Début difficile, dans le brouillard

Début difficile, dans le brouillard

Tags: #PodcastSolybox#Épisode#2#faceB

Titre: Deuxième partie de l’Épisode #2 du Podcast

Invité: avec Valentin Fluteau, fondateur de MakeULearn (création en juillet 2014)

C: As-tu rencontré des challenges? Qu’est-ce qu’ils t’ont apporté?

V: Des débuts difficiles, car j’ai eu du mal à trouver mon positionnement. Il me fallait aligner ce que j’avais envie de faire avec les envies du marché.

« La difficulté c’est ou de présenter trop ce qu’on a envie de faire, auquel cas on ne rencontre les envies de personne… ou d’essayer de se décentrer et d’aller artificiellement vers les envies du marché, ce qui ne marche pas non plus ! »

Parce qu’on est dans le dit et c’est pour cette raison que ça ne fonctionne pasC’est vraiment du fine-tuning (réglage minutieux) à faire. C’est pour le coup, beaucoup d’erreurs et de prospection pour voir ce qui marche et ce qui ne marche pas. Voir ce qui fonctionne et rencontrer des gens qui vont nous aider dans ce processus. Exemple: un premier deal (affaire) chez Michelin, grâce à un ancien professeur, consultant chez eux.

Ça fait rencontrer une autre réalité. C’est en cela que j’ai vu que les MOOC étaient une niche. Il a fallut trouver autre chose. J’ai su avancer au fur et à mesure. Donc les six premiers mois concrètement c’est très dur.

C: C’est le brouillard… ?

V: Je sortais d’école et au début tous tes potes sont chômeurs puis ils trouvent tous un boulot plutôt bien payé. Toi, tu as emprunté de l’argent pour vivre, tu factures des missions payées à peine, ce n’est pas simple. On se pose beaucoup de questions. Alors oui, c’est un peu le brouillard puis il faut garder la niaque pour avoir envie de se lever le matin. D’autant plus que je n’avais pas d’associé donc c’était compliqué de se reposer ou d’échanger avec quelqu’un pour partager sur le même projet. Ça c’était une première difficulté.

Deuxième difficulté avec un collègue: le recrutement. Avec la monté en pression, nos relations de travail ne fonctionnaient plus. Après plusieurs “clashs”, il a fallu prendre une décision, celle de séparer nos routes provisoirement. C’était quelqu’un avec qui je travaillais régulièrement et avec qui je travaille moins aujourd’hui. Depuis qu’on a pris la décision de moins travailler ensemble, ça a été très bien vécu.

C: Tu vois ça comme un échec?

V: Un échec non car c’est une relation qui m’a permis de progresser et puis de faire ce que je fais aujourd’hui. Mais par contre, c’est une difficulté à traverser et c’est beaucoup moins simple à traverser qu’un trou de trésorerie par exemple! Un trou de trésorerie ne m’empêche pas de dormir, parce que ça se gère. Un problème humain par contre, ça m’empêche de dormir.

C: Qu’est-ce qui t’a permis de persévérer et de continuer durant cette période difficile?

V: Les petits deals que j’obtenais auprès d’un réseaux de proches (Edhec et boîtes crées par des gens que je connaissais)… Les retours après mon travail avec eux étaient positifs, donc je me disais qu’il y avait quand même une voie à travailler… Puis sur le plan familial et personnel. Depuis le début de mes études, j’ai la même conjointe, qui a toujours cru en moi et toujours cru et entendu que je monterai ma boîte. Donc elle m’a soutenu et accepté avec une oreille bienveillante. Mes parents et mon frère aussi. Ce sont des choses sur lesquelles on peut se reposer.

C: Ça t’a pris combien de temps jusqu’à ce que tout se mette bien en place ?

V: La sortie du brouillard c’était 6 mois après. Et la montée en charge progressive qui m’a permis de me dégager un salaire ça a pris un an… Le fait de trouver un positionnement ça a été long, ça a pris 2 ans et demi. Ça fait un an que j’ai vraiment le même positionnement.

C: Dès ta rentrée en école de commerce, tu savais que tu voulais fonder ta propre boîte?

V: Mon ambition c’était de faire de l’audiovisuel et de monter ma boîte de télévision. Effectivement j’avais toujours cette idée de faire de la télé. J’ai toujours eu l’idée de créer une structure, c’est quelque chose qui me plaisait. Même dans les boîtes dans lesquelles j’ai pu travailler, j’ai toujours eu un comportement un peu “francs-tireurs”.

J’ai été formé à ça, mon père étant entrepreneur (dans le paramédical). C’est vrai qu’il y a un état d’esprit que j’ai eu assez jeune. J’ai eu envie d’en faire quelque chose.

