer pour quelque chose, et qui vont pas se sentir de passer à l’action. C’est en fait un déséquilibre. Parce que tu disais pour un musicien, son rôle c’est d’avoir travaillé les accords etc pour qu’en fait le jour où il est sur scène c’est que du bonheur. Lui même il adore, c’est un automatisme. Il n’est pas en train de se dire je suis en train de faire telle note, c’est naturel. C’est ce naturel que tu créés de par tes habitudes, de par le cadre que tu as mis en place, de par tout ça. Qui fait qu’après une fois que tu es sur scène, une fois que tu es devant tout le monde, tout est fluide enfant.

J: Si t’es pas intentionnel avec ton instrument, tu, bah ça va se perdre. C’est comme euh bah il faut s’entrainer, quelqu’un qui fait une course, il a besoin de s’entrainer. Et… Oui il faut être, (rire) non c’est bien d’être discipliné. En fait quand tu te rends compte que quelque chose te tient à coeur, ou que quelque chose est bon, tu vois, je sais pas tu as une aisance pour la cuisine. Bah tu te rends compte que tu as vraiment un truc avec la cuisine. Ça serait dommage de pas te former, de pas apprendre et de pas affiner ton goût et juste parce que “bah non genre c’est de la créativité pur donc il ne faut pas donner un cadre”. Si en fait, le cadre vient renforcer en fait cette possibilité de développer quelque chose de beau, quelque chose de créatif. Et qui au fur et à mesure du temps devient naturel et quand ça devient une seconde nature, la créativité t’y réfléchit même plus et c’est là en fait où il y a une générosité, quelque chose de fort qui se créé quand ça devient totalement naturel en fait. 

C: En fait c’est, c’est vrai aussi au final que tu peux être en mode, que créatif, mais il se passe rien. C’est pour ça que c’est ça qui est intéressant dans ce que tu dis. C’est une prise de conscience que j’ai là maintenant, c’est que un artiste, il y a des artistes dans leur atelier et puis ils sortent pas, ils partagent pas et il se passe rien. Ils se lèvent à l’heure qui veulent et ça leur convient. Mais au final si tu veux exporter, si tu veux partager…

J: Oui, il faut donner. Et le nombre de, je discute parfois avec des auditeurs ou des personnes qui me disent “je n’ose pas montrer”, mais tu vois on en revient à ce petit garçon que j’étais, qui montrait son classeur, à toutes les personnes qui venaient. Mais en fait, montrez. Parce que c’est uniquement en montrant que vous pourrez prendre la température, que vous verrez ce qui fonctionne, qui fonctionne moi bien, ce qu’il y a à améliorer, pour faire en sorte, que votre repas, que votre art quoi que ce soit, devienne meilleur en fait. Et meilleur pour vous et pour les autres en fait. Parce qu’en réalité je crois profondément que si vous gardez les choses pour vous, vous privez votre entourage de votre plus grande contribution.

Je sais c’est des termes grandiloquents again mais pour de vrai, genre on a quelque chose à apporter aux autres. Et c’est pas le trip égocentrique. Il y a ce truc de vraiment servir, l’autre avec qui tu es de manière faillible mais du mieux que tu peux sans se mettre la pression. Alors c’est un gros équilibre pas évident à trouver et c’est tout le processus, mais il y a ces personnes comme ça qui année après année à chaque t’es genre, “Wow merci mais ça fait dix ans que tu fais ça et j’ai suivi ça a pas toujours été… et tu donnes, ça m’inspire, wow”. Bah ça c’est plus beau que un “one hit” qui apparaît puis re disparait. Tu te dis genre, “qu’est ce qui s’est passé c’est une étoile filante et puis c’est fini?”. Alors que nous on a envie d’être illuminé dans la lumière constante tu vois. Parce que voilà si on fait tous ça, wow c’est génial!

# La peur

C: Mais qu’est-ce que tu fais alors si tu as une peur qui est trop importante? Et trop parce que ça fait mal à l’égo, d’avoir des retours, des critiques pour progresser. Tu dis, quoi à ces personnes qui ont trop peur en fait…?

J: Fais un câlin à ta peur. Oui. C’est aussi simple que ça. 

C: C’est l’épisode #33 non? La peur… pour ceux qui veulent avoir justement…

J: Oui, apprivoiser la peur. En fait on se rend compte justement que la peur on l’a conçoit comme une ennemie alors qu’en réalité elle est de ton côté.

