Syndrome Imposteur avec Axel Lattuada

Bienvenue sur Syndrome Imposteur. Podcast produit par Solybox, dont l’unique but est de t’aider à dépasser tes peurs. Aujourd’hui je t’emmène à la rencontre d’Axel Lattuada, co-créateur de ETLMSF (Et Tout Le Monde S’en Fout) mais aussi auteur, réalisateur, comédien, monteur et musicien engagé.

Voici un sommaire des sujets explorés au cours de cet épisode:

  • Sa première histoire
  • Sa première expérience du syndrome de l’imposteur
  • L’hypersensibilité
  • L’auto sabotage
  • Monter sur scène
  • La genèse de TLMSF 
  • Le syndrome de l’imposteur en tant que comédien
  • La bienveillance et la validation
  • La solitude
  • La légitimité dans son métier 
  • Les croyances limitantes
  • Comment dissocier la bonne de la mauvaise peur
  • Ses pratiques aidantes
  • Travailler sur soi, (tout) seul
  • Son message sur tous les billboards de France
  • Sa plus grande Peur
  • Son intention
  • Son film idéal en tant que réalisateur
  • Boris Vian, L’Écume des Jours

Vous remarquerez la participation de Socrate, son chat, avec quelques “miaou » pendant l’épisode 🙂. Vers le début, nous avons changé de micro donc la qualité du son s’améliore. On fait avec les moyens du bord !

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Syndrome Imposteur – Conversation avec Alexandre Marotel (Twaino) Syndrome Imposteur, le Podcast

Bienvenue sur le podcast Syndrome Imposteur. Un podcast produit par Solybox, dont l’unique but est de t’aider à dépasser tes peurs! Aujourd’hui je t’emmène à la rencontre d’Alexandre Marotel, fondateur de Twaino! Une agence dédiée au référencement naturel (SEO). Voici entre autres mes moments préférés au cours de cet épisode: C’est en forgeant qu’on devient forgerons. C’est en entreprenant qu’on devient entrepreneur. Traction et traffic organique 10 000 visites en un peu moins d’un an L’apprentissage autodidacte Le résultat = légitimité Être entrepreneur: dealer avec l’incertitude Référence à Forrest Gump (1994) Référence à Nietzsche Philosophie et littérature pour peupler sa solitude « Être aimé par tout le monde c’est être aimé par n’importe qui » Être aligné avec ses clients Pour retrouver Alexandre, vous pouvez le suivre sur LinkedIn. Retrouvez-moi sur les réseaux: Instagram @solybox_ et Facebook @solybox ! -Credits- Host : Camille Havis Guest : Alexandre Marotel Son (musique) : Spit it Out de Kaituhi
  1. Syndrome Imposteur – Conversation avec Alexandre Marotel (Twaino)
  2. Syndrome Imposteur – Conversation avec Benjamin Carboni (Cleanwalker)
  3. Syndrome Imposteur – Conversation avec Sandy (image de soi et pervers narcissiques)
  4. Syndrome Imposteur – Remède: La Solitude (introspection)
  5. Syndrome Imposteur – Conversation avec Jeremie Claeys (Sens Créatif)

Transcription : Syndrome Imposteur, le Podcast avec Axel Lattuada

# “Déléguer c’est comme faire un enfant et dire à quelqu’un d’autre de s’en occuper” 

C: En titre on voit auteur, réalisateur, comédien, et monteur… mais on voit plus trop monteur parce que j’imagine que tu n’as plus trop le temps? Tu continues à monter?

A: C’est toujours moi qui monte les épisodes en tout cas. Ça reste quand même ce que je préfère faire. Oui, bah, en fait déléguer le montage c’est comme faire un enfant et dire à quelqu’un d’autre “bah tiens, va s’y élève le”.

C (murmure): Il y en a qui le font 🙂

A: Oui, je sais mais je ne comprends pas! Je ne comprends pas. Je suis incapable de déléguer le montage. En plus je suis encore plus chiant quand quelqu’un d’autre fait le montage. Ça prend encore plus de temps.

C: Dans une autre interview tu parlais du fait de déléguer, donc ça n’a pas changé?

A: Pas du tout. En tout cas pour les gros projets. Les projets principaux on va dire, non. Après pour les choses annexes je garde toujours un oeil dessus mais c’est plus moi qui fait le gros du travail. 

# Auteur, réalisateur, comédien, monteur, musicien engagé

C: Donc monteur. Puis j’ai rajouté musicien, et pour tout ça, engagé… (miaou). Tout a commencé très tôt en fait, tu me dis si je me trompe: Enfant, tu prends goût à raconter des histoires. Ton premier public c’est ta soeur, et tu réussis à dégoter le matériel nécessaire, à une époque sans smartphone… Tu utilisais quoi?

A: Nous on a commencé avec mon pote, on avait juste un micro et un ordinateur. Au début, au collège, on a même commencé avec mon pote Alex, on faisait des livres de dessins. On racontait des histoires dessinées. Après on est passé au dessus, on a eu un micro. Là on a commencé à raconter des histoires audio et après il y a une pote qui nous a prêté une caméra, cassette.

C: Tu les as encore?

A: Oui je les ai encore! Je les ai gardé, évidemment…

# Première histoire

C: Et la toute première histoire que vous avez écrite, raconté, c’était quoi?

A: Première histoire, oui, elle est pas glorieuse. Elle est pas gentille cette histoire. C’est ouf de se rappeler de ça. Je crois que la toute, tout premier truc qu’on ait fait, oui ok ça partait mal ma carrière dis donc… En fait on avait créé un personnage à partir d’une fille de notre classe quant on était au collège. On se moquait un peu d’elle dans notre coin. C’est pas très glorieux ça dis donc… C’est pas très bienveillant en tout cas. Donc oui ça c’était la première histoire. On mettra pas dans l’interview ça (rire). Oui non, j’avais jamais repensé à ça. Ça été un peu…

C: Mais elle l’avait vu? Vous avez fait ça de votre côté, comme des enfants? C’était l’âge…

A: C’était exactement ça.

C: C’était pas pour lui faire du mal…

A: Non pas du tout. Et en fait, ça a lancé ce truc. En se détachant d’elle, on a créé un personnage à partir de ce qui nous faisait rire en tout cas, à partir de là on a commencé à faire de la caricature beaucoup. À l’époque, on écoutait énormément le Festival Robles et les Deux Minutes du Peuple surtout. C’est comme ça qu’on a commencé à faire des sketchs audio aussi. À partir des Deux Minutes du Peuple et on s’était dit avec mon pote Alex, on créait des centaines de personnages, on avait leur voix dans la tête, on avait leur parcours, on avait tout ce qu’ils faisaient et c’était beaucoup de la private joke c’est-à-dire que ça pouvait faire rire que nous mais ça a nourrit vraiment ce truc de création de personnages de fiction un peu barrés qui sont aujourd’hui extrêmement présents dans les ETLMSF

C: Ça a inspiré donc il fallait passé par là, c’était pas si méchant que ça…

# Trouver l’osmose parfaite entre l’humour et le reste

C: Ton objectif je pense que c’est toujours d’actualité, c’est trouver l’osmose parfaite entre humour et poésie. Tu l’as trouvé ?

A: C’est moins vrai, c’est plus trop le cas en ce moment en tout cas. Tout simplement parce que juste le côté poétique est un peu moins présent vu ce qu’on fait aujourd’hui. Tu regardes ETLMSF tu ne dirais pas que c’est poétique. 

C: Oui mais c’est juste quand même, ça sonne bien

A: En tout cas, cet équilibre entre l’humour et le reste, je serai pas quoi dire. L’humour c’est tellement le centre dans ma vie, dans tous, tous les aspects. En tout cas l’humour c’est un outil qui m’aide à équilibrer toute ma vie, mes relations, tout ce qui est bancal et imparfait, c’est-à-dire tout le reste. Je me sers beaucoup de l’humour pour canaliser, catalyser, pour tout quoi. 

C: Donc aujourd’hui ça serait, “l’humour et le reste”. En fait, c’était à l’époque où tu avais fait, tes six courts métrages, et une pièce de théâtre… C’était à cette époque le poétique?

A: Oui, ce que je voulais dire par l’équilibre entre la poésie et l’humour c’est que j’ai beaucoup écrit. Il y a deux choses qui m’intéressaient dans la vie, c’était l’humour et l’amour. Et donc comme je voulais écrire des histoires d’amour mais que je ne voulais pas être nian-nian tu vois? Et bah en fait l’humour, j’ai remarqué qu’en mettant de l’humour dans du truc hyper sentimentale ça créé un équilibre.

Tu peux vraiment parler de trucs hyper clichés et romantiques et l’humour vient le crédibiliser parce qu’il lui amène du recul en fait. Si je devais me rapprocher de ce qu’on fait aujourd’hui je dirai que j’essaye de trouver le bon équilibre, l’équilibre parfait entre l’humour et le sérieux sauf que demain on tourne un épisode qui explique aux gens que l’humour c’est sérieux. Le truc pour moi le plus sérieux dans la vie c’est l’humour. Donc c’est l’humour et le grave. Tu vois ce qu’on considère comme grave? Et moi ce que je fais beaucoup dans la vie c’est prendre des trucs graves et y mettre de l’humour. (miaou)

# Première expérience du syndrome de l’imposteur

C: Parlons sérieux, parlons syndrome. Ta première expérience du syndrome de l’imposteur que l’on appelle normalement phénomène de l’imposteur…

A: Euh, la naissance (rire). J’ai tellement ça tout le temps. Je sais exactement d’où ça vient. Je travaille ça depuis cinq dans ma vie, dans ma psychanalyse en lisant des bouquins, je connais tout mon syndrome par coeur. Mon syndrome de l’imposteur il vient comme tout le monde de mon enfance. Donc, malgré eux, de mes parents. et c’est un problème de reconnaissance en fait, en tout cas chez moi c’est le problème de croire que je ne suis pas assez bien… 

C: Donc validation… ?

A: Validation… qui vient des sautes d’humeurs de ma mère qui ont eut comme conséquence quand j’étais petit d’avoir l’impression de ne pas être vu. Parce que comme des fois elle était de bonne humeur ou de mauvaise humeur, quant elle était de mauvaise humeur, vu quelle avait été de bonne humeur avant et que là elle l’était pas, c’était de ma faute. J’étais dans une inconstance en fait. Et donc pour un enfant c’est hyper…

C: Déstabilisant… ?

A: Oui déstabilisant et pas sécurisant. et mon père a lui le syndrome du “oui c’est bien mais ça pourrait être mieux…” 

C: Perfectionniste…

A: Oui, je ne sais pas s’il est perfectionniste. En tout cas ce que moi j’en ai ressenti, et ce que j’en ai gardé c’est le sentiment de ne jamais faire assez bien. Et le fait que mon père soit un peu avare de compliments. Je m’entends super bien avec mes parents. Tout va bien. Mes parents m’ont toujours soutenu dans ce que je faisais. Lorsque j’ai fait mes études de cinéma. Mais il y avait un truc de mettre la barre hyper haute, notamment mon père qui lui est un artiste aussi qui en a pas fait son métier. Il n’a pas gagné sa vie avec son art mais en tout cas c’est un truc qu’il faisait.

