La Sagesse d’Ethan Hawke

La Sagesse d’Ethan Hawke

Se donner la permission d’être créatif.

Une question pour toi: est-ce que tu te donnes la permission de faire l’artiste quitte à paraître ridicule?

Ethan Hawke est un acteur, écrivain, musicien américain connu pour ses rôles dans: Before Sunrise (1995), Before Sunset (2004), Before Midnight (2013) ainsi que Boyhood (2014). À l’occasion d’un Ted Talk donné en juin dernier (2020) il nous parle de créativité.

C’est mon job en tant que poète.

Nous doutons tous de notre créativité. À sa rencontre avec Allen Ginsberg, il découvre quelque chose d’énorme (une histoire), qui va changer sa vie:

Après une apparition sur la télévision new-yorkaise, Allen Ginsberg rentre chez lui et tout le monde lui dit: « Tu te rends compte que tout le monde te prend pour un imbécile, et que le pays entier se moque de toi? ». Il leur répond: « C’est mon job. Je suis poète et je vais continuer à faire l’imbécile. La plupart des gens doivent aller travailler toute la journée, ils rentrent chez eux, ils se disputent avec leur partenaire, ils mangent puis allument la vieille télé. Quelqu’un essaye de leur vendre quelque chose, et là je viens tout faire foirer! Je suis venu chanter Krishna, et maintenant ils sont dans leur lit en train de se dire « qui est ce poète stupide? » Et, ils ne peuvent pas s’endormir, en plus! ». C’est mon job en tant que poète.

La créativité nous en avons tous besoin.

Ethan trouve cet aperçu très libérateur. Il va plus loin dans le raisonnement en y ajoutant:

« La majorité d’entre nous souhaite offrir au monde quelque chose de qualité, quelque chose que le monde considèrera comme bon ou important. Alors qu’en fait, c’est l’ennemi, parce que ce n’est pas à nous de décider si ce que l’on fait est bon. Et si l’histoire nous a appris quelque chose, c’est que le monde est un critique particulièrement peu fiable. »

« Donc, tu dois te poser la question: Est-ce que la créativité humaine compte? Et bien. La majorité des gens ne passent pas son temps à penser au sujet de la poésie. Ils ont une vie à vivre, et ils ne se sentent pas concerné par les poèmes d’Allen Ginsberg…, jusqu’au jour où leur père décède, ils vont aux funérailles, tu perds un enfant, quelqu’un brise ton coeur, ils ne t’aiment plus, et soudainement tu es désespéré à l’idée de trouver un sens à ta vie. Puis, « Est-ce que quelqu’un s’est senti aussi mal dans la vie? Comment s’en sont-ils sortis? »

« Ou l’inverse – quelque chose de super. Tu rencontres quelqu’un et ton coeur explose. Tu aimes cette personne tellement, tu ne peux même pas voir clairement. Tu sais que tu es étourdi. « Est-ce que quelqu’un a ressenti ça avant moi? Qu’est-ce qu’il m’arrive? » Et ainsi, l’art n’est plus un luxe, c’est en réalité une subsistance. Nous en avons tous besoin ».

En parlant de ses débuts en tant qu’artiste (acteur et comédien), il relate l’importance des belles choses qui nous rendent ébahis. Pour lui, nous sommes ici sur terre pour tenter nous aider les uns, les autres. En premier lieu, il nous est demandé de survivre, puis de prospérer. Pour prospérer, pour nous exprimer, nous devons nous connaitre davantage. Dès son premier rôle à l’âge de 12 ans, il raconte son amour pour le théâtre, son monde s’est alors élargi et cette profession (encore aujourd’hui à presque 50 ans) lui rend de plus en plus chaque jour. À travers les personnages qu’il a pu jouer.

Qu’est-ce que nous aimons? Si nous nous rapprochons de ce que nous aimons, la personne que vous êtes vous sera révélée, et ça s’étendra.

Nous sommes tous connectés.

À travers la diversité de ces personnages (criminel, prêtre ou voyou) il se rend compte qu’il a beaucoup en commun avec ces personnes.

« Alors, tu commences à voir à quel point nous sommes tous connectés ».

Il relate l’histoire de son arrière-grand-mère. Sur son lit de mort, elle a demandé à écrire une petite biographie, qui fait 36 pages. Elle a passé cinq pages sur la fois où elle a fabriqué des costumes pour une pièce. Son premier mari n’a eu qu’un paragraphe. La production de coton, pour laquelle elle a travaillé 50 années, a obtenu une simple mention. Pour lui, elle s’exprimait à travers ses costumes, et c’est un pouvoir, un vrai pouvoir.