C: Elle est là pour quoi alors?

J: Elle est là pour justement mettre de la lumière, si l’intuition te dit (murmure) “c’est par là, c’est par là, va s’y”. L’intuition elle te parle comme ça (murmure). Il faut vraiment tendre l’oreille. Vraiment, vraiment. Et alors que la peur elle est criarde. Elle fait peur la peur. Mais en gros elle te dit mais si tu veux aller par là, si tu veux suivre ma soeur l’intuition, parce qu’elles sont soeurs, enfin c’est ma compréhension des choses, j’ai lu ça nul part d’ailleurs, je l’ai inventé, mais c’est ma compréhension des choses, que, qu’elles soient vraiment soeur mais la peur elle te dit en gros “si tu veux aller par là et je t’encourage à aller par là, il y a ça et ça qui va pas.” et en fait la peur elle passe son temps avec un miroir, genre “regarde !” regarde t’es chiant hein. Regarde regarde ça c’est pas beau hein?

Alors qu’en réalité c’est pas tant pas beau c’est juste genre regarde t’es à poil ! et t’es pas mieux t’es pas moins bien que quelqu’un d’autre c’est juste toi et il y a des blessures, il y a des névroses, il y a des histoires compliquées et peut être que tu n’auras pas assez d’une vie pour dénouer tout ça mais si tu aimerais aller là où l’intuition te susurre à l’oreille d’aller il y a besoin d’aller dans la caverne. Dans l’empire contre attaque, dont je parle très clairement sur le podcast, où tu dois aller t’affronter toi et arrêter de fuir et de noyer le poisson et de se distraire et tout c’est être vraiment honnête avec soi meme et dire ok je vais t écouter tu me fais peur mais tu émanes de moi et donc c’est apprendre à s’aimer, à s’accepter, à s’apprécier.

Donc, viens là (je mime là), viens dans mes bras et parle moi et je vais t’écouter en fait. Et en fait la peur il faut la rassurer et quelque part c’est genre rassurer c’est “tu vas y aller suivre l’intuition hein?” Tu me le promets? mais pour ça j’ai besoin que tu changes sinon on va y passer toi et moi, en fait parce que on va créer des dysfonctionnement si on change pas les choses on va créer des dysfonctionnements parce que comme pour prendre l’exemple des vêtements trop courts au bout d’un certain temps ton t-shirt va craquer parce que tu portes toujours des vêtements de quand tu avais quinze ans. Donc euh, t’enlève le t-shirt, t’enlève les vêtements, t’es tout nu, ok.

Bah j’ai eu peur là parce que je suis tout nu. Je mets quel vêtement maintenant? et du coup c’est genre ok. Et donc du coup, tu cherches des vêtements. et on connait tous cette expérience où tu as faire du shopping et en fait, ça mmm et il y a quelqu’un qui s’y connait soit disant plus que toi, ou qui s’y connait simplement mieux que toi et qui te donne des conseils et qui t’embête. En fait il ou elle a raison quand même ou peut-être cette personne me convenait… et quelqu’un d’autre te dit aussi. Et puis au fur et à mesure tu prends tes marques avec tes nouveaux vêtements. Au début tu as peur et puis comme un enfant qui apprend à marcher au début il se casse la gueule des dizaines de fois, mon petit garçon c’était pareil il s’énervait parce qu’il n’y arrivait pas et puis au bout d’un certain temps on parlait de choses qui deviennent naturelles et bah voilà, ça devient naturel. Le seul truc c’est que tu continues de vieillir. donc du coup, au bout d’un certain temps ces vêtements aussi vont… C’est un cycle continue. 

C: Oui en fait tu recommences. C’est jamais terminé. C’est comme on disait toute à l’heure, je ne t’ai pas posé la question du succès mais, tu disais toi même qu’on t’avait dit bah c’est génial l’illustration, le podcast, ça a un certain succès. Et malgré tout en fait ça se termine jamais, je veux dire, la part d’ombre est toujours là, la voix est toujours là, la peur est toujours là, le syndrome ré apparaît même après des années d’expérience…

J: On apprend juste à mieux danser, avec le syndrome, avec la peur, avec sa part d’ombre. À pas l’a juger. C’est pour ça que je parle de faire un câlin. C’est comme la colère. La colère c’est toujours compris comme quelque chose de négatif alors qu’en réalité la colère elle est là pour te donner des indications aussi. Moi je suis tombé dans ce travers depuis très longtemps.

