La Sagesse d’Ethan Hawke

La Sagesse d’Ethan Hawke

Se donner la permission d’être créatif.

Une question pour toi: est-ce que tu te donnes la permission de faire l’artiste quitte à paraître ridicule?

Ethan Hawke est un acteur, écrivain, musicien américain connu pour ses rôles dans: Before Sunrise (1995), Before Sunset (2004), Before Midnight (2013) ainsi que Boyhood (2014). À l’occasion d’un Ted Talk donné en juin dernier (2020) il nous parle de créativité.

C’est mon job en tant que poète.

Nous doutons tous de notre créativité. À sa rencontre avec Allen Ginsberg, il découvre quelque chose d’énorme (une histoire), qui va changer sa vie:

Après une apparition sur la télévision new-yorkaise, Allen Ginsberg rentre chez lui et tout le monde lui dit: « Tu te rends compte que tout le monde te prend pour un imbécile, et que le pays entier se moque de toi? ». Il leur répond: « C’est mon job. Je suis poète et je vais continuer à faire l’imbécile. La plupart des gens doivent aller travailler toute la journée, ils rentrent chez eux, ils se disputent avec leur partenaire, ils mangent puis allument la vieille télé. Quelqu’un essaye de leur vendre quelque chose, et là je viens tout faire foirer! Je suis venu chanter Krishna, et maintenant ils sont dans leur lit en train de se dire « qui est ce poète stupide? » Et, ils ne peuvent pas s’endormir, en plus! ». C’est mon job en tant que poète.

La créativité nous en avons tous besoin.

Ethan trouve cet aperçu très libérateur. Il va plus loin dans le raisonnement en y ajoutant:

« La majorité d’entre nous souhaite offrir au monde quelque chose de qualité, quelque chose que le monde considèrera comme bon ou important. Alors qu’en fait, c’est l’ennemi, parce que ce n’est pas à nous de décider si ce que l’on fait est bon. Et si l’histoire nous a appris quelque chose, c’est que le monde est un critique particulièrement peu fiable. »

« Donc, tu dois te poser la question: Est-ce que la créativité humaine compte? Et bien. La majorité des gens ne passent pas son temps à penser au sujet de la poésie. Ils ont une vie à vivre, et ils ne se sentent pas concerné par les poèmes d’Allen Ginsberg…, jusqu’au jour où leur père décède, ils vont aux funérailles, tu perds un enfant, quelqu’un brise ton coeur, ils ne t’aiment plus, et soudainement tu es désespéré à l’idée de trouver un sens à ta vie. Puis, « Est-ce que quelqu’un s’est senti aussi mal dans la vie? Comment s’en sont-ils sortis? »

« Ou l’inverse – quelque chose de super. Tu rencontres quelqu’un et ton coeur explose. Tu aimes cette personne tellement, tu ne peux même pas voir clairement. Tu sais que tu es étourdi. « Est-ce que quelqu’un a ressenti ça avant moi? Qu’est-ce qu’il m’arrive? » Et ainsi, l’art n’est plus un luxe, c’est en réalité une subsistance. Nous en avons tous besoin ».

En parlant de ses débuts en tant qu’artiste (acteur et comédien), il relate l’importance des belles choses qui nous rendent ébahis. Pour lui, nous sommes ici sur terre pour tenter nous aider les uns, les autres. En premier lieu, il nous est demandé de survivre, puis de prospérer. Pour prospérer, pour nous exprimer, nous devons nous connaitre davantage. Dès son premier rôle à l’âge de 12 ans, il raconte son amour pour le théâtre, son monde s’est alors élargi et cette profession (encore aujourd’hui à presque 50 ans) lui rend de plus en plus chaque jour. À travers les personnages qu’il a pu jouer.

Qu’est-ce que nous aimons? Si nous nous rapprochons de ce que nous aimons, la personne que vous êtes vous sera révélée, et ça s’étendra.

Nous sommes tous connectés.

À travers la diversité de ces personnages (criminel, prêtre ou voyou) il se rend compte qu’il a beaucoup en commun avec ces personnes.

« Alors, tu commences à voir à quel point nous sommes tous connectés ».