Quant je lui ai dit que je voulais être artiste, ça a été oui ok un artiste c’est ça ça et ça c’est un message c’est machin. En plus, je suis issue d’une famille du côté de mon père en tout cas, hyper politisée donc j’ai totalement rejeté le côté politisé de ma famille. Je ne comprenais rien, ça me faisait peur et je ne voulais surtout pas mettre les pieds là dedans. Et donc quand mon père me disait: un artiste c’est un message. Dans ma tête c’était ok donc un message, c’est un message politique… Ça m’allait pas et donc imposture encore. C’est l’accumulation de manque de reconnaissance pour moi. 

C: Et tu penses que ça t’a bloqué pendant un moment ?

A: J’ai eu la chance que ça me boost plutôt qu’autre chose. En fait, encore une fois mes parents m’ont poussé quand je leur ai dit que je voulais être artiste… C’est juste en fait la réalité m’ennuie tellement… Ça va mieux. Mais au final dans l’absolue, la réalité m’emmerde donc c’est pour ça que je raconte des histoires notamment l’humour parce que l’humour ça embellie la réalité et ça la rend moins morose en tous cas. Mais ça, je l’ai eu très très vite. L’école, je comprenais pas… Je pense que j’ai un truc d’hypersensibilité tous ces mots un peu à la mode qu’on entend en ce moment, donc je pense qu’il y a de ça. C’est génétique dans ma famille, du côté de ma mère j’imagine.

Ça semble cohérent, même vu les gens qui m’entourent. Et donc c’était assez dure, même socialement parlant j’étais un souffre douleur en plus j’ai pas mal souffert quand j’étais gosse de ça. J’étais très très sensible donc je pleurais beaucoup. Et comme je pleurais beaucoup on se moquait de moi tout ça. Et donc j’ai toujours eu un pote avec qui on faisait tout, on faisait des histoires… La réalité c’était compliqué de la vivre. Je me réfugiais là dedans. C’est pour ça que malgré mon syndrome de l’imposteur j’ai pris cette direction très tôt parce que je n’avais pas le choix parce que sinon je mourrais en fait, symboliquement parlant tu vois. incapable de faire un métier dit “normal”.

C: Tu y es passé quand même ou pas du tout ?

A: Non, j’ai eu cette chance. Encore une fois, comme mes parents m’ont poussé dans ce que je voulais faire. Une fois, mon père m’a dit: « quand même ça serait bien que tu vois un peu ce que c’est de bosser« . Mon père a un peu ce côté là… et donc “je t’ai trouvé un entretien pour être caissier chez…”. J’y suis allé. J’ai passé un entretien. Perdu. On était deux à l’entretien (…) Bien sûr je n’ai pas été pris. Et ça a été la seule tentative. Après mon père a arrêté de me faire chier avec ça. Donc non j’ai même pas… Si un petit peu, j’ai été hôte, j’ai distribué des flyers.

Je l’ai fait mais j’ai essayé tout de suite de rentre dans la branche que je voulais. J’ai passé des années à filmer des mariages. Toutes mes études, les week-ends je filmais des mariages pour un photographe en Picardie. Je faisais des montages derrière. J’étais déjà dans un truc “créatif”. J’ai beaucoup de mal avec les mariages aujourd’hui. J’étais payé misère bien évidemment. Donc si j’ai fait des trucs un peu chiant. Mais je savais où j’allais et je voulais que tout soit cohérent.  

C: Tu n’as pas fait de faux pas? Peut-être dans le milieu, mais pas en dehors?

A: Je savais exactement ce que je voulais. À la base je voulais faire du dessin animé, je voulais être infographiste. Parce que mon pote Alex avec qui je faisais des films, lui aussi c’est ce qu’il voulait. On a commencé à faire de la 3D ensemble. Lui, il avait un très bon niveau en dessin et moi pas assez. On a eu un an de décalage parce que j’ai redoublé. Lui, s’est retrouvé à faire un BTS d’infographie, auquel j’étais refusé l’année d’après.

J’ai fait une fac d’art plastique. Je me suis fait chier comme un rat mort. Je voulais faire des dessins animés et en art plastique on t’apprend pas ça. Et en fait, quand j’ai fait cette première année, j’ai vu dans cette fac il y avait une catégorie cinéma et théâtre et j’ai dit à mon pote lui qui se faisait aussi en BTS, j’ai dit “viens on s’inscrit en fac de cinéma”... Et c’est comme ça…

C: Donc tous les deux vous êtes allés en fac de cinéma ?

A: Oui

C: Et lui fait des dessins animés aujourd’hui?

A: Non. On s’est un peu perdu de vu. Alors c’est marrant on s’est retrouvé là il y a quelques semaines. On s’est écrit. Nos chemins s’étaient un peu séparés. On avait monté une asso sur Paris avec nos potes de fac. D’ailleurs les premiers court métrages ont été produit par l’asso et d’autres trucs. On avait vraiment cette idée de créer notre propre structure. Monter une asso avec tes potes c’est une super mauvaise idée. Sa s’est pas mal terminé mais sa s’est pas bien terminé non plus. Chacun a pris un peu sa route et tout. Ce pote Alex, il n’y a pas longtemps j’ai appris qu’il allait bien et qu’il refaisait des projets, du théâtre, à Lyon. Ça m’a fait plaisir de savoir qu’il allait bien.

# L’hypersensibilité et le Syndrome de l’Imposteur

C: Au sujet de l’hypersensibilité: tu l’as expérimenté, tu l’es? 

(changement de micro, changement de qualité sonore)

A: Je ne sais pas ce que ça va m’apporter de savoir ça parce que j’ai aussi un syndrome de l’élu. 

C: Qu’est-ce que ça t’apporterai au fond?

A: De savoir plus. 

C: Tu sais déjà ce que tu as expérimenté en fait.

A: Et j’ai envie de sortir. Je bosse sur le fait de sortir de la mentalisation et de l’intellectualisation. Parce que ça c’est bon. Comprendre des trucs avec ma tête c’est bon. Ça je sais faire… Mais en ce moment j’expérimente de comprendre avec mon corps. C’est mieux. En tout cas, je manque de ça donc… (bruit vélo) 

# Le syndrome de l’imposteur et l’auto sabotage

C: Une des conséquences du syndrome de l’imposteur c’est l’auto sabotage (très connu chez les hypersensibles) qui va soit procrastiner, soit trop faire, pour se prouver qu’on est à l’origine et que ce n’est pas que de la chance. Tu disais toute à l’heure que tu l’expérimentes toujours?

A: Oui, je remarque. En tout cas.

# Monter sur scène

C: L’année dernière, tu as décidé de monter sur scène. Ça devait être une autre étape. Il n’y a pas eu une différence, une étape, un avant et un après?

A: Rien que le fait de devenir comédien c’est-à-dire passer de l’autre côté de la caméra c’est un truc que j’avais pas du tout prévu dans ma vie. Je m’étais dis si j’ai l’occase pourquoi pas… Quand j’écrivais oui. En fait, les premiers films, dont je te parle, quand je suis avec mon pote et que je fais les sketchs c’est nous qui jouions dedans. (rire) Jouions ? C’est pas très jolie jouions dis donc ! Il faut savoir qu’avec ce pote on marchait beaucoup par comparaison et compétition bienveillante. 

C: Entre vous?

A: Oui. C’est-à-dire que moi je l’adorais énormément, je trouve que c’est un artiste de ouf, c’était vraiment le mec le plus drôle que j’ai rencontré dans ma vie. Il me faisait vraiment mourir de rire des fois. Avec un côté très triste et grave aussi. Un côté très, un peu, noir, un peu dark mais hyper drôle pour compenser tout ça. Très semblablement un hypersensible d’ailleurs. Et donc, à chaque fois qu’il faisait un truc je disais “ah c’est ouf”. Alors je faisais tout pour le dépasser. Et il disait “ah trop bien…”. Et on marchait comme ça…  Tu vois?

C: Oui…

A: Ce qui a marché un certain temps. Et ça a pété aussi peut-être pour ça. Tu vois. Avec Fabrice par exemple, avec qui je fais ETLMSF, on s’est rencontré dans la créativité aussi et on marche beaucoup plus par accord plus que par comparaison et compétition c’est plutôt par…

C: Harmonie ?

A: Oui harmonie. Complémentarité en fait. Et en plus avec Marc qui est arrivé par derrière. Son frère qui est arrivé par la suite ça marche très bien. Et… c’était quoi la question de base ? (rire)

C: L’avant et l’après scène…

A: Alors oui, je suis allé de l’autre de la caméra, j’ai osé y aller parce que Fabrice, qui est quelqu’un qui soutient énormément, parce qu’il est coach, évidemment. Enfin, il soutient pas parce qu’il est coach. Il est coach parce qu’il soutient. Parce qu’il m’a dit “moi je pense que tu peux le faire”. Va s’y. Et donc je l’ai fait et il m’a dit “non c’est bien…”. Et aujourd’hui, pareil pour la scène il m’a dit “non non je me fais aucun soucis je pense vraiment que tu peux le faire”. 

C: Mais c’est lui qui a donné l’idée de la scène? 

A: Non, le spectacle c’est une boite de prod’ qui nous a appelé en disant tiens, vous voulez pas faire du théâtre? Comme tout le reste, vous voulez pas faire un livre? Vous voulez pas en faire un…? Oui d’accord. Et donc on disait oui à tout ce qui se présentait. Moi j’étais très excité par le fait de faire de la scène mais ça me faisait un peu peur juste parce que je ne l’avais jamais fait et pareil je me disais “oui mais tous mes potes comédiens qui font ça depuis des années et qui galèrent et moi j’arrive. Ça fait six mois que je fais un spectacle, tous les soirs c’est complet. Alors que c’est la première fois de ma vie que je monte sur scène et en plus je monte tout seul ».

Vraiment le paramètre Fabrice qui me soutient c’était cinquante pour cent du travail, on va dire. Et les autres cinquante pour cent c’est moi qui me dis “ok va s’y en fait, au pire qu’est-ce qui se passe ? Rien, tu vas pas mourir…”. Et ce qui s’est passé en fait c’est que je me suis jamais senti aussi bien ailleurs que sur une scène. Ça me manque beaucoup d’ailleurs. En fait la scène c’est juste le prolongement de tout le reste. En fait, la scène c’est là où toute mes névroses fleurissent, mais au sens positif, c’est-à-dire que je me suis rendu compte que ce que je faisais sur scène quand j’improvise surtout. Quand je réagis à ce qui se passe c’est exactement les mêmes mécanismes que quand je suis dans un bar et que je fais marrer les gens. 

Mais juste parce que c’est mon masque principal, social. Tu vois… Et c’est le truc que je maitrise le plus aujourd’hui. Ma manière de me faire intégrer dans le monde, c’est d’arriver et de faire rire. Comme ça c’est “regardez, je suis rigolo”. Et évidemment vu que c’est ce que j’ai fait le plus dans ma vie. Quand je le fais sur une scène, je le fais bien. En tout cas, ça fonctionne et en plus je me sens bien. Donc bizarrement je n’ai pas eu d’imposture là dessus. Tu vois, c’est paradoxale. 