De la juger, ou de juger, quand je me trompe, de me juger moi. Alors qu’en fait c’est genre mais “tu es un être humain”, “tu as la droit de te tromper”… Et le dark side autant que la partie lumineuse, font parties de toi. Et on vit dans une société qui focalise toujours sur ce truc de performance, de lumineux, alors qu’en réalité la plupart des personnes qui nous inspirent c’est parce qu’elle ont passé par la processus encore et encore. 

C: Oui c’est grâce à ça qu’elles émanent beaucoup d’énergies qui te… wow!

J: C’est pour ça que je veux désacraliser justement ce mythe. Ce mythe du “too shiny”. C’est que, en fait, par exemple pour les métiers créatifs, c’est passionnant. Tu verras. « Tu » général. C’est passionnant. Beau. Gratifiant. C’est tout ce que tu veux. Mais il y a un prix, il y a un coût. Est-ce que tu es prêt? Et j’espère de tout mon coeur, que “oui tu l’es!”. Je comprends que du coup, on soit parfois perdu ou genre un peu désemparé.

Et, c’est pour ça que Sens Créatif j’ai créé parce que moi on m’a beaucoup donné et je veux rendre ce qu’on m’a donné pour renforcer cette communauté, pour leur donner les outils qui moi m’ont servi puis après au fur et à mesure du processus je continue à m’enrichir d’autres personnes et du coup je peux continuer à donner et du coup c’est un cercle vertueux, continue.

C’est pour ça que ce soit être vulnérable, ou partager, ou tout ça c’est genre les histoires humaines sont pas évidentes. mais elles sont belles. Il y a des moyens d’y arriver. Partageons les et écoutons nous quand c’est écouter les autres ou s’écouter quand c’est pas facile. Et c’est dans les deux sens. C’était mon tord. C’est facile d’écouter quelqu’un d’autre et de se dire ah oui c’est pas facile. Vraiment d’en pâtir. Après aussi d’en pâtir avec soit. Donc voilà c’est un mouvement constant.

# Croyances aidantes

C: Mais justement qu’est-ce qui t’a, parce que tu es beaucoup dans cette énergie de partage, tu parles beaucoup d’échanges, ça fait partie limite de ton Pourquoi, tu fais tout ce que tu fais que ce soit le podcast ou en tant qu’illustrateur. Qu’est-ce qui t’a concrètement aidé à faire tout ça? Parce que j’imagine que ce soit ton couple, que ce soit tes proches, est-ce que tu as créé un système autour de toi?

Notamment parce que tu as eu deux épisodes celui en Angleterre avant de rentrer en France tu parles d’une petite dépression où en fait ce que tu faisais dans ton travail, c’est la seule fois une tu as été employé après tu ne l’as jamais été, et puis il y a un deuxième épisode, en France, où tu avais, c’était une période, c’est saisonnier, donc il y avait rien et tu disais limite j’allais travailler au Franprix d’à côté… Comment je peux m’aider moi-même? Qu’est-ce qui aide dans ces moments là? Qu’est-ce que toi t’a aidé?

J: C’est une vision du monde. Moi je crois profondément que le monde est bon. Déjà je suis bien entouré.

C: Tu as toujours été bien entouré?

J: Oui et non dans le sens où on est tous entouré de personnes relativement probablement bienveillantes mais on fait tous, on traumatise tout le monde tout le temps. Alors qu’en fait on a des bonnes intentions. Donc oui j’ai toujours été plutôt bien entouré, encouragé, on m’a pas trop appris à m’écouter. Mais j’ai une compréhension de la vie. C’est compliqué à en parler parce que c’est très intime et je vois où tu veux en venir, (rire) je fais des interviews aussi…Puis après je pose aussi ce type de question sur mon podcast donc du coup. Je veux faire attention à pas utiliser le jargon en fait. 

C: D’accord…

J: Et… je crois que tout est… On parlait de mort et de résurrection, je vis dans cette histoires là. Dans cette vision du monde là. Une vision où la mort et la vie font partie du cycle naturel voulu par la création. Quelque soit ce qu’on met derrière, l’Univers, Dieu, toutes ces choses. Il s’avère que moi j’ai eu une éducation très religieuse. Donc ce language fait partie du miens. Language qui comme toute chose dont on vient de discuter a changé, évolué.