C’est probablement ce qui, dans le fond, m’ait toujours apparu comme une évidence…

C: Quelle est ta définition et ton approche du succès?

V: Une approche qui n’a pas changé: Liberté, Autonomie et Cohérence. Effectivement on est contraint par plein de choses mais dans le fond on est libre. Aujourd’hui, je ne vendrai ma place pour rien au monde. L’autonomie c’est important. Puis il y a un côté financier évident, je n’ai envie de dépendre de personne. Et puis le troisième point c’est la cohérence, avec l’envie d’être moi même et de faire des choses qui me plaisent et qui permettent de m’accomplir. Pour moi le succès c’est l’accomplissement!

C: Est-ce que tu avais des doutes?

V: Je me fais beaucoup plus confiance qu’avant. Avant, si j’avais un sentiment négatif, j’avais tendance à le relativiser, aujourd’hui je l’écoute. Par contre, mes doutes je les écoute mieux qu’avant. Quand je parle de confiance en moi, ce n’est pas une confiance d’aveugle. Loin de là. J’ai des proches qui m’alertent et que j’écoute avec une appréhension un peu masquée mais qui est là. Ce n’est pas des certitudes. Je n’ai pas plus de certitude qu’avant, par contre je suis beaucoup plus à l’écoute de moi même et je me fais beaucoup plus confiance.

Je fais encore moins confiance au modèle de développement qu’on nous présente. Aujourd’hui j’ai moins confiance en ces modèles et je les prends plus comme des informations. Une approche plutôt tech, plutôt start up. Quand je parle de “design thinking”, ce n’est pas une approche traditionnelle et modélisée. J’essaye de m’inspirer des deux et de trouver des choses avec lesquelles j’accroche.

J’ai pris conscience que je donnais un double discours à mes collaborateurs. J’essaye de me nourrir de plein de choses tout en restant fidèle à moi même. Le management, c’est la prise des enjeux courts termes, efficacité opérationnelle, de l’agité stratégique, prendre en compte les enjeux environnementaux, que la value perçue ne diminue pas et puis des enjeux long terme qui concernent le développement du capital humain. Il faut être assez logique pour développer ces trois enjeux.

Faire en sorte que les trois enjeux soient nourri. Ca peut passer par des formations, par une organisation de réunions de travail, d’un lieu de vie dans l’espace de travail… c’est ce genre de reflexion qui a lieu.

Il y a… Valentin Fluteau, chef d’entreprise, responsable du développement de l’entreprise qui est solide et qui essaye d’être le plus cohérent possible

Il y a aussi…Valentin, chef d’entreprise, à la tête d’un collectif humain, qui ne peut pas faire autre chose que de se remettre en question tout le temps parce que y a un moment c’est de l’Humain, et on est obligé de le prendre en compte.

Donc il y a cette double casquette qu’il faut avoir en permanence. Mes collaborateurs et clients ont besoin de voir quelqu’un qui évolue et qui n’est pas figé. Donc c’est ni l’un, ni l’autre et c’est les deux à la fois.

C: Une philosophie de vie à partager?

V: J’ai identifié des valeurs que je cite souvent: l’exigence, la curiosité et l’empathie. Puis, une quatrième importante c’est l’humilité. Elles définissent notre système managériale, approche et positionnement.

Ce sont des choses, pour le coup, que je transige peu. Il y a un moment où j’ai toujours eu du mal avec ce côté. C’est une vraie question. Je ne peux travailler qu’avec un certain nombre de personnes. Il y a des gens avec qui je ne peux pas travailler. Le système managériale de MakeULearn est certainement lié… Ça va dans les deux sens en fait.

C: Un modèle qui t’a inspiré depuis le début de ce rêve: devenir entrepreneur ?

V: Il y a des gens qui m’inspirent comme Steve Jobs. Une histoire incroyable qui est parti sur un besoin non nécessaire. Il a réussi à créer la boîte la plus chère de l’histoire du capitalisme. C’est fou au minimum interrogeant

Dans l’industrie de contenu, des gens m’impressionnent beaucoup. Je parlais tout à l’heure de André Rousselet, le fondateur de Canal Plus.

Il a créé Canal à 65 ans, une boîte importante, qui a fait confiance à plein de gens. Il a réussi à créer une image de marque, une relation avec ses clients, quelque chose d’incroyable, à la fois une liberté tout en donnant le cap, c’est un modèle de leader très puissant pour moi J’ai lu ses mémoires, ils sont incroyables.