# Un vrai sentiment d’imposture (débuts de #ETLMSF)

C: Donc au final tu es plus en alignement avec la scène, que auparavant avec la caméra? 

Dans les interviews, dans les commentaires, les gens qui me reconnaissent, tout ça. Et ça, ça a fait un syndrome de l’imposteur gigantesque parce que au début je me suis dis: ok les gens croient ça. Donc j’ai eu un moment de ok donc si les gens croient ça ils m’aiment pour ça donc si ils m’aiment pour ça, il faut que je sois ça. Donc j’ai commencé à être quelque chose qui n’existe pas. C’est à dire trois personnes à la fois. En tout cas, la symbiose de trois cerveaux comme ça. Ce qui était un poids énorme. Et en plus comme je l’étais pas, et bah je m’en voulais de ne pas l’être, donc mon imposteur il grandissait. Et en plus toute ma vie, toute mon adolescence, j’ai vraiment cru que j’étais bête. J’avais vraiment la croyance que j’étais bête, parce que j’ai pas beaucoup de culture et je me mettais avec des gens très intelligents, sûrement pour me prouver que j’étais bête tu vois…

Je viens de me rendre compte de ça mais, une sorte d’auto sabotage. Et j’ai toujours le sentiment que je suis pas capable par exemple. En fait un truc con j’ai le sentiment que je suis pas capable d’écrire un épisode de ETLMSF tout seul, mais ce qui est normal puisque ça n’existe pas si je suis tout seul. Ça me mettait un poids. C’est pour ça qu’on a mis beaucoup d’énergies dans le fait de médiatiser très vite le fait qu’on était trois et de mettre l’équipe en avant et de dire ETLMSF c’est un projet en groupe. Aujourd’hui c’est un peu fluctuant. Des fois ça revient. Des fois ça repart. Mais le fait d’accepter qu’elle est ma place là dedans, dans ce projet, ça ça m’a beaucoup aidé à avoir le sentiment d’imposture qui baissait et donc d’avoir moins d’auto sabotage etc. et d’être plus « peace” parce que là…

C: Vous en avez discuté et tu as émis le souhait de ré accorder le truc?

A: Oui, il y a eu ça. Ça s’est fait petit à petit en fait. En fait je l’ai compris à force de voir ce que les gens projetaient sur moi. Je me disais “ah oui en fait ce qui se passe c’est ça”. Et donc ça a pas été une décision, un déclic. C’était petit à petit, on a mis le truc en place. Et par exemple avec le spectacle, au début du spectacle c’est revenu ce truc là, dans les articles: “ETLMSF, avec Axel Lattuada”. On a été obligé d’appeler les journalistes pour leur dire “mais le spectacle on est trois à écrire…”. Ça c’était un peu chiant de devoir mais on l’a fait et tout, parce que moi je déteste ça.

C: Mais surtout qu’il y avait l’information sur… 

A: Oui mais t’as des journalistes qui font pas très bien leur métier tu sais…hein?

C: Ne vous sentez pas tous visés 🙂 Il y a un journaliste dans l’équipe ! (miaou). Donc c’est délicat, c’est comme s’il y avait une mauvaise communication. Ils se sont tellement pris au jeu, du personnage, ils ont pas pris de distance.

A: La bonne nouvelle c’est qu’on fait bien notre travail parce que du coup, il y a encore des gens, très peu, mais je sais qu’il y a encore des gens qui pensent que je suis vraiment ce personnage et tout. Je me rappelle de la première fois qu’on a sorti le premier bêtisier, il y a plein de commentaires qui étaient “ah mais en fait vous nous jouez la comédie, je suis super déçu”. Ils croyaient vraiment que j’avais ce débit de parole et que j’étais ce mec dans cette cave. Je trouve ça mignon, triste, rassurant et effrayant en même temps. (rire)

C: Tout ça ?

A: Tout ça en même temps. (rire)

C: Donc il n’y a pas d’avant, après en fait. Il y a un process.

A: Il y a un process. Il y a un avant après mais qui est pas immédiat. C’est un long process qui est fluctuant. Et en plus qui va avec tout le travail que je fais sur moi au quotidien depuis depuis… (miaou) 

C: (Le chat valide).

A: Juste quand tu (le chat) es arrivé en fait, non un petit peu avant. ETLMSF c’est né le jour où, on a avec Fabrice décidé d’arrêter de faire en sorte que ça marche. 

# La genèse de ETLMSF 

C: Alors, justement, retournons à avant. À la genèse, la petite graine de ETLMSF…

A: Un dimanche, on se fait chier. Et on se dit tiens on a plus de producteur. Le producteur avec qui on avait des projets de longs et courts métrages avait arrêté. Et donc nous on ne sait plus quoi faire. On a envie de créer mais on sait pas quoi. Et, moi j’avais commencé Youtube avec un autre pote (#habile). Presque un an avant. Je crois. Juste parce que en fait j’ai besoin de créer des trucs tout le temps. Tu vois la graine, c’est la rencontre avec Fabrice notamment.

Fabrice je le rencontre, via ce producteur, qui me dit un jour “tiens, je vais te montrer un court métrage d’un mec que j’ai rencontré. J’ai bien envie de bosser avec lui, j’aime bien ce qu’il fait…” et il me montre le court métrage et là je m’énerve, et je dis “bah super tu prends un mec qui fait la même chose que moi”. Ça sert à rien, on va se taper sur la gueule. Je regarde son court métrage j’étais vénère parce qu’il est super bien et tout mais avec tout plein d’idées que j’avais aussi. Genre le personnage principal de son court métrage c’était exactement le même que celui que j’étais en train d’écrire. C’était ouf. C’était au moment de ma pièce de théâtre.

Donc j’entendais parler de Fabrice. On entendait parler l’un de l’autre par ce producteur interposé. et un jour la pièce se joue et à la fin je vais voir mes comédiens dans les coulisses et une de mes comédiennes me dit “c’était dur ce soir, il y avait un mec devant là qui faisait la gueule c’était super dur de jouer et tout…”. Elle tourne la tête et là elle voit le producteur qui arrive avec Fabrice et elle me dit “putain c’est lui !” “c’est lui, il faisait la gueule et tout !”

Et en fait c’était juste que le producteur avait dit à Fabrice: “Tu regardes la pièce d’Axel et tu lui dis tout ce qui va pas dedans”. Parce que comme Fabrice est prof de dramaturgie, et moi je connaissais pas la dramaturgie il lui a dit ok tu lui dis ce qui ne va pas. Et donc Fabrice avait une pression de ouf parce que il ne me connaissait pas et il fallait qu’il regarde le truc que j’ai mis trois ans à faire et qu’il me dise “ça ça va pas, ça ça va pas”.

Donc évidemment il faisait la gueule il était concentré. Je crois qu’on s’est eu au téléphone une fois ou deux avant. On s’est vraiment rencontré ce soir là. Je me rappelle ce soir là on a marché pendant deux heures dans Paris. On a discuté de plein de trucs. Et à partir de là on a créé cette relation à la base professionnelle. On a dit, ok au lieu de se taper sur la gueule, on a qu’à se regrouper vu qu’on fait la même chose. Et en fait, très vite on est devenu hyper potes. Et, moi je commençais #habile en parallèle. Deux ans après je crois. On a eu deux ans de ok avec ce producteur de projet court et long donc on travaillait chacun sur le projet de l’autre. Puis un jour ce producteur a arrêté et là on s’est retrouvé vraiment comme des cons. 

Et donc je dis à Fabrice, écoute moi j’ai testé Youtube. Parce qu’on est pas du tout des consommateurs de Youtube, moi j’y connais rien. Aujourd’hui un petit peu plus parce que je rencontre des gens sinon c’était pas du tout mon truc… Je regardais plutôt des films. Et donc je dis “bah tiens j’ai testé Youtube. C’est un endroit dans lequel il y a du public si tu postes un truc. Va s’y on a qu’à faire une vidéo sur des sujets qui nous parlent”. Et la phrase ETLMSF c’est un truc qu’on se disait beaucoup entre nous, qui vient de l’exoconférence d’Alexandre Astier. Où il parle à un moment donné de la relativité du temps et il te dit un truc de ouf et il te dit “bah là c’est comme ça que marche le monde” et il dit “tout le monde s’en fiche”. Ça nous avait fait rire la manière dont il disait, la nonchalance tu vois de “c’est ouf et tout le monde s’en fou!”.

Fabrice à ce moment là il terminait sa formation de coaching en neurosciences appliquées et tous les jours il me téléphonait en disant “ah mec j’ai appris un truc de ouf sur le cerveau, ça marche comme ça comme ça”. On arrêtait pas de ce dire “et tout le monde s’en fou”. Un jour je lui dis “bah va s’y on a qu’à faire une vidéo”, moi ça faisait longtemps que j’avais pas tourné mais j’avais besoin de tourner tout le monde et je dis on se met sur ton canap’ on se film en train de discuter des sujets et on appelle ça et tout le monde s’en fou. Comme ça ça fait un espèce de “talk” entre deux personnes. Et il m’a dit moi j’ai pas du tout envie d’être filmé mais si tu veux va s’y je te film toi. “Oh, d’accord…”. Et c’était vraiment comme ça. Un dimanche, bah attend on va pas se mettre dans ton salon y a tes colloques ça va les faire chier… bah on va se mettre dans ta cave? Oui bon d’accord…

Et on ouvre la cave et on fait ok mais qu’est-ce qu’un mec foutrait dans une cave? Attend, on a qu’à dire que c’est un espèce de hacker machin, j’avais mon gilet bordeaux à ce moment là que je venais d’acheter, on a pris des lunettes de soleil Decathlon on a pété les verres tiens va s’y en fait on s’est dit ok on va pas le faire à deux on va le faire à un donc on va le faire en mode Youtube normal. La seule référence qu’on avait c’était Norman. Ok on fait pas toi Axel qui parle dans ta chambre, on va créer un personnage. Parce que c’est ce qu’on aime comme on écrit de la fiction. Et donc voilà dans la cave on s’est dit “ok un mec un hacker”. Des contraintes on a créé ce personnage. Cet humour condescendant c’est un truc qu’on faisait entre nous, qui nous faisait rire. Mais vraiment on le faisait entre nous ça faisait rire personne d’autre que nous tu vois le fait de prendre les gens de haut et de parler au mec comme s’il avait quatre ans parce qu’ils sont bêtes. Et donc on s’est dit “va s’y on va mettre ça dans ce personnage”. Et donc voilà on a fait le premier épisode, on l’a écrit. 

C: Vous avez écrit en faisant en fait ?

A: Oui pratiquement. En fait on a créé le personnage. Va s’y on a cette base là. On a fait le cadre. Va s’y on parle du sujet dont on parle le plus comme ça on a même pas de recherche à faire c’est tous les trucs. Vraiment le premier épisode il est sorti, il y avait rien à faire. 