Certains languages que je n’utilisent plus, certains, d’autres languages que j’ai adopté, qui ne font pas partie de mon language de base. Mais, je vis dans une Histoire où et peut-être que je me goure hein, c’est dans mon ADN, c’est comme ça que ça a tellement fait partie de mon histoire. Où quelque part j’ai été, chacun de nous a été créé avec intention. Avec tous les dysfonctionnements que ça peut amener, si tu n’as pas été voulu. C’est très très complexe. Il faudrait un deuxième podcast là. Pourquoi je n’en parle pas souvent, comme tu disais toute à l’heure c’est parce que un, c’est très personnel.

Volontairement sur le podcast j’utilise un langage non jargon pour que, mon but c’est de construire des ponts en fait. Mon but c’est pas d’imposer mon point de vue tu vois. Mais au niveau de ma sauce personnelle, je vis dans un monde où tout est, je vais utiliser un jargon, c’est une histoire “rédemptive” (rachat). tout est “rédemptable” (je ne sais pas si ça se dit), ça veut dire que même les bourdes, les difficultés, les nécessités de mourrir à soi, toutes ces choses, en fait permettent de renaitre et que toute chose.

Je crois profondément que le monde dans lequel on a été créé est bon. Il y a plein de dysfonctionnements, évidemment. Moi je crois que le dysfonctionnement c’est quant on s’écoute pas, quant on écoute pas l’intuition. C’est là où on fait plein de merdes en fait. Là où prenons, la religion par exemple, va utiliser le terme pêcher ou quelque chose comme ça. C’est pas tant ce truc, ce gros truc genre super lourd sur toi tu sais.

Du moins, c’est ma compréhension des choses aujourd’hui. Que c’est pour ça que je veux vraiment encourager les gens d’être vraiment en lien avec eux parce que c’est là où il y a quelque chose de bon qui se créé où tu es un avec l’univers. Et donc du coup, quand tu es un avec l’univers, et ce côté lâcher et ou tu as ta part de responsabilité, et après il y a l’univers qui fait son travail. Le temps. Tout ce qui nous entoure.

La force dans Star Wars tu vois. Et, donc là aussi c’est un partage en fait. Tout ne repose pas sur tes épaules. Seulement, nous en tant qu’être humain on a tout envie de gérer alors qu’en fait c’est pas possible. Pour moi c’est aussi ça. Tu me demandais qu’est-ce qui t’a construit, un peu mon mindset, c’est que quelque part c’est une collaboration entre moi le temps, et l’univers et ce qui est marrant aussi c’est que quand tu fais ça en fait ça fonctionne mais ça ne te protègera pas de toutes les difficultés au contraire ça les mettra en exergue parce que tu es honnête avec toi même. Parce que tu es honnête avec les gens autour de toi. Tu es honnête.

Tu peux passer ta vie entière à fonctionner à l’aveugle. Et moi je veux pas ça. C’est pas un prix que je suis prêt à payer en fait. Moi je préfère par moment de manière cyclique de me prendre les pieds dans le tapis, et à chaque fois. “Je suis encore tombé là !” “Comment j’ai pas compris?!”. Mais tu te reprends les pieds dans le tapis et écouter. Et te rendre compte qu’en fait il n’y a pas de fatalité. Moi je suis pas quelqu’un de cynique je crois que ça se ressent. Je sais qu’il y a une certaine naïveté mais qui pour moi s’apparente à une certaine innocence et qui est quelque chose de précieux et de beau tout comme la gentillesse. La vulnérabilité. En fait si tu veux, si on devait un petit peu résumer notre conversation. C’est toutes ces choses fragiles. Toutes ces choses non tangibles qui en réalité, c’est le meilleur carburant du monde. Et, c’est pour ça, d’apprendre à ouvrir tes mains et à pas garder les choses comme ça, serrer le petit poussin là. Genre tu ouvres tes mains, et tout devient plus simple, et plus flippant, et plus simple, et plus beau, et flippant… (rire).

C: Donc en fait c’est cette notion du “qu’on est pas seul”, il y a quelque qu’on ne peut pas expliquer. Tu dis ça avec des mots que je trouve très juste. Tu as vraiment pris le temps de prendre des mots comme il fallait et ne pas te précipiter sur la question en mode “alors voilà”! (rire). Je vais t’expliquer comment ça marche. Et toute à l’heure tu disais que très longtemps tu as eu du mal à exprimer, à partager, et je partageais ça beaucoup donc ça aussi ça m’a fait écho quand je t’écoutais sur ton podcast.