Nous le savons tous. Le temps d’une vie est court. Comment le dépensons-nous? Est-ce que nous passons ce temps à faire ce qui est vraiment important pour nous? La majorité répondra que non. En réalité, c’est difficile. Notre attrait aux habitudes a son importance. C’est ce qui rend les enfants tellement beaux créativement parlant. Ils n’ont aucune habitude, et ils ne prêtent pas attention à savoir s’ils sont bons ou non. Ils ne construisent pas un château de sable en se disant:

« Je pense que je vais devenir un très bon bâtisseur de château de sable ». Ils ne font que se jeter dans le projet face à eux – danser, peindre, construire: peu importe l’opportunité qu’ils ont, ils l’utilisent pour exprimer à travers elle, toute leur individualité. C’est tellement beau… »

Pour t’exprimer, tu dois te connaitre.

Il termine en parlant de ses inquiétudes au sujet de la créativité aujourd’hui. Ce qu’on raconte d’elle, comme quelque chose d’annexe, d’abstrait ou un luxe.

Quelque chose m’inquiète de temps à autre lorsque l’on parle de créativité, on a l’impression que c’est juste sympathique (nice), que c’est chaleureux, ou que c’est plaisant. Ça ne l’est pas. C’est vital. C’est de cette façon que nous nous guérissons les uns, les autres. En chantant nos musiques, en racontant nos histoires, en vous invitant à dire « Hey écoute moi, et je t’écouterai ». Nous entamons un dialogue. Lorsque tu fais ça, la guérison a lieu, on sort de notre coin et on commence à remarquer, être témoin, témoigner de notre humanité commune. On commence à l’affirmer. Et lorsqu’on le fait, de bonnes choses prennent place.

Donc si tu veux aider ta communauté, ta famille, tes amis, il te faut t’exprimer. Pour t’exprimer, tu dois te connaitre. C’est en vérité très facile. Tu dois juste suivre ce que tu aimes. Il n’y a pas de chemin. Il n’y a pas de chemin tant que tu ne l’as pas arpenté. Et tu dois être prêt à faire le fou. Ne lis pas les livres que tu devrais lire, lis les livres que tu veux lire. N’écoute pas la musique que tu as pour habitude d’aimer ou d’écouverte. Prend du temps pour écouter de la nouvelle musique. Prends du temps pour parler à quelqu’un à qui tu ne parles pas normalement. Je te garantis, si tu fais ça, tu vas te sentir ridicule. C’est le but. Fais l’idiot.

Source: a TED Talk by Ethan Hawke

L’Art de Demander (Amanda Palmer)

L’Art de Demander (Amanda Palmer)

Amanda Palmer, artiste indépendante, statut vivante (The Eight Foot Bride), compositrice et interprète américaine. On a juste envie de l’appeler « l’artiste du peuple ». À l’occasion de son concert au Bataclan, samedi 29 septembre dernier, j’ai eu envie de partager ici quelques leçons de sagesse…

Amanda Palmer, au Bataclan, le 29 septembre 2019

Laisse-toi tomber et fais confiance

Amanda Palmer

Le pouvoir de la vulnérabilité

Grande pratiquante du Crowdfunding et du CouchSurfing. Palmer a toujours privilégié sa relation avec son audience. Le jour où son label lui demande de changer d’approche et de communication avec ses fans, elle a préfère le quitter pour rester fidèle à ce qu’elle a toujours fait. Patreon est l’outil parfait pour cela: vous soutenez directement les créateurs de votre coeur. Il n’y a plus d’intermédiaire entre l’audience et l’artiste.

Si je pouvais nommer sa principale force c’est sa vulnérabilité ultra puissante. Ce n’est pas tout le monde qui apprécie l’artiste et ses idées. Elle est peut être très provocatrice mais elle a le mérite de dire et de faire ce qu’elle pense. Au risque de vous faire passer des rires aux larmes. Elle s’est toujours mise dans des situations complexes, plus particulièrement face à ceux qui n’approuvaient pas ses propos (au point de recevoir des menaces de mort). Elle parle de ces choses qu’on pense tout bas et qu’on n’ose pas dire. Elle nous fait sentir moins coupable et nous rappelle la part imparfaite de notre être. En d’autres termes, c’est une artiste qui fait du bien de par ses musiques et de ces quelles transpirent: l’authenticité.

Voici une citation phare de son livre:

« Lorsque vous acceptez l’aide de quelqu’un, que ce soit sous forme de nourriture, de logement, d’argent ou d’amour, vous vous devez d’avoir confiance en l’aide apportée. Vous ne pouvez pas accepter à moitié et passer la porte sur vos gardes. Lorsque vous faites radicalement et ouvertement confiance en quelqu’un, non seulement ils prennent soin de vous, mais ils deviennent aussi vos alliés et votre famille. Parfois, des gens se montrent indignes de notre confiance. Lorsque cela arrive, la bonne réponse n’est pas: « M****, je savais que je ne pouvais faire confiance en personne! », la bonne réponse est: « Certaines personnes sont juste nulles… ». Puis on continue à avancer.