C: Accouchement facile…

A: Oui, très facile. On l’a tourné, on l’a monté. Je suis rentré chez moi j’avais une petite idée du rythme et tout ça. Je lui ai envoyé, il m’a dit: “ah c’est cool franchement…”. On l’a mis sur Youtube donc on l’a envoyé à nos potes et on avait trois cent vues on était ouf! Et je me dis bah tiens quand même on parle de féminisme, il y a peut être des magasines féminins qui pourraient le relayer… Donc je cherche et je vois juste sur la page facebook de aufeminin.com en banderole c’était écrit: “envoyez-nous vos vidéos à telle adresse…”. Je dis bah va s’y, j’envoie. Il n’y a rien eu d’explosif. Je me suis dis “ok j’envois la vidéo”. Ils me disent oui très bien votre vidéo peut tout à fait convenir à notre ligne éditorial. Nous allons la partager dès demain. Et ils l’ont partagé et en cinq jours ça fait… 10 millions de vues !!! 

C: Tu as dit à un moment donné c’est au moment où on voulait plus que ça marche…

A: Oui, en fait pourquoi est-ce qu’on fait ETLMSF comme on le fait, parce que on a plus d’objectifs. On a juste, viens on se fait kiffer ! Viens on fait ce qu’on veut nous. Pas qu’est ce qui marche, qu’est-ce qu’on attend de nous? Qu’est-ce qu’il faut faire pour avoir des subventions… 

C: Dès le début c’était comme ça?

A: En fait, il y a eu tout, il y a eu toute notre carrière avant c’est-à-dire nos court métrages, nos machins, qui étaient très perso aussi mais qui étaient pas avec la même… Il y avait quand même une intention. On était dans un objectif. Et, là ELMSF ça a été: “Viens on fait juste ça presque pour nous”. Sans producteur, juste nous. Avec ce qu’il y a là (tripes) et ce qu’il y a là (coeur). Il y a plein de paramètres. Il y a aussi le moment où c’est sorti. Parce que c’est sorti plusieurs mois avant #metoo, je crois. Et donc il y avait le fait qu’on était des garçons qui parlaient de féminisme.

C: Ça c’était un hasard au final? Vous n’aviez pas la recette? Vous aviez accouché du bébé en mettant le cadre. Après tu as eu quand même l’idée d’envoyer la vidéo… 

A: Oui autant essayer de la diffuser quand même. J’avais eu la toute petite expérience avec #habile, où aujourd’hui on avait 20 000 abonnés, je crois. Ce qui est cool. On a eu Minute Buzz à l’époque qui nous avait partagé un épisode. On avait fait 100 000 vues sur Facebook on était comme des fous! Donc je voyais le mécanisme. Je me suis dis ok, l’idée c’est de partager. Donc s’il y a un média qui le partage je me suis dis pourquoi pas, les magazines féminins. Jamais on aurait cru faire 10 millions de vues en cinq jours. Et à partir de là ça a été n’importe quoi. 

C: Depuis le début en fait?

A: Ah oui c’est-à-dire qu’on est passé de l’anonymat à une des plus grosses chaines Youtube dans cette catégorie là, en tous cas, très très vite. C’est n’importe quoi ce projet. Vraiment. C’est ouf. 

# Le Syndrome Imposteur qui vient frapper à la porte (en tant que comédien) 

C: Et le Syndrome de l’Imposteur, là il t’a pas frappé à la porte en mode… “salut!”?

A: Bien sûr que si ! Évidemment, en plus je me fais connaitre en tant que comédien. Mais évidemment… Je me rappelle au début, le premier épisode avant de le diffuser je l’avais montré à des potes et tout. Il y avait des réactions genre: “oui oui c’est pas mal”. Je me rappelle, une des premières à avoir vu épisode de tout le monde s’en fou avant tout le monde c’était Marion Seclin parce que à ce moment on l’avait eu en “guest” dans #habile et on était devenu potes. Un jour il y avait Benjamin de #habile et Marion qui étaient chez moi, on parlait de projets et tout puis je leur dit: “Regardez, j’ai fait ça”. Et ils ont dit: “oh, c’est cool et tout”. Et genre le lendemain on l’a diffusé ça a fait (bruit) donc oui oui c’était, là ça a été explosif. Ça a été le vrai buzz.

C: Tu as du gérer le truc ? Tu faisais déjà un travail sur toi ? Parce que ça devait être un choc malgré tout. Tu peux très bien décoller… 

A: En fait, on s’est dit très vite parce que mine de rien on avait de l’expérience dans l’audiovisuel. On sait ce que c’est un projet. On s’est dit ok on a un truc là qui est en train de brûler il faut absolument qu’on en fasse quelque chose. Nous on s’était dit on en fera un de temps en temps. Se faire plaisir sur un sujet qui nous parle. On voulait parler de psycho et de physique quantique c’était les trucs qui nous intéressaient. Et donc on s’est dit ok là on a un vrai truc. Il faut faire les choses intelligemment. Donc intelligemment ça veut dire quoi? Ça veut dire, penser à long terme. Pérenniser le truc. Donc Fabrice m’a dit: “il va nous falloir un journaliste”. Je connais une seule personne au monde qui peut nous abreuver de sujets comme ça et tout, c’est mon frère, que je n’avais jamais rencontré où j’avais dû le croiser une fois comme ça Marc. On a appelé Marc qui était plus aux faits que nous de la vidéo internet parce qu’il avait monté des pôles vidéos.

Fabrice l’appelle et il nous a dit les gars, là vous êtes comme dans Mario Bros, vous venez de choper une étoile donc vous êtes invincible et vous clignotez pendant quelques secondes, et maintenant faut savoir ce que vous faites avec ça. Et on s’est dit ok il nous faut une prod’, pour cadrer ça, et Fabrice m’a dit écoute moi j’ai un prod’ avec qui il avait fait ce fameux premier court métrage que j’avais vu qui était fait dix ans avant. Il m’a dit le seul prod’ honnête que je connaisse dans ma vie c’est Christophe. Viens, on l’appelle. On a appelé Christophe qui connaissait que dalle en Youtube non plus. J’ai rencontré Christophe. Il est parti se renseigner sur ce que c’est internet il est revenu il a dit je comprends pas y a pas de schéma pré établi en fait puisque c’est un média hyper neuf. Encore plus, il y a quatre ans. Ça va très très vite.

Déjà il y a quatre ans, nous on est des vieux là aujourd’hui. Et donc il nous a dit ok moi je vais produire ça comme un objet audiovisuel classique. C’est à dire, qu’il va faire ce qu’il savait faire. Et donc ok on dit va s’y, deuxième épisode, on a choisi le sujet avec Marc. Au début, on s’est dit toutes les deux semaines parce qu’il faut avoir de la régularité. Puis on a mis en place un planning comme ça petit à petit et puis plus les épisodes sortaient, plus on avait de vues. Et donc on était contacté à droite à gauche. Évidemment on a eu des messages de toutes les grandes boites qui gèrent les Youtubers et qui te prennent 80% de tout ce que tu gagnes. Et donc nous on a eu la chance et l’intelligence de dire “non”.

À tout ce genre de trucs en tous cas au début. Et de rester indépendant parce qu’en fait notre communauté elle se faisait toute seule on avait pas besoin de, on avait pas de pub jusqu’à il y a quelques mois, on avait pas de pub. On a été énormément médiatisé au début. On a eu les Inrocks, Télérama, tout ça très très vite. N’importe quoi. On a même eu  les premières réunions de prod’ où Christophe me disait: “Bon j’ai eu Canal Plus et Comédie qui veulent faire un prime d’une heure et demi sur ETLMSF”. J’étais là mais “Comment? On a fait ça dans la cave il y a deux semaines!”. Donc ça a été vraiment très très vite, beaucoup. Il a fallu calmer l’égo parce qu’il y avait un truc et l’imposteur était là…

Aujourd’hui ça se calme un peu. On a trouvé un rythme de croisière. C’est quand même toujours la folie. On a fait deux livres, un spectacle, là on a un jeu de cartes qui sort au mois d’octobre. Là on est en train de préparer le long métrage tout ça…

C: Long Métrage?

A: C’est un projet pour l’instant. C’est le but depuis toujours. Moi je ne fais que ça pour faire du cinéma, bien sûr. Tout ça, c’est un écran de fumé. Fabrice et moi c’est là d’où on vient, même Christophe. Et Marc a découvert aussi l’écriture de fiction. Et oui bien sûr. Mare d’écrire des trucs que didactique. D’ailleurs ça sa voit, plus les ETLMSF avancent plus il y a de la fiction dedans. Les personnages et machin. Parce que moi j’ai envie d’écrire des dialogues. Mare des trucs face caméra d’un mec qui dit “je vais t’expliquer comment marche tel truc”. On commence un peu à saturer… 

C: Oui et en même vous devez rester fidèle pour ceux qui…

A: Oui, pas plus de vingt pour-cent de nouveauté. Oui c’est la loi de Hudson. En dessous de dix pour-cent les gens s’ennuient et au dessus de vingt pour-cent les gens flippent. Donc il faut trouver le bon équilibre entre dix et vingt de nouveautés à chaque nouveau cycle. 

# La bienveillance

C: Tu parles beaucoup, de la bienveillance dans l’équipe. Tu en as parlé aussi au sujet de Fabrice. Ça t’a aidé par rapport au syndrome de l’imposteur? On a l’impression que ça te portait vers le haut.

A: Oui bien évidemment. C’est ça qui était le socle. La première bienveillance qu’il faut vraiment avoir c’est envers soi mais c’est plus facile de s’appuyer sur celle des autres.

# La validation

C: Oui, c’est pour ça, que je pose la question. Il y en a plein qui disent que t’as pas besoin d’être validé par quelqu’un d’autre. 

A: C’est des conneries ça! Enfin, dans l’absolu oui et même moi je me dis oui mais pareil l’amour de soi faut pas être aidé… En vérité c’est qu’on est des animaux sociaux et que notamment, je sais que Fabrice dans tous les exercices de coaching qu’il a et dans tous les trucs qu’on met dans les épisodes, il y a toujours un paramètre qui est, un des paramètres pour avoir une estime de soi solide, c’est d’avoir au moins dans ton entourage huit personnes sur qui tu peux compter. Donc il faut, et je me le dis à moi même, *arrêter de croire que l’autonomie c’est la solitude*. Moi j’ai beaucoup tendance à confondre ça. Quant on m’a dit travaille ton autonomie je me suis dis ok c’est la solitude et en fait non les autres sont importants faut juste pas en dépendre. C’est toujours l’équilibre qui est chaud à trouver.

C: Il y en a plein qui disent “c’est bon, je peux être seul” et puis après “euh non”…

A: Grave, moi le plus gros exemple que j’ai du fait que les autres ne suffisent pas. Si moi je dépendais des applaudissement des gens en spectacle, en fait c’est sans fin. C’est-à-dire que iI y a cent personnes qui m’applaudissent je me dis ok c’est cool mais en fait j’en veux encore. Là, il y a mille personnes, oui mais c’est pas assez. Deux milles c’est pas assez…

C: Il n’y aura jamais assez de validation?