Il relate l’histoire de son arrière-grand-mère. Sur son lit de mort, elle a demandé à écrire une petite biographie, qui fait 36 pages. Elle a passé cinq pages sur la fois où elle a fabriqué des costumes pour une pièce. Son premier mari n’a eu qu’un paragraphe. La production de coton, pour laquelle elle a travaillé 50 années, a obtenu une simple mention. Pour lui, elle s’exprimait à travers ses costumes, et c’est un pouvoir, un vrai pouvoir.

Nous le savons tous. Le temps d’une vie est court. Comment le dépensons-nous? Est-ce que nous passons ce temps à faire ce qui est vraiment important pour nous? La majorité répondra que non. En réalité, c’est difficile. Notre attrait aux habitudes a son importance. C’est ce qui rend les enfants tellement beaux créativement parlant. Ils n’ont aucune habitude, et ils ne prêtent pas attention à savoir s’ils sont bons ou non. Ils ne construisent pas un château de sable en se disant:

« Je pense que je vais devenir un très bon bâtisseur de château de sable ». Ils ne font que se jeter dans le projet face à eux – danser, peindre, construire: peu importe l’opportunité qu’ils ont, ils l’utilisent pour exprimer à travers elle, toute leur individualité. C’est tellement beau… »

Pour t’exprimer, tu dois te connaitre.

Il termine en parlant de ses inquiétudes au sujet de la créativité aujourd’hui. Ce qu’on raconte d’elle, comme quelque chose d’annexe, d’abstrait ou un luxe.

Quelque chose m’inquiète de temps à autre lorsque l’on parle de créativité, on a l’impression que c’est juste sympathique (nice), que c’est chaleureux, ou que c’est plaisant. Ça ne l’est pas. C’est vital. C’est de cette façon que nous nous guérissons les uns, les autres. En chantant nos musiques, en racontant nos histoires, en vous invitant à dire « Hey écoute moi, et je t’écouterai ». Nous entamons un dialogue. Lorsque tu fais ça, la guérison a lieu, on sort de notre coin et on commence à remarquer, être témoin, témoigner de notre humanité commune. On commence à l’affirmer. Et lorsqu’on le fait, de bonnes choses prennent place.

Donc si tu veux aider ta communauté, ta famille, tes amis, il te faut t’exprimer. Pour t’exprimer, tu dois te connaitre. C’est en vérité très facile. Tu dois juste suivre ce que tu aimes. Il n’y a pas de chemin. Il n’y a pas de chemin tant que tu ne l’as pas arpenté. Et tu dois être prêt à faire le fou. Ne lis pas les livres que tu devrais lire, lis les livres que tu veux lire. N’écoute pas la musique que tu as pour habitude d’aimer ou d’écouverte. Prend du temps pour écouter de la nouvelle musique. Prends du temps pour parler à quelqu’un à qui tu ne parles pas normalement. Je te garantis, si tu fais ça, tu vas te sentir ridicule. C’est le but. Fais l’idiot.

Source: a TED Talk by Ethan Hawke

Artist Date

Artist Date

Jeudi dernier, je me suis faite plaisir. Je suis allée à la nocturne du Quai Branly (gratuit jusqu’au 11 octobre). Seule, accompagnée d’une playlist et de mon carnet Moleskine (pour prendre des croquis et des notes). Ces instants là, je les surnomme Artist Date. Traduction: Rendez-Vous d’Artiste. En quoi ça consiste?

Illustration réalisée à l’occasion de mon « artist date » au Quai Branly, jeudi 3 octobre 2019

Un concept phare que j’évoque souvent dans mes ateliers et formations.

L’idée ici est d’organiser à une certaine fréquence (par exemple une fois par semaine), une activité pour soi (et avec soi-même), de son choix. Ce peut être une expédition (partir à la découverte d’un lieu). Ce peut être une visite (visiter un musée ou une ville). Julia Cameron, auteur du livre The Artist’s Way, remarque à l’occasion de ses cours, une forte réticence à l’idée de « prendre du temps pour soi » et de « s’amuser ». Si elle pouvait résumer ce concept en un seul mot ce serait ainsi: jouer. En d’autres termes, on peut le voir comme une façon de ré approvisionner son subconscient, ou nourrir son imaginaire, avec de nouveaux outils et de nouvelles idées (sans prise de tête).