Amanda Palmer

Le message qui a clôturé le concert peut se résumer ainsi: le rôle de l’artiste n’est pas de vous rendre « confortable » mais tout le contraire, alors…

« Go into the dark and make light 💡 »

Allez dans la pénombre et faites de la lumière !

Son livre, The Art of Asking :

Son Ted Talk, du même titre :

Playlist découverte, Amanda Palmer on Solybox.me

Day Three: créer avant de consommer

Day Three: créer avant de consommer

One Page a Day

Day Three

Créer avant de Consommer

Une règle d’or, que je tente d’appliquer dans mon quotidien. D’abord pour plus de productivité mais aussi et surtout pour plus d’épanouissement personnel. Consommer ici ne veut pas dire « acheter”. Lorsque j’évoque ce mot, je fais allusion à notre utilisation des écrans, des applications aux réseaux sociaux. On peut parler d’Internet en général. Ce n’est pas après une heure passée sur facebook, que je me sens plus productive. Je considère (aujourd’hui), la consommation d’Internet comme une carotte. Afin de minimiser son impact sur votre mood et productivité quotidienne, consommez-les avec modération. Pas en premier, dès le réveil. Surtout, en fin de journée, après avoir fait ou produit l’essentiel: la tâche la plus importante, celle qui vous rapproche le plus de votre objectif. Référence au livre The One Thing, que je recommande vivement. Ainsi, si vous ne débutez pas votre journée avec la carotte (appelée aussi récompense), vous serez plus à même de créer. Il est important de rappeler le rôle de l’ennui dans notre quotidien. La journaliste du Podcast Note to Self, l’a très bien décrit dans son livre: les instants d’ennuis sont propices à la créativité. De nos jours, ces moments sont remplacés par un check up de nos téléphones et notifications.

One Page a Day: Day three

Comment vivre une bonne vie selon David Foster Wallace

Comment vivre une bonne vie selon David Foster Wallace

David Foster Wallace prononce ce discours à Kenyon College, en 2005, soit trois ans avant sa mort. En voici quelques extraits. À travers deux histoires dont celle de deux jeunes poissons, il note l’importance de notre rapport à « la réalité ». Il nous rappelle aussi que le travail est l’éducation de toute une vie, qui ne s’arrête pas à la fin des études. Une bonne dose de sagesse pour préparer cette rentrée septembre 2019

C’est l’histoire de deux jeunes poissons qui nagent et croisent le chemin d’un poisson plus âgé qui leur fait signe de la tête et leur dit « Salut, les garçons. L’eau est bonne? » Les deux jeunes poissons nagent encore un moment, puis l’un regarde l’autre et fait, « Tu sais ce que c’est, toi, l’eau? »

La morale de cette histoire est tout simplement que les réalités les plus évidentes, les plus omniprésentes et les plus importantes, sont souvent les plus difficiles à voir et à exprimer. Dit comme ça, ce n’est qu’une banale platitude – mais il n’empêche que, dans les tranchées d’une vie d’adulte, les banales platitudes peuvent revêtir des enjeux de vie ou de mort.

Voici une nouvelle petite histoire didactique. C’est l’histoire de deux types assis dans un bar en plein milieu des étendues sauvages d’Alaska. L’un est croyant, l’autre est athée, et ils débattent de l’existence de Dieu avec cette intensité particulière qui s’installe aux environs de la quatrième bière. Et l’athée dit, « Écoute, c’est pas comme si j’avais aucune raison fondée de ne pas croire en Dieu. C’est pas comme si j’avais jamais essayé tous ces trucs de prière et de Dieu. Tiens, le mois dernier, un blizzard atroce m’a éloigné du camp, je voyais rien, j’étais paumé, il faisait moins cinquante, et alors je l’ai fait, j’ai essayé : je me suis mis à genoux dans la neige et j’ai crié, Mon Dieu, s’il y a un Dieu, je suis perdu dans le blizzard, je vais mourir si vous ne m’aidez pas! ». Et là, dans la bar, le croyant regarde l’athée, perplexe : « Alors tu dois y croie, maintenant, il dit. Après tout t’es là, bien vivant. » L’athée lève les yeux au ciel comme si le croyant était un crétin : « Non mon pote, tout ce qui est passé, c’est que deux Eskimos sont passés par là et m’ont indiqué la direction du camp. »