A: Oui, c’est Dalida qui s’est suicidée en disant que personne ne l’aimait, alors qu’elle était adulée par des millions de personnes tu vois. Ça, ça m’avait marqué cette histoire. Donc c’est l’équilibre entre son amour propre et celui des autres. Et celui des autres, c’est moins évident parce que notamment le public, *je dis toujours que le public c’est un pervers narcissique*. Que la foule, un jour elle peut t’aimer le lendemain te détester. Dans mon cas à moi de personne exposée au public il faut faire attention à ça parce que je suis allé voir un peu ce que c’était l’égo d’être connu. Et ça n’a aucun intérêt, vraiment.

C: Ça a aucun intérêt, c’est-à-dire?


A: Non mais quand on fait des conférences après il y a des gens qui viennent te voir et tout et là je prise un peu et prend tout les compliments et tout et en fait c’est complètement fictionné parce que ce sont des projections sur toi.

C: Parce que tu en es conscient.

A: Oui. En tous cas ce que je vois c’est que c’est facile de péter un plomb, de dépendre de ça et de devenir un connard. Vraiment je vois que la frontière, elle est là. Si t’es un peu fragile de ce côté là et si t’as pas conscience de toi, oui c’est facile. 

# La solitude

C: Pour la solitude avec les autres, est-ce qu’elle ta parlé cette citation de Robin Williams qui disait que *le pire c’est d’être entouré de gens et de se sentir seul…*

A: Oui. 

C: Tu penses que c’est un équilibre aussi? Tu penses que c’est possible de le ressentir dans ce milieu aussi?

A: En tous cas moi je le ressens. Ça m’arrive de me sentir seul alors que… d’avoir peur d’être seul même alors que je reçois des messages tous les jours de remerciement et tout. Après comme je suis quelqu’un de très positif, au final, de très enthousiaste et qui en plus travaille sur lui, je m’enfonce pas là dedans. Mais encore une fois je vois que ça existe et je vois comment tu peux tomber là dedans en fait. 

C: Le truc t’es passé en fait. Comme tout d’ailleurs, comme une émotion en fait…

A: La reconnaissance c’est un sacré travail. L’acceptation de l’imperfection aussi. Je suis en plein dedans. (rire)

C: On a parlé bienveillance maintenant on va parler de légitimité. Est-ce que… on va peut être pas parler du côté acteur, comédien dans le sens où ça t’est tombé dessus tu as eu le syndrome c’est passé maintenant t’as pu trouver une joie à travers ça. 

A: Oui, parce que je joue pour l’instant mon personnage. 

C: Ah oui?

A: J’aimerai jouer autre chose oui. Pour voir en fait. Ça fait quatre ans que je fais ça. Que j’écris ce personnage. Après je serai curieux maintenant moi en tant que comédien de jouer autre chose pour voir si j’en suis capable. Et d’ailleurs j’ai passé, on m’a proposé des casting. Et les casting c’était l’enfer. Là c’était l’imposture totale ! Après les casting et les pires situations du monde. Tu as quelqu’un qui te juge, sur un truc que tu n’as pas eu le temps de bosser. Et oui j’en ai fait un qu’on m’a proposé pour une série Netflix en plus, pour un petit rôle. J’étais super content. Je suis arrivé. Et un lapin pris dans les phares. En plus, ils m’ont fait passer le casting parce que si tu veux ils savaient que j’étais Youtuber et que c’était le rôle d’un présentateur télé. Et le mec me disait “va s’y fait comme dans tes vidéos”. Je fais mais t’as pas vu mes vidéos en fait parce que je n’ai rien à voir avec un présentateur télé. Je fais un personnage complètement barré.

C: C’est un problème de communication en fait

A: Bah tu sais il y a les ponts entre cinéma et Youtube. Tu sais Youtube c’est en dessous, c’est bien en dessous, c’est oui oui de vidéos où ils font leur conneries dans leur chambre c’est ça?

# La légitimité dans ton métier

C: La légitimité dans ton métier de monteur, et dans tes courts métrages. *Est-ce que j’ai besoin de faire des études pour être légitime?*

A: Moi de mon expérience, les diplômes c’était plutôt mes parents qui en avaient besoin. Ma légitimité d’avoir envie d’être réalisateur et de faire des films je me suis même jamais posé la question mais parce que en fait c’est la seule chose que je voulais en fait. Vu que c’est la seule chose que je voulais, je me sentais pas illégitime tu vois. Après, dans la faisabilité pour te lancer t’es obligé d’avoir un peu d’orgueil. Parce que le jour où tu dis à tes potes, j’ai écris un film, là on va le réaliser pour de vrai. Il y a deux choses il y a l’orgueil de dire ok oui je vais le faire et je vais diriger quinze personnes et je vais dire à tous ce que moi j’ai dans la tête et on va dire à tous faire en sorte de faire sortir ce qu’il y a dans ma tête. Réalisateur c’est pas un métier c’est un caprice. Donc il y a eu ce truc de.

Pareil c’est un équilibre. Moi il faut que je me donne de la puissance pour y aller. En même temps je le fais avec des gens qui me soutiennent parce que c’est mes potes. Il y a toujours cet équilibre entre toi et les autres. Et l’autre paramètre c’est l’expérience. Dans le sens où, sans que ce soit dans cette optique d’avoir de l’expérience, j’ai commencé avec des dessins puis ensuite j’ai fait des histoires avec un micro puis après avec une caméra. Et mine de rien, tout ça, depuis que je suis au collège je fais ça. Et donc c’est juste je me suis créé des sillons neuronaux et c’est comme faire du vélo, c’est comme jouer un instrument. Plus tu en joues et plus tu es légitime. Aujourd’hui je me sens pas légitime de prendre une guitare et de faire un do, parce que je le fais automatiquement. Tu vois ce que je veux dire?

C: Tu ne te poses même plus la question de le faire en fait parce que tu l’es. C’est par automatisme

A: C’est ça. Et le montage, juste parce que c’est le truc que j’ai fait le plus dans ma vie après des blagues. J’ai aucune question de légitimité, juste parce que je l’ai fait tellement et en plus j’ai été validé dans le montage. 

C: Oui parce que tu as été payé pour ça…

A: Oui et en fait je sais, je sais ce qu’il faut faire pour qu’un montage fonctionne, j’en suis sûr. Et en même temps, et comme j’ai pas de problème de légitimité là dessus je n’ai pas peur d’écouter les avis des autres. Parce qu’en fait l’avis de l’autre ne remet pas ma posture en question. Moi ma posture, elle est assise, il n’y a pas de soucis en fait. Et donc c’est d’autant plus riche quand tu te sens légitime d’un truc parce que tu es capable d’entendre les autres. Et si quelqu’un te dit un truc et que tu te sens rabaissé, c’est un signe pour voir que tu te sens pas légitime. 

C: Et comment tu nourris cet orgueil, de façon saine? 

A: C’est que j’avais pas le choix. Aujourd’hui c’est d’autant plus facile parce que mine de rien on est connu et reconnu. Donc dans le fait de lancer un projet, ça me donne un assise en fait. J’ai encore moins de difficulté à… Et encore on s’est fait refusé des projets. Malgré tout ça. Mais en tous cas, dans l’élan créatif je fais confiance à mes idées en fait.

C: Donc c’est à travers l’idée que tu vas produire, en soi, elle te donne cette légitimité?

A: Oui et surtout je n’ai pas peur de me planter. 

C: Ça vient d’où?

A: Je pense c’est le résultat de tout ça. J’ai eu la chance de… de me créer des bons sillons neurones pour ça. En fait c’est que j’ai des _croyances aidantes_ tout simplement. 

C: Ok, qui sont?

A: Ah c’est une bonne question ça, c’est quoi mes croyances aidantes… (miaou). Par exemple, une croyance aidante que j’ai et qui m’aide beaucoup c’est que je ne peux tomber en addiction à rien, à aucun produit. Je fume pas. J’ai jamais fumé. Et ça, ça me permet de tester plein de trucs. (point). Sans avoir peur en fait parce que souvent il y a la peur de l’addiction, et par exemple ça je l’ai pas. Dans la créativité tu vas avoir ce même genre de mécanisme. J’ai pas peur de me planter parce que… les meilleurs moments de ma vie c’était les moments où je créaient des trucs.

Les moments que je préfère c’est quand je mets de la musique sur un montage, sur de l’image, ça crée un… en fait je trouve ça tellement ouf ce que ça fait que je m’en fou de savoir si je suis légitime ou pas en fait je le fais. Un paramètre aussi c’est que avant je le faisais pour moi. C’est-à-dire que tous ces courts métrages que je faisais c’est pas comme aujourd’hui où tu avais la potentialité d’être vu tout de suite avec les réseaux sociaux. Et mine de rien je pense que l’exposition personnelle pour les générations plus récentes que moi c’est un truc qui est omni présent. Moi quand je crée un truc c’est pour moi et je passe beaucoup de temps à regarder ce que je fais. Même avec, mes courts métrages je les ai vu énormément. Je les regardais beaucoup, je les analysais… 

C: C’était pour perfectionner ou par satisfaction? 

A: Un peu les deux. Mais il y avait beaucoup de “Je suis content de ce que j’ai fais”, “C’est moi qui ai fait ça? Je suis super content” ! Et ça j’ai beaucoup de mal à l’avouer. Je crois que c’est la première fois que je le dis d’ailleurs. 

C: Tu le faisais mais t’en parlais pas?

A: Ah oui, non non. J’ai un souvenir au collège. J’avais fait un, c’était un truc en Anglais. J’avais créé un prospectus, j’avais découpé des trucs sur un jeu, sur Metal Gear Solid à l’époque. En anglais, bourré de fautes d’orthographes en anglais d’ailleurs j’avais eu une note de merde mais j’avais crée un objet super cool, pliable et tout. Et, j’étais hyper fier de ce truc là. (miaou) Et j’ai eu des notes dégueulasses parce que c’était de l’anglais et tout l’anglais dedans était… Et ça ça *c’était un premier truc d’injustice*. J’avais créé cet object moi même et je me rappelle j’ai un souvenir de m’être levé dans la nuit en me disant “il faut que j’aille le regarder”.

Je viens de me souvenir de ça et juste parce que j’étais super fier en fait. Et, j’ai des souvenirs comme ça de fierté de truc que je fais et de demande de validation de l’extérieur en disant “regardez, je crois que ce que j’ai fait c’est bien” et en fait, non. Et ça j’ai quelques souvenirs comme ça qui tombe. (miaou) Notamment une fois, ma mère passait l’aspirateur dans ma chambre. J’étais tout petit. Et j’avais envie de lui dire “maman je trouve que j’ai beaucoup d’imagination”. et là ma mère m’a répondu “ah oui, pourquoi t’as de si mauvaises notes en rédaction alors”. là tu as l’imposteur qui est venu: “bonjour, c’est moi, signé ici…”.