C’est la synthèse parfaite d’un entrepreneur à la française: un type cultivé, intelligent et qui sait développer les choses à l’américaine, au sens où il est efficace, stratégique et aligné. Aligné entre sa stratégie, son action (management) et ses actions au quotidien. Cet entrepreneuriat à l’américaine est d’une efficacité redoutable !

C: Quel est le pire conseil que tu aie reçu ?

V: Associe toi à tout pris ! Si on a pas envie de s’associer, c’est qu’on est pas fait pour. Il n’y a pas à le chercher à tout pris. Il faut faire très attention à l’association. Il faut prévoir des closes de séparation dès le début si on monte sa boîte par association. On est deux être humains avec 200 millions de neurones dans chaque cerveau et on évolue pas de la même manière. Il paraît que c’est formidable quant ça fonctionne, par contre c’est pas du tout une obligation.

Retrouvez ou découvrez la première partie de cet épisode, ici.

Le monde du eLearning w/ Valentin Fluteau

Le monde du eLearning w/ Valentin Fluteau

Tags: #PodcastSolybox#Épisode#2#faceA

Titre: Première partie de l’Épisode #2 du Podcast

Invité: avec Valentin Fluteau, fondateur de MakeULearn (création en juillet 2014)

À l’occasion de mes études à l’Edhec (en MSc « Arts and NGO Management »), j’ai eu la chance de rencontrer des personnalités de différents horizons! Valentin en faisait partie. Il effectuait un Master en Entrepreneurship – à cette période de ma vie, je n’avais aucune idée de mon ambition pour l’entrepreneuriat. Nous partagions des points communs: une amie (sa petite amie) Ségolène – que je salue au passage :), ainsi qu’un intérêt pour l’audiovisuel et le e-learning! Des domaines qui me passionnent…

Dans cette interview, nous parlons de ses débuts (avec la création de sa start-up MakeULearn) ainsi que ses valeurs en tant que personne mais aussi en tant qu’entrepreneur.

V: Avant, j’étais étudiant à l’Edhec. J’ai terminé mes études en mai 2013, avec un parcours orienté vers l’audiovisuel. J’ai passé plusieurs expériences dans le monde de la télévision, jusqu’à me rendre compte que je devais m’en éloigner le plus vite possible si je tenais à ma santé mentale. C’est un milieu qui ne me correspondait pas du tout. Néanmoins, la production de contenu m’intéressait beaucoup. Je ne suis pas mauvais pour créer du contenu. Maintenant, il faut que je monte un business…

La question qu’il s’est posé: comment monter un business basé sur du contenu, qui soit intéressant pour mes clients?

À la fin de mes études, je me suis rendu à la Silicon Valley. C’était en plein dans la période des MOOC (programme e-learning en ligne). Comme quoi, ça fonctionne vraiment par vague! En rentrant en France, je me suis inscrit à deux MOOC et comme beaucoup de gens, je ne les ai pas terminé. Seulement deux à quinze pour cent des participants vont jusqu’au bout. Pour une raison simple, c’est que je m’ennuyais terriblement. Je me suis dit: “tiens, il y a un vrai truc à travailler. L’éducation en ligne, la révolution va passer par les MOOC”. On peut y mettre toutes les caractéristiques qu’on souhaite. Des possibilités infinies mais si le contenu n’est pas bon, ça ne sert à rien… Il faut être capable de scénariser un cours ou une formation qui d’habitude se fait en présentiel (amphi ou salle de cours). Ce, en l’adaptant aux codes et aux usages du web… L’attention moyenne sur Youtube étant de 1 min 40, il faut essayer de créer différemment. Ainsi, je réalise des formations en ligne qui soient les plus percutantes, tout en participant à la transformation de mes clients.

C: Ton business est né de ta propre expérience?

V: Les MOOC à proprement parlé je n’en ai jamais construit. Pour moi, ce n’est pas un format qui convient. Ça reste trop lourd, trop engageant et trop classique dans son contenu. Je ne fais que du contenu spécifique, principalement pour des entreprises.
Une étude du Harvard Business Review, datant d’octobre 2016, est assez catégorique sur le sujet: après avoir étudié les différences de comportement auprès de cadres américains, avant et après formation, il n’y a pas de difference. Le lien entre ce qu’ils vivent au jour le jour et le contenu qu’on a partagé et apporté n’a pas lieu.
Ils reviennent dans leur train-train quotidien et finalement les pratiques et théories partagées, ne seront pas utilisées dans leur travail. En s’appuyant sur cette étude, on est pas sûr que ça contribue à la croissance et à la productivité du pays et c’est à ce titre là que l’on apporte uniquement du contenu spécifique! On a toujours un cahier des charges à trois ligne, sur les enjeux, puis un audit sur la cible. On travaille beaucoup avec la grande distribution. La question souvent posée c’est: comment faire pour les former proprement?
On est capable de prototyper, de tester et de réitérer le processus. Grossièrement, on produit un prototype par semaine, qu’on va tester auprès du comité et de la cible. Pour être certain que ça soit parfaitement adapté à ce dont ils ont besoin…