Bien sûr, ce type de discours exige de moi que je vous parle de la signification de votre enseignement universitaire pour tenter de vous expliquer en quoi la véritable valeur du diplôme que vous vous apprêtez à recevoir est humaine et pas seulement matérielle. Parlons donc du cliché le plus répandu dans le genre du discours de remise de diplômes, à savoir qu’un enseignement ne consiste pas à vous gaver de connaissances mais plutôt à, je cite, « vous apprendre à penser ». Si vous êtes comme moi quand j’étais étudiant, vous n’aimez pas entendre ça et vous vous sentez presque insultés par l’assertion d’après laquelle vous avez besoin qu’on vous apprenne à penser, dans la mesure où votre admission dans un établissement de cette qualité semble prouver que vous savez déjà penser. Mais je vais postuler que le cliché de l’enseignement universitaire n’est, au fond, pas du tout insultant car, dans un lieu comme celui-ci, nous sommes censés recevoir une éducation à la pensée qui ne s’adresse pas avant tout à la capacité de penser, mais au choix de ce à quoi penser.

Voilà la valeur d’un véritable enseignement, qui n’a rien à voir avec les notes ou les diplômes et tout à voir avec la simple ouverture – l’ouverture à ce qui est réel et essentiel, si bien caché sous nos yeux, tout autour de nous, que nous devons nous répéter tout le temps : « C’est de l’eau. » « C’est de l’eau. » « Ces eskimos pourraient être bien plus que ce qu’ils semblent être. » C’est incroyablement difficile de faire ça – de vivre conscients, en adultes, jour après jour après jour. Ce qui signifie qu’un autre grand cliché est vrai : votre éducation est le travail d’une vie, et elle commence – maintenant. Je vous souhaite bien plus que de la chance.

Pour écouter David Foster Wallace de vive voix, voici l’enregistrement audio de ce discours (en version complète) :

Publication du livre « This is Water » :

Sagesse et Lecture

Sagesse et Lecture

Voici quatre leçons de vie tirées de mes lectures de vacances 🌈 :

Une femme regarde les hommes regarder les femmes, de Siri Hustvedt

# Lire, pas seulement pour ressentir des émotions mais pour se retrouver transformé.

« Je partage le propos de Sontag quand elle dit que toute grande oeuvre littéraire comporte quelque chose de saisissant, sinon de choquant, une forme de reconnaissance qui n’aurait jamais eu lieu sans sa lecture. C’est une oeuvre qui vous transforme. Qui vous arrache à votre propre horizon d’attentes, celui qui oriente votre perception des choses. Qui vous laisse une marque, parfois une blessure qui ne vous quitte plus. Les clichés sont incapables de laisser de telles marques. À quoi sert la fiction? Dans le meilleur des cas, elle nous offre une occasion de quitter notre moi et de goûter à une ráliser autre, une forme de voyage qui est aussi « réelle » et potentiellement révolutionnaire que n’importe quelle autre. »

Un groupement d’essais évoquant genres (masculin et féminin), art contemporain et littérature. « Chaque livre qui me change devient moi. Sa musique, ses rythmes, ses pensées et son histoire, au départ étrangers à ma personne, se sédimentent dans mon corps et peuvent ressurgir dans ma propre écriture – mais dès lors, je ne sais déjà plus qu’ils sont là. »

Vers la beauté, de David Foenkinos

# La beauté peut être source de guérison.

« Peut-on se soigner en se confiant à un tableau ? On parle bien d’art-thérapie, de créer pour exprimer son malaise, pour se comprendre à travers les intuitions de l’inspiration. Mais c’était différent. Pour Antoine, la contemplation de la beauté était un pansement sur la laideur. Il en avait toujours été ainsi. Quand il se sentait mal, il allait se promener dans un musée. Le merveilleux demeurait la meilleure arme contre la fragilité. »

À la croisée des chemins entre plusieurs vies et histoires. On (re)découvre l’effet appaisant et ressourçant que l’art peut procurer.

Sur la route de Madison, de Robert James Waller

# Le meilleur remède au temps: lire et écrire.

« J’ai écrit ce morceau — ça m’a pris trois mois. Je voulais un truc simple, élégant. C’est facile de faire des choses compliquées. Ce qui est vraiment dur c’est la simplicité. J’ai travaillé tous les jours jusqu’à ce que ça marche bien. Puis j’ai travaillé encore. »

Au fond, il n’y a que la répétition qui compte. Peu importe sa complicité.

Le retour du Jeune Prince, par A.G. Roemmers

# Peu importe vos connaissances, ce sont vos actions et vos expériences qui détermineront qui vous êtes vraiment.

« Ce que je possédais d’expérience, je le lui avais transmis sous forme de discours, mais lui, en véritable maître, m’enseignait la sagesse sans avoir à prononcer un mot. C est alors que je pris conscience que mille livres sur l’art d’aimer ne pourrait jamais remplacer un simple baiser ou un geste affectueux. »

Les livres (notamment dans le développement personnel), représentent une véritable source d’informations. Encore faudrait-il savoir les vivre et les appliquer? C’est bien là le défaut de certains: ils ont bien lu l’information mais l’expérience de vie ne s’en fait pas ressentir…

De la Sagesse à “La Casa De Papel”

De la Sagesse à “La Casa De Papel”

Attention Spoiler: si vous n’avez pas regardé la dernière saison de Casa De Papel, cet épisode contient du spoiler. Vous aurez été prévenu…

Extrait de la Saison 3, Épisode 8: “La dérive”.