Ça c’était une des grosses balafres là dedans. Mais bizarrement ça ne m’a pas empêché de faire des trucs au contraire.

C: Bah, tu es sorti de ta zone de confort mais tu disais toute à l’heure que c’était le contraire de “mort”…

A: Le fait que je continue malgré tout à faire des trucs c’est que comme j’avais un énorme, ça a créé aussi un énorme manque de reconnaissance donc au lieu de m’enterrer et de dire “ok je n’existe pas”, c’est “là tu m’as pas vu? Et bah je peux te dire qu’à partir de maintenant tu vas me voir”. Et donc je suis devenu, comme dit ma psy, un “petit singe savant” pour que juste papa et maman me voient et bah j’ai fait de la musique machin et tant mieux ça m’a servi.

Ça a été fait dans de la souffrance en fait mais de ma nature je pense un peu optimiste et positive, je suis allé plutôt dans la sur enchère que dans la dépression. Pourquoi est-ce que j’ai pas peur de me planter et tout ça? C’est parce que j’ai eu la rage de ne pas être reconnu. Au lieu de m’enfoncer j’ai dis: “si vous allez me voir ».

C: Tu as fait l’opposé en fait…

A: Et pour refaire la boucle sur ce qu’on disait toute à l’heure, c’est là où l’extérieur il est infini et il est incomblable. C’est-à-dire que si à six ans j’avais eu une conscience spirituelle j’aurai dis “jai pas besoin que vous me reconnaissiez, je vais me reconnaitre moi même”. “Tu sais quoi maman ? c’est pas grave”. 

Et donc évidemment c’est là où aujourd’hui j’ai trouvé l’équilibre entre arrêter d’essayer d’être vu et d’être aimé par tout le monde parce que moi c’est ça ma névrose principale que tout le monde doit m’aimer, sans exception. C’est long. Donc syndrome de là aussi, la perfection etc, et c’est accepter donc que tout le monde ne peut pas m’aimer. 

C: Là, c’est bon? C’est accepté?

A: Ça va ça va. Il y a encore des relents des fois… 

# Croyance limitante

C: Tu parlais de croyance aidante. Ta croyance qui t’a le plus limité dans le temps ?

A: J’ai eu une croyance pendant longtemps que j’ai faite sauter avec Fabrice avec un exercice d’ailleurs de coaching. Un jour j’ai dit putain j’ai décelé une croyance là limitante qui était: *“ce sera mieux demain”*. Et j’ai eu l’impression de vivre la majeur partie de ma vie dans une transition. En me disant ok maintenant ça sert pas à grand chose parce que de toute façon ça sera mieux demain. C’est ouf, est-ce que c’est pas juste avant ETLMSF que ça m’a fait sauter cette croyance en plus? 

C: Tu as posé des mots dessus juste avant?

A: En fait, il (Fabrice) m’avait parlé d’un exercice de coaching pour faire sauter des croyances. Et un jour j’ai dit “bah tiens, je crois avoir mis une phrase sur une croyance à moi”. Il m’a fait faire l’exercice, et ces derniers temps c’est vrai que j’ai beaucoup moins cette sensation de transition permanente. Comme par hasard ça va aussi avec le fait que les projets sont… tu es obligé d’être dans le moment présent pour abattre tout le travail qu’on abat depuis ETLMSF. On est obligé d’être là. Et j’ai moins ce sentiment qui était un truc un peu triste en plus d’attendre quelque chose de mieux. Donc ça oui c’était une croyance que j’ai réussi à faire sauter.

C: Donc tu es plus dans l’instant présent maintenant?

A: Je pense oui.

# Dissocier la bonne de la mauvaise peur

C: Comment tu dissocies la bonne de la mauvaise peur ?

A: Je dirai, il faut écouter son corps. Et en ce moment je commence à entendre mon corps dans le sens ressentir des trucs. Et communément ce qu’on appelle l’*instinct*. Toutes les peurs sont bonnes. Juste il faut savoir les doser et en doser les conséquences comportementales chez toi. La peur qui t’empêche de faire quelque chose, comme l’*auto sabotage* tu vois il faut y faire attention. En gros la mauvaise peur c’est celle qui est pas conscientisée, qui est pas réfléchit. Alors comment tu l’as décèles ?

C: Tu as l’instinct à côté d’une fenêtre qui va te dire: “non n’y va pas”. Heureusement qu’il est là. Puis tu as l’intuition sur des projets qui te disent d’y aller et parfois qui te dit “non”, tu sais pas pourquoi d’ailleurs. Et au final c’est une peur. C’est une peur en mode il y a vraiment un risque derrière. Il y a un truc qu’on ne peut pas forcément expliquer. Mais toi est-ce que tu as décelé un truc, en mode “là ma peur c’est juste parce que je suis en dehors de ma zone de confort et que je fais un truc nouveau” donc par exemple, monter sur scène la première fois? Et l’autre peur qui est en mode “je le sens pas”. 

A: Moi ça dépend des domaines. La plupart du temps notamment dans le travail, quand, j’ai peur j’y vais. Et alors que dans le perso, notamment par exemple, dans le domaine des relations amoureuses, dès que j’ai peur je fais “non j’y vais pas”.

C: Tu fais tout le contraire?

A: Si j’arrivais à faire dans ma vie perso ce que je fais dans ma vie pro… Ça irait beaucoup mieux! Ça dépend du moment aussi, il y a des fois, mais non moi j’ai plutôt tendance à y aller quand j’ai peur. Mais après, je suis quelqu’un d’hyper raisonnable. Je prends très peu de risques dans ma vie. C’est pour ça que, un truc con mais j’ai bu de l’alcool très très tard, dans ma vie parce que ça me faisait peur. J’avais peur de perdre le contrôle tout ça. Fumer, pareil. Donc je suis vraiment vraiment hyper raisonnable, je suis un peu peureux, mine de rien. Mais dès que ça touche au danger de mort. Monter sur scène je ne peux pas mourir en fait. Faire un projet, monter un film pareil.

Comme j’ai aussi énormément manqué d’audace quand j’étais plus jeune notamment avec les filles. J’ai eu plein de regrets de “j’aurai dû leur parler” et un jour je ne sais plus quand, j’ai dit “je ne manquerai plus jamais d’audace dans la vie, plus jamais, quitte à me prendre des murs”, je préfère me prendre un mur, _avoir des remords plutôt que des regrets_. Ça c’est une phrase que mon père m’a dit très tôt dans la vie: “il vaut mieux avoir des remords que des regrets”. Donc, après je me mets jamais en danger. On a chacun sa vision du danger. Je flippais des fonds marins par exemple, j’ai fait quand même de la plongée sous marine. Pas parce que je flippais mais je me suis dis ça a l’air cool, il y a des gens qui le font…

Ça se dose une peur, il faut la regarder en fait. *La mauvaise peur c’est celle que tu regardes pas*. Tout simplement. C’est celle à laquelle tu réagis tout de suite tu dis, ah non. *La mauvaise peur c’est celle qui te fait être raciste*, parce que tu restes à la surface et tu vas pas voir est-ce qu’elle est cohérente cette peur ? 

C: Tu restes dans ta sa zone de confort

A: Oui, pour moi c’est celle que tu refuses de regarder parce qu’elle touche ton intérieur en fait. Et moi ça, ça répond à une névrose mais j’ai tellement peur de pas être quelqu’un de bien. Et j’ai lu que se remettre en question c’est quelque chose de bien et je suis d’accord avec ça donc je me remets tout le temps, tout le temps, tout le temps en question. Trop. C’est trop mais en même temps je préfère ça qu’autre chose. Les gens qui se remettent pas en question…

C: Tu as trop peur quand tu vois ce que c’est…

A: Oui, j’ai très très peur d’être quelqu’un de mauvais en fait. Vraiment et je sais que c’est trop. Mais au final je préfère être comme ça que le contraire. Après il est toujours question d’équilibre. J’essaye de trouver mon équilibre, d’accepter l’imperfection etc etc. Mais oui, j’ai extrêmement peur d’être quelqu’un de mauvais. Mais c’est relié à ma peur de ne pas être aimé par tout le monde. Qui vient du fait de ne pas être reconnu par mes parents, enfin de ma vision de ne pas être reconnu par mes parents. Tout est né là. Et en fait j’ai tellement besoin d’être aimé, je me sens pas aimable. Et donc on revient à ok “il faut que je m’aime moi-même avant”… 

C: Ça tu l’as fait, c’est bon? (humour)

A: Non c’est pas réglé. Après ça va de mieux en mieux, ça sera jamais parfait. De toute façon, vu que je travaille tout le temps sur moi, et que j’aime ça. Parce que j’aime ça en fait. C’est pas du travail ou de la torture en fait. En fait, ça ira de mieux en mieux. Et notamment en ce moment il y a des trucs qui s’ouvrent de ouf. C’est trop bien en fait. C’est trop bien. Je comprends d’autant moins les gens qui refusent de se remettre en question parce que ça apporte tellement de trucs. Ça m’énerve, ça me met en colère les gens qui ne se remettent pas en question. 

# La pratique qui t’a le plus aidé

C: La pratique, qui t’a le plus aidé notamment ces derniers (amour propre)? Une nouvelle habitude… 

A: Le confinement ça m’a beaucoup aidé. Alors c’est pas le confinement, ça a amené c’est ok, c’est toutes les remises en question que ça a mis sur les injonctions à la créativité par exemple. Tu vois, au début du confinement, j’étais très très très créatif.  Je faisais une vidéo tous les jours. Et c’était cool en plus je refaisais des trucs tout seul et j’étais content. Et puis à un moment donné je vais “ah bah aujourd’hui il faut que je fasse une vidéo, mais j’ai pas envie.

J’ai pas envie en fait. Viens je le fais pas, j’ai pas envie”. Et le lendemain pareil, j’ai pas envie non plus. J’ai eu un moment de “oh, trop bien ”. Et puis rien aucune deadline, aucune injonction. Donc, la discipline, la méditation ça m’aide beaucoup. Après j’en faisais avant mais je vois que c’est mieux avec. Pour le coup. Je vois que les moments où je suis vraiment bien et où les choses s’ouvrent c’est quand je prends le temps de méditer.  

C: Tu veux dire, de façon régulière quand tu dis je prends le temps, c’est une fois par jour?

A: Oui. Notamment, la semaine dernière je me suis fait opéré de la myopie. C’est trois jours les lentilles de protection et deux jours un peu chiant. Et là depuis hier je vois, c’est trop bien.

C: Tu es dans un nouveau monde ?