Ici on part à la recherche de quelque chose de nouveau. Un moment de détente que l’on souhaite s’offrir depuis un moment. Dans ce cas, on peut aller prendre un déjeuner dans son restaurant préféré, accompagné(e) d’un livre ou d’un journal. Un instant découverte qui fait partie d’un projet personnel que l’on a pas forcément partagé auparavant. Dans mon cas, j’avais envie de me documenter sur les masques aborigènes. Ce qui a donné naissance à l’illustration de cet article.

N.B. Attention, ces activités ne sont pas limitées aux artistes! Tout le monde peut s’organiser un Artist Date. Voyez-le comme un instant que vous vous offrez, pour jouer et pour éveiller celui qu’on appelle son « enfant intérieur »

Des idées d’Artist Date:

  • Aller jouer au touriste dans sa propre ville (visiter des parcs, des musées…)
  • Aller voir une expo de son choix
  • Aller faire une ballade dans un parc ou en forêt
  • Partir en week-end dans une autre ville de son choix, ou à la campagne
  • Se rendre dans un magasin favori (librairie, papeterie…)
  • Faire du jardinage
  • Prendre une heure dédiée à son projet reporté depuis des mois
  • Sortir prendre l’air, accompagné de son journal pour écrire et prendre des notes
  • Prendre le temps de ne rien faire
  • S’offrir une place de concert (avec son artiste préféré)
  • Écrire un poème ou une lettre dédiée à un être cher
  • [Liste à compléter]

L’idée à retenir ici, c’est l’importance de savoir prendre du temps pour soi. La relation que nous avons avec nous-même reflète toutes les relations que nous entretenons avec notre entourage. Nous nous devons de lui apporter autant d’importance que les autres.

Pour les anglophones, voici la description officielle tirée du livre:

The Artist Date is a once-weekly, festive, solo expedition to explore
something that interests you
. The Artist Date need not be overtly
“artistic” — think mischief more than mastery. Artist Dates fire up the
imagination
. They spark whimsy. They encourage play. Since art is about the
play of ideas, they feed our creative work by replenishing our inner well
of images and inspiration. When choosing an Artist Date, it is good to ask
yourself, “what sounds fun?” — and then allow yourself to try it.

Artist Dates are assigned play.

Et vous, quel était votre dernier Rendez-vous d’Artiste ? Qu’allez-vous organiser ou mettre en place pour le prochain Artist Date à venir ?

À court d’idées, posez-vous cette question: Qu’est-ce qui éveille ma curiosité en ce moment?

Illustrations inspired from Klimt

Illustrations inspired from Klimt

Illustrations inspired from Klimt, August 2019

“I have the gift of neither the spoken nor the written word, especially if I have to say something about myself or my work. Whoever wants to know something about me -as an artist, the only notable thing- ought to look carefully at my pictures and try and see in them what I am and what I want to do.” ― Gustav Klimt

La Sagesse de Claude Monet

La Sagesse de Claude Monet

Peintre de renommé à travers le monde. Qui ne connaît pas Monet ou l’une de ses oeuvres ? Des Nymphéas, de l’Orangerie, où l’on pourrait passer une après-midi entière, à son monde d’Impressionnisme en plein coeur de Giverny.

Claude Monet, Les Nymphéas : Les Nuages, Vers 1915-1926

Pour une petite visite virtuelle des oeuvres, rendez-vous [ici].

Un homme de la nature

Enfance de jeune vagabond. Indiscipliné de naissance. Il n’aimait pas les règles, encore moins y obéir. Il comparait l’école à une prison. Le seul endroit qui l’inspirait, c’était la nature. Il le confirmera, avec le temps.

“Ce que je deviens, vous le devinez bien : je travaille et non sans difficulté, car ma vue s’en va chaque jour, et puis je m’occupe énormément de mon jardin : cela m’est une joie, et, par les beaux jours que nous avons eu, je jubile et admire la nature : avec cela, on n’a pas le temps de s’ennuyer. »

– Claude Monet

Enfant, son seul et unique désir, c’était de profiter du soleil, de la mer, de “courir sur les falaises, au grand air, ou barboter dans l’eau”. À l’école, il remplissait son temps de “distractions”. Il “enguirlandais” les marges et ses livres, jusqu’à reproduire le portrait et profil de ses maîtres d’école. Ce qui lui valu, à l’âge de 15 ans, une réputation de caricaturiste du Havres. La clientèle venait à lui naturellement. Il n’hésita pas à, selon l’apparence de ses clients, charger dix à vingt francs le portrait (entre 32 à 64 euros).