Et pourtant on est dans un monde qui a aucune gêne à te dire quoi penser, ce qu’il faut faire, ce qui va pas, ce qui machin, aucun gêne même sur les réseaux on se lâche comme jamais on s’est lâché. Tout le monde a un avis sur tout. Je pense que après on doit partager ça. On est plus dans le faire. Je pense qu’on veut refléter ce qu’on est à travers nos actions. Plutôt que se précipiter en disant voilà la solution. Et pourtant en faisant les podcasts on a la même attention de partager des choses, qui est très intéressant c’est un peu l’alchimiste parce que quand tu rencontres quelqu’un que tu as fait ton travail de préparation que l’échange se fait, tu as fait ta part du travail, tu lâches, la magie se passe, et j’ai envie de dire…

J: Tu captures

C: Oui, grâce au son. La magie du son. La liberté de sponsor, radio ou pas. Ça existe. C’est généralissime. Et malgré tout si tu prends la parole bah c’est pas pourtant autant que tu prends des aises. Voilà je prend un podcast donc je vais raconter ma vérité.

J: Non, c’est une responsabilité. 

C: C’est ça. C’est ça. 

J: C’est très fragile de prendre la parole. 

C: En fait c’est une chance. Est-ce que c’est parce que ne pas oser parler pendant longtemps et de se dire “j’ai la chance de pouvoir le faire aujourd’hui donc je vais l’utiliser à bond escient…”

J: C’est surtout que tu assumes. Parce que moi le fait de plus assumer la parole, le fait d’être bavard je l’ai vécu comme une honte. “Qu’est ce que t’es bavard ! Comment tu fais pour enfiler toutes ces phrases ! “ Tu vois et j’en ai parlé sur le podcast aussi je me suis rendu en apprenant à mon connaitre que j’étais condition de haut potentiel au niveau verbal donc du coup ça m’a réconcilié avec moi 

C: Ah, C’est normal

J: C’est normal en fait mon cerveau fonctionne différemment donc du coup ça m’a permis de m’assurer. Donc en fait il y a un premier pa qui est de se rendre compte, ensuite de faire la paix avec soi, ensuite de s’assumer, et ensuite de se rendre compte comme dirait le grand père de Spider Man “un grand pouvoir implique une grande responsabilité” et donc du coup c’est simplement une fois que tu te rends compte de ton don, c’est pas tout de vouloir le servir et de l’apporter aux autres. C’est comment le faire. Et c’est là où on en revient à la discipline. Au travail. Au travail léger mais travail quand même. C’est comment parfaire ça? Et… J’ai perdu mon fil !

J: Je me suis rendu que j’avais ce truc de la parole. Le podcast c’est un super medium. Vu que je suis aussi dans ce truc de vulnérabilité c’est aussi un medium qui permet le test, l’erreur. Si je me pointe à France Inter ils vont me dire “bah non, tu dois être genre… type top of the top tu vois” que quelque part moi j’embarque mon audience, quelque part mon but c’est de fédérer une communauté et de tisser des liens ensemble. Et de l’autre, en fait c’est une quête personnelle, c’est une enquête et les gens je les invite juste en public à découvrir mes découvertes. 

C: Tu as utilisé le mot enquête. Et je pense que c’est ça qui fait la différence avec, toute à l’heure j’utilisais le mot vérité parce qu’on trouve beaucoup… Toujours enquête. C’est-à-dire il n’y a pas de certitude. On est toujours en questionnement. Et peut être qu’il y a un truc derrière caché (murmure) et ça s’arrêtera pas… le questionnement ne s’arrêtera pas….

# La Quête et Le Partage

J: C’est pour ça que j’aime beaucoup le travail de Brené Brown parce que c’est une, elle est chercheuse en sociologie et moi en fait je me suis rendu compte que c’est ça en fait mon kiffe, c’est de chercher. Je suis pas un keeper je suis un seeker, je cherche ! Et en fait, je sais que cette recherche ne se finira jamais c’est un puit sans fond.

Mais c’est très bien. J’aime être comme ça: voilà c’est comme ça boom ! En fait, non ! Je me suis bien rendu compte au fur et à mesure de ma vie que les choses étaient beaucoup plus fluides. Et du coup c’est de partager cette fluidité et de chercher et de partager ensemble. En gros c’est genre et les copains et les copines, on cherche ensemble ça vous dit? Si je dois être celui qui va devant mais le but c’est que tout le monde à un moment donné aille devant. Chacun devient chercheur à sa façon. Chacun trouve un pouvoir.