A: Oui ! ça change tout. surtout que j’étais hyper myope. Mais surtout j’ai eu cinq jours hyper compliqués. En plus c’est un peu ma faute. Au bout, tu troisième jour normalement ça va mieux et j’ai pas envie en enlevant les lentilles justement je me suis fais mal et j’ai eu peur j’ai eu très très peur. J’ai vraiment eu une panique, j’étais tout seul en plus. J’ai appelé à l’aide et pour que moi j’appelle à l’aide il faut vraiment que je sois dans une panique. Pendant ces cinq jours où j’avais très très mal et où j’ai eu en plus peur au bout de trois jours j’ai beaucoup médité. Je n’avais rien d’autre à foutre surtout, j’étais avec des lunettes de soleil à avoir mal tu vois. En plus j’étais sous efferalgan Codéiné donc j’étais un peu défoncé mais pas la bonne défonce, ne prenez pas oui…

J’ai eu des expériences de méditation de ouf. C’est vraiment la discipline pendant quatre jours, tu es dans le noir. Tu n’as pas le loisir de faire ça souvent. Mais oui notamment je suis persuadé que j’ai fais de l’auto guérison. J’ai vraiment été dans un processus de “ok, va s’y, j’ai mal, j’ai besoin de me guérir tout seul”. Et ça m’a beaucoup aidé.

C: C’est la première fois que ça t’arrive?

A: À ce point là oui. J’ai déjà eu des expériences de, je vais pas dire de transe parce que c’est pas ce truc là mais j’ai eu quelques méditations notamment en groupe qui m’ont fait partir très très loin et je remarque c’est souvent après une longue période où je le fais régulièrement et plus tu… Moi la méditation il y a trois, quatre ans ça m’a sorti de la dépression. J’ai fait une petite dépression. Pas énorme mais j’étais vraiment dedans et je méditais matin et soir et force est de constater que je m’en suis très bien sorti. Et je pense que sans ça, ça aurait pas été aussi probant. 

C: Donc tu t’en es sorti sans médicament?

A: Oui, totalement. Ah non moi c’était hors de question ça. Non, parce que c’était une petite et je le voyais. J’en étais conscient. Et je me suis dis “ok j’aime pas ça, je vais m’en sorti”. J’étais pas du tout dans un truc fataliste. 

C: Parce que les spécialistes, ils en donnent très facilement. 

A: Bah oui. Je ne suis pas allé chez le médecin pour ça. Si, en plus je suis allé chez le médecin, elle m’a dit: “si vous voulez je peux vous en donner”. J’ai dis: “non”. Et après je suis allé vers des trucs alternatifs. J’ai tout fait. 

C: Ah oui?

A: J’ai dit “ok, je ne veux pas être comme ça”. J’ai tout fait, de l’acupuncture, de l’hypnose, de machin, de l’EMDR (Désensibilisation et Retraitement par les Mouvements Oculaires). J’ai un pote en production qui m’a dit mais “mec ça sert à rien en fait, c’est comme si tu prenais un médicament de plein de trucs”. 

C: Tu as essayé plein de choses pourtant, c’est bien non?

A: Oui, alors c’était cool dans le sens, mais moi dans ma tête en plus c’était genre ok “prends mon cerveau réparez-le”. J’avais pas capté en fait que c’est toi qui va te guérir tout seul. Les gens, je remets ça entre vos mains. Mais en fait quand j’ai compris non que ça venait de moi bah je vais suivre un truc. Et c’est pour ça que j’ai trouvé ma psy avec qui je travaille depuis quatre ans.

Mais la pratique qui m’aide c’est que je vois quelqu’un toutes les semaines. Et que toutes les semaines depuis quatre ans je me paye “une remise sur le chemin”. Ah vraiment. En fait, c’est tout ce qu’elle fait. Je suis sur mon chemin, plus le temps avance, plus je dévie, et donc j’y vais, elle me fait “non c’est par là”. Et je lui donne soixante euros. Et ça fait quatre ans qu’elle me répète les mêmes choses. Mais c’est normal. Et donc la pratique c’est que je m’offre du temps pour prendre soin de moi. 

C: Oui

A: Et on est pas dans des sociétés qui nous poussent à faire ça.

C: Déjà les gens ne voient pas ça comme un bénéfice pour soi. Ils voient ça comme “je suis malade, j’ai un problème”. 

# Travailler (tout) seul sur soi 

A: Alors on est tous névrosés tous! (point). C’est à dire que si vous n’êtes pas névrosé vous êtes psychopathe. Il y a que deux choix en fait donc c’est vous qui voyez. Il y a quelqu’un qui m’a dit, il y a pas longtemps “ah moi je me connais bien je pense que j’aurai jamais besoin de voir un psy”. 

C: Alors ça, c’est un énorme sujet! Et pourtant ces gens veulent du bien. 

A: Oui c’était quelqu’un d’intelligent en plus qui effectivement se connaissait bien mais…

C: Ils sont cultivés, ils sont curieux puis dès que tu leur dis “t’as fait un travail sur toi?”. Ils te disent: “oui je lis, j’ai même tenu un journal”. Et voir quelqu’un? “Ah non j’ai pas besoin”. Alors que quand quelqu’un dit “j’ai pas besoin” (justement)…

A: Justement, tiens prends le numéro. 

C: Tu penses que c’est possible? Travailler sur toi tout seul, genre avec des livres?

A: Oui ça doit être possible mais c’est plus facile de faire réparer sa voiture par un mécanicien qui s’y connait en fait. Parce que en tout cas moi, j’ai vu que les outils ok j’en avais plein. J’ai plein d’outils. Et j’ai ouvert le capot de ma bagnole j’ai fait “d’accord, à quoi ça sert ça en fait?”. Oui tu peux te soigner tout seul, même tu as une appendicite tu peux t’ouvroir tout seul l’enlever mais franchement avoir un chirurgien ça sera plus sécure en fait, c’est juste ça. 

C: Il doit y avoir des tutoriels sur Youtube ! (rire)

A: Il doit y avoir ça oui. C’est du bon sens pour moi simplement. Même si tu es mécanicien toi même parfois tu as besoin d’avoir l’avis d’un autre mécanicien pour réparer ta bagnole tout simplement. Et malheureusement en Occident on pense que effectivement aller voir quelqu’un c’est “être malade”. Alors que au contraire, c’est quand tu vas bien qu’il faut aller voir un psy pour nettoyer en profondeur… Parce qu’on ne va jamais vraiment bien malheureusement.

C: Non non, ou on se le cache. 

A: Ce n’est pas possible d’aller vraiment bien dans le monde tel qu’il est aujourd’hui. Ce n’est pas possible. Trop déconnecté de plein de choses. C’est pas possible, en fait. Donc il faut l’accepter c’est tout. Et se dire “ok c’est un terrain de jeu de ouf”, le développement personnel. Alors après, tu choisis tes armes.

Moi ce qui m’a parlé beaucoup c’est la spiritualité, il y a eu des mots au début dedans qui me faisaient chier parce que je suis issu d’une famille en plus hyper anti clérical et donc moi aussi j’avais des idées anti cléricales et donc le mot “Dieu” m’écorchait les oreilles. Et quand j’ai réussi à mettre de côté ça, à voir ce qu’ils voulaient dire dans les bouquins quant ils parlaient de “Dieu” je fais “ok ok je vois”. Ça me fait toujours un peu chier le mot “Dieu”, mais parce que personne ne comprend ça. 

C: Non, personne ne sait de quoi il parle. 

A: Donc aujourd’hui j’arrive à voir ce qu’il y a derrière. Et ça me fascine en fait la spiritualité, les énergies tout ça.

C: Mais c’est parce que tu l’as expérimenté. C’est pas les mots que tu as lu? Au final c’est ça la spiritualité…

A: Oui puis ça me parle. En termes de poésie, en termes de… ça me parle. Et surtout j’ai compris que tu lis un bouquin de psychologie hyper machin, en fait vous dites la même chose les gars, vous utilisez des champs lexicaux différents, arrêtez de vous taper sur la gueule en fait… 

C: Et on a besoin de ces autres façons de le dire. Parce que pour des gens, A, B, C, en parlent ils ne comprennent pas. Par contre la personne D en parle, c’est bon. Ils te disent, “tu as entendu parlé de D?”. Et toi tu réponds “mais je t’en parle depuis trois ans”. C’est ça qui est étrange. On a tous un même language et on aura beau avoir tous le même discours, il y en a avec qui ça passe et d’autre pas. 

A: C’est parce que l’être humain a besoin d’avoir raison. Même quand t’es d’accord avec l’autre. D’avoir plus raison en fait. (miaou)

# Un message sur tous les billboards de France

C: Si tu pouvais choisir un message qui apparait sur tous les billboards de France ça serait quoi? Tous les billboards de France… Un message…

A: Ça serait: Pour aller mieux le monde n’a pas besoin de quelques personnes qui font les choses parfaitement mais il a besoin que tout le monde fasse les choses même si c’est de manière imparfaite. Je l’ai vu quelque part, ça parlait de “zéro déchet”. 

# Un seul titre

C: Si tu devais avoir une carte de visite avec un seul titre, ça serait quoi?

A: Axel Lattuada, imparfait…

# Un livre

C: Le livre que tu as le plus offert ou donné autour de toi?

A: Les Accords Toltèques (Miguel Ruiz)

# La plus grande Peur

C: Ta plus grande peur aujourd’hui? 

A: C’est toujours la même, c’est d’*être quelqu’un de mauvais*. Même si j’ai travaillé dessus et que ça va mieux. Au final je vois quand je suis un peu en énergie basse, je suis un peu triste, c’est ça qui ressort. Si je suis un peu triste et que par exemple je picole un peu, c’est là que tu vas des fois toucher des trucs et des fois je regarde et en fait j’ai peur de pas être bien, j’ai peur de pas être assez bien. ::Ce qui me fait pleurer par exemple.

Ces derniers temps je sens que j’ai besoin de pleurer, j’y arrive pas. Pendant ces méditations où notamment j’ai beaucoup pleuré, qui parlait de la colère d’ailleurs. Et ce qui m’a fait pleurer c’est quand le mec de la méditation guidée a dit, “vous avez le droit d’être bien”. Vous avez le droit d’être confortable. Ça, ça m’a fait partir.:: Donc ce qui est sous jacent à ça c’est que j’ai peur de vraiment peur d’être quelqu’un de pas bien, d’être méchant. Ma psy serait là, elle dirait “tu vois bien que c’est relié à ta peur de ne pas être aimé”. Je pense que c’est vrai mais elles se tirent la bourre. 

C: C’est toi vis-à-vis de toi aussi surtout. 

A: Sauf que j’ai tellement mis de temps et d’énergie à être moi vis-à-vis des autres, genre “si les autres me voient j’existe”. Je suis en train d’essayer de voir ce que ça fait de vivre qu’à travers moi. Donc j’ai pas encore mon île. Je vis beaucoup sur l’île des autres. Je flotte. 

# Intention

C: Ton intention du moment? (en un mot)

A: L’équilibre, toujours.

C: Parce que l’équilibre ce n’est que la compensation permanente de la chute

# Tout premier film (spectateur)

C: Ton tout premier film, que tu as vu enfant, qui t’a marqué? Celui qui t’a fait prendre conscience que tu voulais faire des dessins animés, que tu voulais créer, que tu voulais raconter des histoires… 

A: Il y en a tellement ! *Dark Crystal* (1982) on va dire. 

C: Tu avais quel âge?