Claude Monet, Auguste Vacquerie (v. 1859), Crayon sur papier, 28,3 × 17,5 cm, Art Institute of Chicago. Auguste Vacquerie (1819-1895) est un poète et dramaturge dont le père est armateur au Havre.

Voyager

Il eut plusieurs périodes de voyage (Norvège, Hollande, Venise, Londres…) où il quittait Giverny, pour aller travailler ailleurs. Le plus marquant fut l’un des premiers: l’Algérie. Deux années, qui ont véritablement jouées sur sa perception. Un éveil d’esprit et de curiosité

“Vous n’imaginez pas à quel point j’y appris et combien ma vision y gagna. Je ne m’en rendis pas compte tout d’abord. Les impressions de lumière et de couleur que je reçus là-bas ne devaient que plus tard se classer : mais le germe de mes recherches futures y était”.

– Claude Monet

Apprendre auprès d’un maître

À son retour en France, il se rendit chez de nombreux “maîtres” pour parfaire sa pratique. Comme à l’école, il ne supportait cela.

”Ni les uns ni les autres ne manifestaient plus que moi d’enthousiasme pour un enseignement qui contrariait à la fois leur logique et leur tempérament. Je leur prêchai immédiatement la révolte. L’exode résolu, on partit, et nous prîmes un atelier en commun, Bazille et moi”.

– Claude Monet
Etienne Carjat. Portrait de Frédéric Bazille (1865), Photographie

Frédéric Bazille fut le plus proche ami qu’il ai eut. Mort trop tôt, aux yeux de Monet, il s’était engagé dans le régiment de zouaves. La veille de sa mort, il disait à son capitaine:

« Pour moi, je suis bien sûr de ne pas être tué : j’ai trop de choses à faire dans la vie ».

– Frédéric Bazille

Ce n’est que plus tard, par hasard, en plein milieu de la campagne normande, que Monet eut l’opportunité de rencontrer celui qu’il appellera son “vrai maître”: Jongkind.

C’est alors qu’il se sentait progresser et évoluer en la matière. Il allait au delà des classiques. Il innovait. Il prenait des risques.

“C’était en 1867 : ma manière s’était accusée, mais elle n’avait rien de révolutionnaire, à tout prendre,. J’étais loin d’avoir encore adopté le principe de la division des couleurs qui ameuta contre moi tant de gens, mais je commençais à m’y essayer partiellement et je m’exerçais à des effets de lumière et de couleur qui heurtaient les habitudes reçues. Le jury, qui m’avait si bien accueilli tout d’abord, se retourna contre moi, et je fus ignominieusement blackboulé quand je présentai cette peinture nouvelle au Salon”.

– Claude Monet
Autoportrait coiffé d’un beret, 1886

Les critiques: ses créations ont difficilement été acceptées par le milieu de l’époque. “Le déjeuner sur l’herbe” a fait grand scandale ! Tout au long de son histoire, il s’est cherché. Autodidacte, pour lui la bonne façon de comprendre c’est de refaire. Il a su faire le tri entre ce qui l’inspirait et ce qui lui donnait dégout.

“Le groupe s’arrête, regarde, et Manet, haussant les épaules, s’écrie dédaigneusement : « Voyez-vous ce jeune homme qui veut faire du plein air ? Comme si les anciens y avaient jamais songé ! »

Toile à scandale !

Claude Monet (1840-1926), Lunch on the Grass, 1865-1866, Oil on Canvas, Musée d’Orsay

Voici l’un des rares fragments, vestige du “Déjeuner sur l’herbe”. Débuté (1865) et réalisé en hommage et défi à l’égard de Manet dont le tableau du même titre avait fait l’objet de vives critiques lors de son exhibition au Salon des Refusés. Projet abandonné (1866). En 1920, Le peintre raconte:

“Je devais payer mon loyer, je l’ai donné en gage au propriétaire qui l’a roulé dans sa cave, et quand, enfin, j’ai eu de quoi le retirer, vous voyez si il avait eu le temps de moisir ».

Endommagée par l’humidité, il récupère la toile en 1884, la découpe, et n’en conserve que trois fragments. Le troisième a aujourd’hui disparu. Les deux autres sont exposés au Musée d’Orsay.