Berlín est un personnage déstabilisant, qu’on pourrait caractériser de pervers, voir narcissique. Il reste tout de même attaché à des valeurs “honorables”. On a du mal à le discerner, de par sa personnalité complexe. Malgré sa folie, il apporte un point, ici, essentiel: l’importance du “lâcher prise”.

Le professeur, grand joueur d’échecs croît pouvoir tout contrôler de la vie. Il pense à chaque partie du plan, et à chaque possibilité sans laisser de marge à l’imprévu et l’incontrôlable. Berlín lui, rappelle le “chaos”. Ce sur quoi nous n’avons aucun contrôle, ni pouvoir. Lorsque “la vie” a une idée derrière la tête, ça se passera, qu’on le veuille ou non.

Une dualité entre le chaos, l’amour et l’imprévisibilité de ces derniers. L’importance de rester “dans le contrôle” en évitant tout risque supplémentaire, comme celui des émotions qui pourraient amener l’échec d’un plan…

Berlín: Ils ne se doutent de rien. Tu es si pessimiste.

El Profesor: Tu la connais depuis quand ? Tatiana.

Berlín: L’amour ne se mesure pas. L’amour se vit.

El Profesor: Ne risque pas tout pour une femme. C’est la première règle. Aucune relation ne doit compromettre la mission. Jamais. Ce n’est pas dur à comprendre.

Berlín: Tu es mignon.

El Profesor: Le moindre détail nous coûtera la vie.

Berlín: Là-bas, nos vies sont en jeu. Comprends bien ça. Mourir est une possibilité.

El Profesor: Seulement si tu fais des erreurs.

Berlín: Non. C’est ça, le plus drôle. Tu fonces droit vers le chaos absolu et tu veux avoir le contrôle.

El Profesor: Le chaos n’existe pas si le plan est parfait.

Berlín: Nom de Dieu, bien sûr que le chaos existe. Le chaos s’immisce toujours. On peut toujours se faire tuer. Il me reste combien? Trois ans. J’ai commis quelle erreur?

Berlín: Quelle erreur? Aucune. Ça arrive. Tu n’y peux rien. Quelle erreur a commis papa?

El Profesor: Il a dû en commettre.

Berlín: C’est plus simple que ça. Une patrouille qui était trop près. Ou on l’a vu entrer ou son arme s’est enrayée. Mon frère, tu es intelligent. Un accident. Le mystère de la vie. C’est insensé de vivre comme toi.

El Profesor: C’est-à-dire?

Berlín: Sans Tatiana. Je veux dire… Sans plaisir. Au final, c’est tout ce qui compte. On est là. À chaque étape. Parce qu’un jour, il se passera un truc. Tu pourrais mourir ou bien pire. Ce jour-là, tu ne pourras pas penser que tu es coupable d’une chose qu’on ne contrôle pas. Tu comprends? C’est la vie. Profites-en… jusqu’à la fin de la fête.

La Sagesse de Claude Monet

La Sagesse de Claude Monet

Peintre de renommé à travers le monde. Qui ne connaît pas Monet ou l’une de ses oeuvres ? Des Nymphéas, de l’Orangerie, où l’on pourrait passer une après-midi entière, à son monde d’Impressionnisme en plein coeur de Giverny.

Claude Monet, Les Nymphéas : Les Nuages, Vers 1915-1926

Pour une petite visite virtuelle des oeuvres, rendez-vous [ici].

Un homme de la nature

Enfance de jeune vagabond. Indiscipliné de naissance. Il n’aimait pas les règles, encore moins y obéir. Il comparait l’école à une prison. Le seul endroit qui l’inspirait, c’était la nature. Il le confirmera, avec le temps.

“Ce que je deviens, vous le devinez bien : je travaille et non sans difficulté, car ma vue s’en va chaque jour, et puis je m’occupe énormément de mon jardin : cela m’est une joie, et, par les beaux jours que nous avons eu, je jubile et admire la nature : avec cela, on n’a pas le temps de s’ennuyer. »

– Claude Monet

Enfant, son seul et unique désir, c’était de profiter du soleil, de la mer, de “courir sur les falaises, au grand air, ou barboter dans l’eau”. À l’école, il remplissait son temps de “distractions”. Il “enguirlandais” les marges et ses livres, jusqu’à reproduire le portrait et profil de ses maîtres d’école. Ce qui lui valu, à l’âge de 15 ans, une réputation de caricaturiste du Havres. La clientèle venait à lui naturellement. Il n’hésita pas à, selon l’apparence de ses clients, charger dix à vingt francs le portrait (entre 32 à 64 euros).