Il y a beaucoup de demandes. Ça fait deux ans et demi que la boîte est crée. Incluant un an d’incubation (Pleine Image et Incubateur Edhec). Ça m’a permis de tester. Ça fait trois ans et demi que je sème des graines pour que ça arrive. Et ça arrive, avec une image de marque qui commence à se faire connaître. En plus on a une bonne réputation et la qualité de nos productions commence à être remarquée!

C: Qu’en est-il du monde de l’enseignement supérieur? Y-t’il un besoin en terme de e-learning?

V: Vis-à-vis du digital aujourd’hui, il n’y a pas beaucoup d’établissements qui ont réussi à trouver un enjeu stratégique dans le digital.

Le cas de Canal Plus
Un projet lancé en 1984, qui a coûté assez cher. Au tout début, les fondateurs visaient les zones aisées (centres villes – dont une audience avec un intérêt pour la culture et le cinéma). Les six premiers mois furent un échec. Ils réalisent que les foyers les plus enthousiastes se trouvent dans les campagnes. Pourquoi? Parce que 120 Francs par mois à la place de quatre places de cinéma, sans frais déplacement ou annexes, ça devient vraiment intéressant. Alors ils ont transformé la contrainte en opportunité à partir du moment où ils ont changé de cible. En passant à une cible qui n’est pas eux en fait. Je pense que le problème des MOOC aujourd’hui c’est ça. Quant on regarde le public des MOOC, ce sont des personnes éduquées avec un travail. Une vraie problématique est posée. Ça va plus loin que la simple “transmission du savoir”, ce à quoi se limite les outils digitaux aujourd’hui. Il y a une vrai reflexion à avoir sur les enjeux du digital et notamment à qui on s’adresse et pour quel développement?

D’ici dix ans, il va y avoir un vrai métier. Aujourd’hui, construire un module eLearning c’est très compliqué. Ce que MakeULearn et ses concurrents sont capables d’apporter, ce n’est pas seulement le temps passé, mais il y a aussi un effet miroir. Il y a un impact relationnel à l’origine entre MakeULearn et son client. Ainsi, le contenu sera de bonne qualité! Parce que l’effet miroir qu’on apporte est assez puissant.
Je ne sais pas comment une technologie va arriver à un niveau de granularité, de précision et d’intelligence artificielle suffisamment fin pour arriver à créer du contenu satisfaisant. Mais concrètement, aujourd’hui, je pense que nous avons toutes les technologies dont nous avons besoin pour diffuser du contenu. Maintenant, pour la production et la création de ce dernier, il faut aller chercher les enjeux humains… Je pense qu’il y a un vrai enjeux. Comment arriver, technologiquement, à automatiser la création de contenu de façon hyper satisfaisante? Il y a énormément de choses à travailler. Pour moi c’est un vrai axe de développement de notre marché…

C: Quel impact souhaites-tu avoir dans ton environnement (macro) ?

V: Redonner du sens à la formation professionnelle. Si aujourd’hui je dois le dire, c’est ça ma mission. Redonner du sens. Il y a un moment où il faut qu’on comprenne pourquoi on nous apprend ces choses et dans quel contexte.
Exemple de cas, avec une ex filiale de Auchan: une formation dédiée à l’ensemble des conseillers de vente.

C: Qu’est-ce qui te différencie de tes concurrents?

V: Notre méthodologie. On utilise une capacité à prototyper et à itérer ces phases de prototypes pour non seulement être le plus adapté possible mais aussi pour tester et faire en sorte que ça fonctionne. Une méthode qui nous permet d’aller vite, tout en étant efficace!
Souvent, on fait exprès de se planter pour que les clients nous disent… et posent les bonnes questions. Comme on est à plusieurs semaines, (voir mois) avant la livraison, ils n’ont pas peur de se livrer et de se planter. Ça permet d’être efficace et percutant au moment du déploiement.

Dans une relation il y a 80% de non-dit et 20% de dit. Pour les mots du storyboard et de la structure de formation, on a tous une idée différente. Là comme on réalise, ce n’est pas forcément l’idée du client et ce n’est pas forcément l’idée du formateur. On essaye d’avoir un cahier des charges le plus “light” (légé) possible.

Le concept du design thinking (exemple de la voiture…)

La suite de l’épisode #2 du Podcast ici.