A: En fait, les trois films qui m’ont marqué c’est *Dark Crystal*, *Beetlejuice* (1988) et *Les Aventures du baron de Münchhausen* (1988). Ce sont des films que je regardais en boucle. Alors avant ça il y avait d’autres trucs, mais qui étaient pas des films, c’était des dessins animés, c’était *Capucine la Petite Taupe* (1982), c’est un dessin animé polonais je crois (tchèque). *Gédéon* (1976), c’était l’histoire d’un caneton avec un grand coup et des dessins super chelou. C’est ce que ma mère m’achetait dans les magasins bizarres. Et je regardais ça en boucle. Mais film vraiment film, oui le baron de Münchhausen je regardais beaucoup. En boucle.

# Film idéal (réalisateur)

C: Ton film idéal ce serait quoi? (ta propre production)

A: Mon film idéal, aujourd’hui ce serait quoi? Mon film idéal je le ferai avec Fabrice et Marc. Je jouerai dedans je pense, parce que je trouve ça cool de jouer. Et ce serait une comédie avec une univers style punk un peu. Un peu genre, *la Cité des Enfants Perdus* (1993). Avec un vrai décor pas la 3D. Comme le film la Cité des enfants perdus c’est un des derniers films français qui a été fait dans un décor à taille réelle. En comédien, il y aurait: Alain Chabat, Albert Dupontel, Muriel Robin, Alexandre Astier bien évidemment, toute l’équipe de Kaamelott en “guest”. Ça parlerait de l’enfance, du contraste entre l’enfance et l’adulte.

C: Alors ton propre remix, c’est-à-dire *les personnalités qui t’ont inspiré et qui ont fait la personne que tu es aujourd’hui*? On le dit pas assez mais on s’inspire tous de parents, de ce qu’on voit à la télé… 

A: *Jim Carrey* de ouf évidemment. *Michel Courtemanche* aussi c’est même école. *Alexandre Astier* parce que très clairement, en terme de légitimité Alexandre Astier m’a beaucoup aidé (malgré lui). Moi j’aimais pas Kaamelott quand c’est sorti, je trouvais ça nul. Je comprenais pas pourquoi ça faisait rire. Et c’est mon pote Alex qui a commencé à regarder ça et à me tire “c’est tellement drôle !”. Je faisais “ah bon?”. Et là j’ai commencé à regarder Kaamelott pour de vrai et j’ai fait “mon dieu mais c’est génial”! 

C: Il faut rentrer dedans en fait…

A: Ce génie de l’écriture du dialogue. Ça a comblé un vide dans mon cerveau et mon humour il a pris deux cents points XP en plus. Et ma pièce de théâtre c’est que des dialogues et ça ressemble beaucoup à l’écriture de Kaamelott avec des punchlines, des trucs absurdes, des personnages un peu débiles. Donc Astier a été une grosse partie, très récente. Ça a été une grosse grosse influence. Mes bases d’humour c’était *Michel Courtemanche*, de base. J’adore le mime.

Je suis un gros fan de mime. J’adore ça. On voulait en mettre dans le spectacle mais on en a mis au début ça fonctionnait pas trop. Mais oui, *Courtemanche*, *Jim Carrey*, *François Pérusse*, *L’Album du peuple*, que j’ai rencontré. On était invité au Canada dans une convention de geeks. Il était là, invité. On me dit “bah viens, je vais te le présenter”. Pareil, cinquante pour cent de mon humour c’est François Pérusse, tu vois? C’était au tout début, à peine un an qu’on avait fait TLMSF,  et je lui dis “j’adore ce que vous faites depuis que je suis gosse, j’adore tous vos sketchs par coeur, je les écoute régulièrement…”. Et il me dit “ah oui et toi tu fais quoi?”. Je lui dis “je fais ETLMSF” et il me répond “ah oui, je regarde avec mes enfants…” !

Je demande: “je peux faire une photo avec vous”, il me dit: “non non c’est moi qui fais une photo avec toi”.

Je fais: “ok, je peux arrêter ma carrière” (rire).

Et Muriel Robin aussi encore, j’insiste. C’est du génie d’écriture, dans l’absurde, j’adore.

C: C’est la seule femme que tu as mis dans la liste… ?

A: C’est vrai que paradoxalement… Mais parce qu’elle sont pas trop beaucoup mises en avant aussi tu vois. Être féministe, j’ai découvert que je l’étais en côtoyant Fabrice. Mais j’avais pas ce combat là dans les tripes. Comment dire… j’avais un point de vue sur ce que doit être le monde entre l’égalité homme – femme. Mais j’étais pas conscient de toutes les inégalités, c’est en les découvrant, à travers Fabrice, et que j’ai mis beaucoup d’humour, parce que je trouvais ça fou, je trouvais dingue en fait. Je me disais mais c’est pas possible?

On est vraiment débiles en fait… Et c’est comme ça qu’est né TLMSF, c’est ce regard un peu neuf. Si un extraterrestre arrivait chez nous, il dirait: “Ils sont encore vivants eux? Comment c’est possible?”. Et donc oui, j’ai pas été nourri par beaucoup d’artistes femmes, dans ma jeunesse. Mais parce que des réalisatrices il y en a pas beaucoup. Mais juste parce que le milieu est sexiste en fait. Et comme j’étais pas dans une recherche forcément d’aller chercher, bah oui il y a beaucoup d’hommes dans mes mentors en fait…

C: Aujourd’hui, plaisir ou devoir (dans ce que tu fais tous les jours)?

A: Plaisir

# Boris Vian et L’Écume des Jours 

C: Pourquoi Boris Vian? (très présent dans ses courts métrages)

A: Parce que j’aimais pas l’école. Je déteste les devoirs justement. Moi à partir du moment où tu m’imposes quelque chose mon cerveau est incapable de s’y intéresser. Et Boris Vian c’est quelqu’un qui est venu désamorcer ça (malgré lui aussi). Mais quand j’ai découvert, parce que j’étais obligé de lire *L’Écume des Jours* en cours de Français. Je lisais pas quand j’étais petit. Mais mère a essayé de me faire lire quand j’étais petit, elle lisait beaucoup. Et en fait, je n’aimais pas ça. Je préférais regarder des films. Et même les livres qu’on était obligés de lire à l’école je me démerdais pour pas les lire. J’ai toujours réussi à me démerder. Et là Boris Vian je l’ai lu et j’ai fait “mais mon dieu, ce mec est dans ma tête en fait”. Toutes ces métaphores, ces figures de style, ce qu’il racontait… Je me rappelle la première fois que j’ai lu quand Colin marche dans les escaliers et décrit la danse des jupes des demoiselles d’honneur.

Il décrit les mouvements des jupes pendant que les femmes montaient. À partir de là, j’ai tout acheté de Boris Vian. Il y a des trucs qui sont illisibles. En fait, il fait référence à des trucs que je ne connais pas. Donc ça a aucun intérêt. Oui cette vision, c’est ça que je veux faire dans la vie. C’est prendre le monde et le rendre beau. Et même des trucs beaux il les rend encore plus beaux à travers les mots. Et même ça me buggait Boris Vian, je regardais beaucoup de film donc j’étais beaucoup dans l’image. Pour moi les livres c’était en dessous du cinéma parce que c’est mieux de voir. Et là j’ai compris ce que c’était que de jouer avec les mots et d’écrire des trucs que tu ne peux pas mettre en image. Et j’ai cru que Gondry avait gâché ma vie. Alors non, il n’a pas gâché ma vie.

J’ai une anecdote assez marrante. C’est que, j’ai voulu faire du cinéma à partir du moment où j’ai lu L’Écume des Jours. Et là je me suis dis “ok”, je veux adapter ça au cinéma. Je veux moi mettre des imagines là dessus. C’était plus fort que moi “je veux filmer ça”. Et ça a été mon immotivé pendant toutes mes études et tout. C’était mon but. J’avais commencé à savoir quel comédien je voulais. Tous les courts métrages que j’écrivais étaient inspirés de ce que je voulais voir dans mon film Écume des Jours.

Mon producteur qui m’a suivi depuis le début était au courant de ça “il me dit oui t’inquiète on va le faire”. Je me rappelle un jour j’étais chez mes parents, j’étais revenu pour le week-end et je revoyais une de mes potes que j’avais pas vu depuis longtemps et qui me balance comme ça au cours d’une citronnade: “est-ce que tu as vu que Michel Gondry va adapter l’Écume des Jours?”. J’ai fait: “quoi?!” et là mon monde s’est écroulé. Je suis allé prendre mon téléphone et il n’y avait rien de prévu. C’était juste une idée pour moi mais c’était le but de ma vie. J’appelle mon prod et j’ai dit tu as vu? j’étais démuni et j’ai dit ok plus rien n’a d’intérêt. Il me dit non t’inquiète. Il y a déjà une version qui existe que je n’ai pas vu d’ailleurs, de 1972 avec Jacques Perrin qui est dur à trouver. J’ai jamais réussi à la voir. Mon prod me dit t’inquiète ça veut dire que tu as eu bonne idée, que ton idée elle est viable. On verra.

Avant ça, c’était annoncé qu’il allait le faire et plusieurs années après, j’habitais dans le 18ème il y a encore six mois, et un soir je rentre chez moi. J’habite sur le trottoir de droite et pourquoi ce soir là je rentre par le trottoir de gauche, j’en sais rien. Je marche. Je passe à côté d’un poteau sur lequel était scotché une page blanche et je ne sais pas pourquoi je m’arrête et je vais lire cette affiche. Je regarde le truc et je vois tournage la semaine prochaine dans la rue Lamarck de l’Écume Des Jours de Michel Gondry, entre le numéro 30 et le numéro 34. J’habitais au 32. Donc il est venu tourner ce film en bas de chez moi

C: C’est excellent !

A: J’ai rien vu. C’était tourné dans une appart en fait. Tu vois le cerveau, l’inconscient. Puis bon voilà, j’ai vu ce film et ce film est mauvais quoi. Et c’est pas de sa faute c’est juste qu’il est inadaptable. J’exagère.

C: Tu avais une idée du truc…

A: J’aime bien Romain Duris mais tu ne prends pas Romain Duris et tu ne prends absolument pas Audrey Tautou ! Et Amélie Poulain est mon film préféré mais tu ne prends pas Audrey Tautou… Bon en plus il a pris Alain Chabat pour faire le cuisiner c’est exactement ce que je voulais faire ! En plus ça fonctionne pas. Pourtant c’était cohérent, tu te dis Michel Gondry qui fait l’Écume Des Jours tu te dis oui évidemment.

C: oui c’est son style. C’est pas si mal que ça t’est pas plus. Il y aura une version 2030. Aujourd’hui non. Mais rien n’empêche que ça t’a poursuivi un moment…

A: Tu vois ça a été ça mon orgueil de pourquoi je veux faire du cinéma, parce que moi je veux adapter l’Écume Des Jours. Tu vois, et pas pour être connu c’est parce que je veux faire ça, je veux mettre des images là dessus. 

C: C’est pas pour rien…

A: Non. Il ne faut pas essayer de le comprendre surtout. 

C: Il y aura une suite !

Un commentaire sur “Syndrome Imposteur avec Axel Lattuada

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