Homme de la campagne et non de la ville. Dès le début, son attachement à la nature est une évidence. On le retrouvera naturellement au fil des années dans ses oeuvres. Il a débuté en « portrait » pour terminer sa carrière en « paysage ». Ses expériences de vie, furent nombreuses. Devenu veuf après la mort de sa première femme, Camille. Il exprimait artistiquement ses ressentis et l’aspect subtil et invisible de son environnement qui l’entourait.

“Je veux peindre l’air dans lequel se trouve le pont, la maison, le bateau. La beauté de l’air où ils sont, et ce n’est rien d’autre que l’impossible. »

– Claude Monet

Ainsi il a créé avec son ressenti. Comme nombreux artistes parlaient de la “main invisible”. Ce qui rendait ses oeuvres authentiques et uniques.

“Ce que je ferai ici aura au moins le mérite de ne ressembler à personne, parce que ce sera l’impression de ce que j’aurai ressenti, moi tout seul. »

Plus d’expériences sensorielles, plus de Monet? Je partage ici des photos et une vidéo de l’exposition (septembre 2018), au Petit Palais, sur les Impressionnistes exilés à Londres.

Traversez la manche avec Claude Monet, une animation d’après Marine, effet de nuit, 1866. National Galleries of Scotland, Édimbourg, Grande-Bretagne

Sources: propos recueillis par Thiébault-Sisson, publié le 26 novembre 1900 dans le journal « Le Temps”, (archives INA)

Une Dose de Créativité à la Leonardo Da Vinci

Une Dose de Créativité à la Leonardo Da Vinci

Source: L’artiste anglais Ralph Steadman illustrant la vie de L.D.V.

Un cadeau: outil, exercice On Creativity, inspiré des pratiques de L. Da Vinci, disponible en fin d’article.

Cette semaine je souhaite partager avec vous les secrets du créateur Leonardo Da Vinci. En se posant les questions suivantes: En quoi cet homme est-il unique ? Quelles étaient ses pratiques et ses habitudes ?

« Son comportement est volontairement excentrique. Il cultive une extravagance vestimentaire, se déclare végétarien et vit entouré de beaux jeunes hommes, ce qui déclenche en 1476 une accusation d’homosexualité dont il sera finalement disculpé. De plus, contrairement aux autres artistes de son temps, habitués à enchaîner les commandes pour vivre, Léonard élabore minutieusement ses tableaux, les laissant parfois inachevés, et leurs commanditaires furieux. Il affiche l’image d’un homme qui vit à sa guise, sans rendre comptes à personne. Un vicaire général des carmélites rapporte que l’homme mène une vie imprévisible et capricieuse; il semble vivre au jour le jour. »

Extrait d’un article de la Revue, L’Éléphant, par Éric Monsinjon

La Curiosité

“Ouvre l’oeil” (lui disait son grand-père, Antonio Di Vinci)

Da Vinci est une référence en matière de créativité grâce à son profil atypique. Contrairement à ses contemporains, il avait le don de s’intéresser à plusieurs domaines. De par la connaissance de ses oeuvres, on aura tendance à le mettre dans la case: artiste peintre. Pourtant, il n’a qu’une vingtaine de tableaux à son actif. Son authenticité: il associe et introduit des découvertes scientifiques dans ses créations. Ainsi et pour la première fois dans l’histoire de l’art, il combine peinture et anatomie!

Dans notre monde actuel, il serait difficile de le catégoriser en le rattachant à un seul métier. Il est à la fois ingénieur, architecte et artiste… L’un de ses ultimes secrets c’est son infinie curiosité pour de nombreux domaines. On les retrouve tous (sans exception) dans ses carnets (publiés par la British Library). Et comme le note nombreux professeurs, il est difficile pour nous d’imaginer un homme capable d’exceller dans autant de domaines. C’est la partie exceptionnelle qui rend le profil de Leonardo unique en son genre.

L’importance du temps

« Un génie ne crée jamais à partir de rien, mais toujours à partir d’une ligne, d’une généalogie commencée avant lui, qu’il intègre spirituellement pour ensuite s’en extraire et imposer une nouvelle création au monde. »

Extrait de la Revue, L’Éléphant, par Éric Monsinjon

À l’âge de 30 ans, Leonardo Da Vinci est payé pour dessiner des cadavres! Les années précédentes, il enchaîne les travaux inachevés. Étonnement, il n’a pas bénéficié d’éducation particulière. Il est autodidacte et s’intéresse à différentes matières, en pratiquant de façon quotidienne. Ce n’est qu’à l’âge de 46 ans, qu’il commence à connaître un certain succès et une reconnaissance. Il apprend la peinture auprès de son maître réputé Verrocchio à Florence. Pour après devenir un pair, capable de se lancer dans ses propres créations.