C: C’est une invitation en fait?

J: C’est une invitation. Et pour moi l’incarnation, tu me parlais de ces valeurs qui m’habitent: résurrection et incarnation sont deux termes qui sont très importants pour moi. Incarner ce en quoi tu crois ça ne veut pas dire aller l’imposer aux autres. Ça veut simplement dire tu incarnes toi, et un voyage intérieur. Gandhi disait soit le changement que tu veux voir dans le monde. De nouveau une de ces phrases un peu cucul mais c’est vrai ! c’est ce que je veux vivre. Je veux incarner ce qui est important pour moi. Et, le développer et je me rends compte en fait que c’est presque en lâchant. Je veux le développer et en même temps laisser ça se fera en fait

C: Ça c’est l’énergie du moment 🙂 on lâche… 

J: Exactement

# Illustration du Syndrome

C: Il nous reste quinze minutes avant d’arriver à l’heure dite de deadline, et je voulais poser une dernière question: qui m’est venu toute à l’heure. Que tu vas devoir faire avec les mots, pas avec le crayon ! Si tu pouvais illustrer le syndrome de l’imposteur, il ressemblerait à quoi?

J: Wow. Alors tu vois je suis familier sans être familier du syndrome de l’imposteur. Parce que c’est pas un truc sur lequel je m’arrête beaucoup. Même si je l’ai plus ressenti ces derniers temps. À quoi ressemblerait le syndrome de l’imposteur?

C: Tu veux que je te le décrives un peu plus? Donc le syndrome qu’on appelle aussi le syndrome de l’autodidacte. Découvert par Pauline Rose Clance et Suzanne Imes, des américaines dans les années soixante dix. Elles l’ont appelé « phénomène ». Puis, les médias ont décidé de garder le terme de “syndrome”. Soixante pour cent des gens l’aurait vécu au moins une fois dans leur vie. C’est le fameux doute maladif qu’on a quant notamment face au succès, face à quelque chose qui nous dépasse, on rejette tout mérite, on nie la propriété de cet accomplissement qu’on a réalisé soi-même.

Il se base sur trois piliers: le premier c’est l’impression ou la peur de tromper son entourage. La deuxième c’est la mauvaise attribution. C’est de la chance. Et enfin la peur d’être démasqué, que tout le monde voit en fait. La fin du rêve et la réalisation de tous ces piliers. Après ce qu’amène beaucoup le syndrome, ce sont deux choses: Soit tu procrastines parce que « je vais rien faire comme ça il va rien se passer » donc pas de risque. Soit tu travailles à deux cent pour cent, parce que c’est tellement ouf qu’il faut que tu fasses encore plus d’effort pour que tu sois légitime

J: Oui c’est moi ça. 

C: Donc voilà, il ressemblerait à quoi? Parce qu’au final c’est la peur de pas être accepté. 

J: On en revient à ce sentiment de vouloir vivre à sa juste mesure. C’est à dire pas plus gros pas plus petit juste toi honnêtement, tout nu probablement. Donc il ressemblerait surement à une projection de moi tout nu, au milieu d’une foule, parce que tu es vu pour qui tu es, pas avec des vêtement qui envoi un message de… “t’as vu je suis illustrateur” ! 

C: D’appartenance en fait? L’image de l’appartenance…

J: En fait t’es juste toi. Et dans toute ton humanité. Donc oui ça serait probablement le dessin d’une personne toute nue au milieu d’une foule toute habillée alors qu’en réalité derrière les vêtements tout le monde partage la même, le même inconfort, le même malaise. C’est même pas un malaise c’est un vertige en fait. Parce que “malaise”, ça a déjà une connotation un peu… Alors qu’en réalité c’est juste vertigineux d’être là et aussi la personne toute nue, elle a les mains ouvertes, elle a pas les points serrés elle a les mains ouvertes. Elle se donne aux autres. Et ça fait peur de recevoir pleinement quelqu’un. Ça fait peur. Oui voilà.

C: Ça ferait penser à cette notion de vulnérabilité encore. Parce que être nu on est pas plus vulnérable que lorsqu’on est nu en fait. Pour l’homme en tout cas. C’est pour ça qu’on se met des vêtements qu’on se protège. Merci beaucoup Jeremie ! 

J: Fantastique, “and cut” (coupé) !

Illustration by Jeremie Claeys

Un commentaire sur “Syndrome Imposteur avec Jeremie Claeys

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