Claude Monet, Auguste Vacquerie (v. 1859), Crayon sur papier, 28,3 × 17,5 cm, Art Institute of Chicago. Auguste Vacquerie (1819-1895) est un poète et dramaturge dont le père est armateur au Havre.

Voyager

Il eut plusieurs périodes de voyage (Norvège, Hollande, Venise, Londres…) où il quittait Giverny, pour aller travailler ailleurs. Le plus marquant fut l’un des premiers: l’Algérie. Deux années, qui ont véritablement jouées sur sa perception. Un éveil d’esprit et de curiosité

“Vous n’imaginez pas à quel point j’y appris et combien ma vision y gagna. Je ne m’en rendis pas compte tout d’abord. Les impressions de lumière et de couleur que je reçus là-bas ne devaient que plus tard se classer : mais le germe de mes recherches futures y était”.

– Claude Monet

Apprendre auprès d’un maître

À son retour en France, il se rendit chez de nombreux “maîtres” pour parfaire sa pratique. Comme à l’école, il ne supportait cela.

”Ni les uns ni les autres ne manifestaient plus que moi d’enthousiasme pour un enseignement qui contrariait à la fois leur logique et leur tempérament. Je leur prêchai immédiatement la révolte. L’exode résolu, on partit, et nous prîmes un atelier en commun, Bazille et moi”.

– Claude Monet
Etienne Carjat. Portrait de Frédéric Bazille (1865), Photographie

Frédéric Bazille fut le plus proche ami qu’il ai eut. Mort trop tôt, aux yeux de Monet, il s’était engagé dans le régiment de zouaves. La veille de sa mort, il disait à son capitaine:

« Pour moi, je suis bien sûr de ne pas être tué : j’ai trop de choses à faire dans la vie ».

– Frédéric Bazille

Ce n’est que plus tard, par hasard, en plein milieu de la campagne normande, que Monet eut l’opportunité de rencontrer celui qu’il appellera son “vrai maître”: Jongkind.

C’est alors qu’il se sentait progresser et évoluer en la matière. Il allait au delà des classiques. Il innovait. Il prenait des risques.

“C’était en 1867 : ma manière s’était accusée, mais elle n’avait rien de révolutionnaire, à tout prendre,. J’étais loin d’avoir encore adopté le principe de la division des couleurs qui ameuta contre moi tant de gens, mais je commençais à m’y essayer partiellement et je m’exerçais à des effets de lumière et de couleur qui heurtaient les habitudes reçues. Le jury, qui m’avait si bien accueilli tout d’abord, se retourna contre moi, et je fus ignominieusement blackboulé quand je présentai cette peinture nouvelle au Salon”.

– Claude Monet
Autoportrait coiffé d’un beret, 1886

Les critiques: ses créations ont difficilement été acceptées par le milieu de l’époque. “Le déjeuner sur l’herbe” a fait grand scandale ! Tout au long de son histoire, il s’est cherché. Autodidacte, pour lui la bonne façon de comprendre c’est de refaire. Il a su faire le tri entre ce qui l’inspirait et ce qui lui donnait dégout.

“Le groupe s’arrête, regarde, et Manet, haussant les épaules, s’écrie dédaigneusement : « Voyez-vous ce jeune homme qui veut faire du plein air ? Comme si les anciens y avaient jamais songé ! »

Toile à scandale !

Claude Monet (1840-1926), Lunch on the Grass, 1865-1866, Oil on Canvas, Musée d’Orsay

Voici l’un des rares fragments, vestige du “Déjeuner sur l’herbe”. Débuté (1865) et réalisé en hommage et défi à l’égard de Manet dont le tableau du même titre avait fait l’objet de vives critiques lors de son exhibition au Salon des Refusés. Projet abandonné (1866). En 1920, Le peintre raconte:

“Je devais payer mon loyer, je l’ai donné en gage au propriétaire qui l’a roulé dans sa cave, et quand, enfin, j’ai eu de quoi le retirer, vous voyez si il avait eu le temps de moisir ».

Endommagée par l’humidité, il récupère la toile en 1884, la découpe, et n’en conserve que trois fragments. Le troisième a aujourd’hui disparu. Les deux autres sont exposés au Musée d’Orsay.

Homme de la campagne et non de la ville. Dès le début, son attachement à la nature est une évidence. On le retrouvera naturellement au fil des années dans ses oeuvres. Il a débuté en « portrait » pour terminer sa carrière en « paysage ». Ses expériences de vie, furent nombreuses. Devenu veuf après la mort de sa première femme, Camille. Il exprimait artistiquement ses ressentis et l’aspect subtil et invisible de son environnement qui l’entourait.

“Je veux peindre l’air dans lequel se trouve le pont, la maison, le bateau. La beauté de l’air où ils sont, et ce n’est rien d’autre que l’impossible. »

– Claude Monet

Ainsi il a créé avec son ressenti. Comme nombreux artistes parlaient de la “main invisible”. Ce qui rendait ses oeuvres authentiques et uniques.

“Ce que je ferai ici aura au moins le mérite de ne ressembler à personne, parce que ce sera l’impression de ce que j’aurai ressenti, moi tout seul. »

Plus d’expériences sensorielles, plus de Monet? Je partage ici des photos et une vidéo de l’exposition (septembre 2018), au Petit Palais, sur les Impressionnistes exilés à Londres.

Traversez la manche avec Claude Monet, une animation d’après Marine, effet de nuit, 1866. National Galleries of Scotland, Édimbourg, Grande-Bretagne

Sources: propos recueillis par Thiébault-Sisson, publié le 26 novembre 1900 dans le journal « Le Temps”, (archives INA)

La Sagesse de Stranger Things

La Sagesse de Stranger Things

Beware Beware (Note d’Attention): Dans cet article, j’évoque la fin de la récente saison (numéro 3) de Stranger Things (disponible sur Netflix). Si vous ne l’avez pas (encore) vu, attention au spoiler (vous êtes prévenus) !

Pour une expérience sonore: mettez vos écouteurs

Depuis le début de sa diffusion (2016), j’ai une affection particulière pour la série Stranger Things. Une grande surprise, moi qui n’aime pas les films d’horreur. Je ne suis pas une grande fan des frissons et de l’adrénaline procurée par la peur. Pourtant, cette série m’a envouté. Je ne la trouve pas particulièrement effrayante. J’aime son côté nostalgique et le nombre infini de références cinématographiques, de “Retour Vers Le Futur” à “E.T.”.

J’ai trouvé le monologue de fin émouvant et original. Je ne me souviens pas d’une fin pareille dans les deux précédentes saisons. Chaque personnage a évolué, laissant place à une certaine forme de sagesse. La dernière personne que vous auriez cru capable d’une telle évolution: c’est Hopper. Un homme colérique, alcoolique, qui a bien du mal à gérer ses émotions… Son écrit et discours évoqué en fin est extra. Il parle des sentiments, de la peur du changement, mais aussi de l’importance de “rentrer” dans l’arène. Pour citer une référence de Théodore Roosevelt, reprise récemment par Brené Brown :

“Ce n’est pas celui qui critique qui est important, ni celui qui montre du doigt comment l’homme fort trébuche ou comment l’homme d’action aurait pu faire mieux. L’hommage revient à celui ou à celle qui se bat dans l’arène, dont le visage est couvert de poussière et de sueur, qui va de l’avant vaillamment, qui commet des erreurs et commettra encore, car il n’y a pas d’efforts humains sans erreurs et imperfections. C’est à lui ou à elle que revient l’hommage, à celui ou à celle dont l’enthousiasme et la dévotion sont grands à celui ou à celle qui se consume pour une cause importante, à celui ou à celle qui, au mieux, connaîtra le triomphe du succès, et au pire, s’il échoue , saura qu’il a échoué en agissant courageusement”.

Voici l’Extrait Coup de Coeur de Stranger Things

Nos sentiments. Bon Dieu. La vérité, c’est que j’avais oublié ce que c’était, les sentiments. J’étais coincé, comme dans une grotte. Une grotte sombre et très profonde. Et un jour, j’ai laissé des gaufres dans les bois, tu es entrée dans ma vie, et pour la première fois depuis longtemps, j’ai redécouvert les sentiments. J’ai ressenti du bonheur. Mais depuis quelque temps, j’ai l’impression qu’un fossé s’est creusé. Comme si tu t’éloignais de moi. Nos soirées jeux de société me manquent, nos montagnes de gaufres au petit matin, regarder des westerns ensemble avant de s’assoupir. Mais je sais que tu vieillis. Que tu grandis. Que tu changes. Et je pense pour être tout à fait honnête, que ca me fait peur. Je ne veux pas que ça change. C’est pour ça que je suis venu te parler, pour essayer… d’arrêter ce changement. Pour remonter le temps. Pour que les choses redeviennent comme avant. Mais je sais que c’est naïf. La vie ne fonctionne pas comme ça. La vie avance. Elle avance toujours, que ça nous plaise ou non. Parfois, c’est douloureux. Parfois, c’est triste. Et parfois, c’est surprenant. Joyeux. Alors tu sais quoi? Continue à grandir. Ne me laisse pas t’en empêcher. Fais des erreurs, apprends de ces erreurs, et quand la vie te fera souffrir, car ça arrivera, souviens-toi de la douleur. La douleur est positive. Elle signifie que tu es sortie de la grotte. Mais je t’en prie, si tu le veux bien, pour le bien de ton pauvre papa, laisse la porte entrouverte”.

À tous les Créateurs et Entrepreneurs: ce qu’il faut retenir ici c’est l’importance de ressentir et reconnaitre ses émotions (les laisser passer – elles ne sont que temporaires et repartent aussi vites qu’elles ne sont arrivées). Vivre en expérimentant et non pas en imaginant les scénarios dans sa tête. Être dans l’arène signifie: se mettre dans une situation inconfortable, devenir vulnérable. Pour preuve, on ne peut expérimenter l’amour sans être vulnérable et à coeur ouvert…

La saison se termine avec une musique légendaire. Je vous invite à l’écouter en lisant ce passage, ce pourrait devenir une source d’inspiration 🙂

Titre: Heroes, morceau de Bowie interprété par Peter Gabriel (une chouette version).


Sagesse de film: Life Itself

Sagesse de film: Life Itself

Je souhaite partager la découverte d’un film dont deux répliques qui m’ont tout particulièrement marqué. Une certaine forme de sagesse à travers une histoire qui traverse âges et générations. Life Itself, est un film qui fait à la fois pleurer et sourire. Il est vraisemblablement surprenant. À travers les minutes on traverse plusieurs chapitres, différents personnages dont l’histoire est liée d’une façon ou d’une autre. À la toute fin, la boucle est bouclée.

Le premier extrait fait référence à une prise de conscience qui sera le sujet de thèse d’un des principaux personnages. L’idée est la suivante: toute histoire connait un narrateur non fiable. Cela de par sa perception, qui n’est pas 100% identique à celle du personnage principal. Même si l’histoire est racontée à la première personne, il y aura toujours une question de perception et de temps (l’histoire est racontée après l’évènement relaté et non pas à l’instant même). Ce qui rend l’histoire différente selon le sujet et les yeux de la personne visualisant et vivant l’expérience.

La conclusion est la suivante: La Vie serait le seul narrateur fiable parce que la vie sait ce qu’il adviendra du personnage. Mais elle reste peu fiable étant donné qu’il est impossible de prévoir la suite qu’elle nous réserve. Il y aura toujours des surprises et du suspens qu’on le veuille ou non. Il y a toujours une part de hasard, une part non contrôlée. Ce qui nous ramène à l’idée même de vie comme illusion, depuis la perception qui nous est propre, celle de l’ego (référence à Eckhart Tolle).

Le narrateur non fiable (réplique #1)

“ Il s’agit d’un article littéraire. Il est peu commenté, parce que c’est un expédient, un truc. Sauf les Contes de Canterbury du fait de sa valeur. Mais typiquement, c’est du polar, du thriller à pop-corn. Agatha Christie, Usual Suspects, etc. Je postulerai que tout narrateur, par définition, est non fiable. Car raconter une histoire implique un décalage entre l’histoire et le fait de la relater. Par conséquent, toute histoire jamais racontée comporte un narrateur non fiable. Le seul qui serait fiable raconterait une histoire qui se déroule en direct: impossible. Alors, conclusion ? Seule la vie est un narrateur fiable. Mais la vie, n’est, par ailleurs, pas du tout fiable. Parce qu’elle nous balade, nous embarque dans un voyage dont il est impossible de prévoir la prochaine étape! La vie, comme comble du narrateur non fiable !

Le deuxième extrait : voici les derniers mots, les dernières paroles d’une mère mourante, à son fils. Je trouve que ces phrases sont justes, touchantes mais aussi rassurantes. Vraisemblablement, mon passage préféré du film.

Basta. Ça suffit. (réplique #2)

“ Écoute-moi. Tu as connu des hauts et des bas. Trop. Il y en aura d’autres. C’est la vie. La vie fait ça. La vie peut te mettre à genoux, plus bas que tu n’aurais cru possible, mais si tu te relèves, et tu avances, sit u vas un peu plus loin, tu trouveras toujours l’amour. J’ai trouvé l’amour, en toi. Et ma vie, mon histoire continueront après mon départ parce que tu es mon histoire. Tu es celle de ton père. De ton oncle. Rigo, mon corps m’abandonne mais tu es moi. Alors pars maintenant. Donne-moi une vie merveilleuse. La plus belle de toutes. Et si la vie nous met à genoux, relèves-nous. Relève-toi. Et avance plus loin et trouve-nous l’amour. Tu feras ça ?

Life Itself, version française “Seule La Vie”, réalisé par Dan Fogelman, avec Antonio Banderas, Olivia Wilde, Oscar Isaac et Annette Bening…