Ce qui nous rappelle l’importance du temps. Lorsque l’on vous présente l’oeuvre phare d’un artiste, on ne vous parle jamais du vécu (échecs) de ses expériences passées. Il y a bien entendu les exceptions comme Tiger Wood ou Mozart. La seule différence: ils ont commencé très tôt dans leur vie et ce directement dans leur domaine d’expertise.

Tout est dans la pratique

« Contempler la nature »

Leonardo se baladait toujours avec son carnet sur lui. Au moindre courant et soupçon d’idée, de créativité ou de mouvement (nature), il ouvrait son calepin pour « encrer » et dessiner toutes ses inspirations du moment. Ainsi il jouait le rôle d’observateur attentif, prêt à passer à l’action pour capturer ces indices.

De cette pratique on retient deux points essentiels :

Le pouvoir du duo papier + stylo: écrire sur papier est différent de taper des mots sur clavier ou écran. D’après les neurosciences, nous retenons mieux en écrivant. Le processus de création est tout autre et plus libérateur lorsqu’on matérialise une idée sur une forme matérielle et tacite, comme le papier.

Capturer et noter ces idées futiles parfois éphémères: le monde de la création et des idées m’a toujours inspiré. Comme par magie, il nous arrive de nous réveiller, ou de nous surprendre avec une idée venue de nul part. Souvent, on ne lui accorde que peu d’importance. On la laisse gambader, circuler sans rien y ajouter. Elle ne sera qu’une énergie passante si nous ne lui accordons pas le moindre intérêt. Un conseil clé: notez quoi qu’il arrive. Si vous n’avez pas de carnet, vous pouvez très bien enregistrer un mémo vocal sur votre smartphone.

Plus d’informations sur le sujet, dans l’Atelier en ligne: On Creativity…

Un outil inspiré des pratiques de Leonardo Da Vinci

Aujourd’hui je vous offre un outil, que j’utilise en Coaching Créatif.

Régulièrement et dans le but de trouver le sujet de ses prochaines recherches et ainsi, une certaine direction dans ses travaux, Da Vinci se posait autour d’un exercice simple, celui des 100 questions

Je vous propose une mise en pratique :

Les questions que vous vous posez sont intimement liées à votre chemin de vie et objectif du moment. Cet exercice permet un véritable recentrage, en sortant des limites car on s’intéresse ici au questionnement. Ce qui nous empêche d’être dans le jugement. Enfin, en le réalisant on prend vite compte des thématiques importantes et des questions essentielles auxquelles nous souhaitons répondre dans le cadre de nos quêtes et projets.

N’hésitez pas à partager votre vécu dans les commentaires !

Réveillez votre Artiste (Part 1)

Réveillez votre Artiste (Part 1)

Un workshop dédié à la Créativité

Cette semaine je vous offre l’opportunité de découvrir (gratuitement) la première partie de mon Workshop dédié à la Créativité.

On Creativity, un teaser (première partie):
Workshop initialement donné à la Station F, en février 2019. Découvrir le monde de la créativité avec le processus illustré et le monde des génies!

Avant de lancer la vidéo et l’atelier, n’hésitez pas à expérimenter cette méditation (gratuite) réalisée à l’occasion de ce workshop « On Creativity » : version voix + vagues.

Réveillez votre Artiste Intérieur !

Un atelier dédié à la créativité avec de la théorie et des exercices pour de la mise en pratique, et du concret. La vidéo complète de l’atelier EssenCiel dédié à la Créativité. Atelier initialement donné et animé à la Station F, en février 2019. Une version animée et audio de cet atelier. Expérimenter la Créativité autrement, à travers des outils uniques utilisés en coaching créatif.

Au sommaire:
– Le processus illustré de la Créativité
– D’où viennent nos idées?
– L’origine de la Muse et du Génie
– Exercices inspirés des pratiques de Leonardo da Vinci et Albert Einstein
– Les trois éléments clés de la Créativité
– De la pratique avec deux rituels révélateurs de créativité !

Le Pack Complet comprend :

  • La vidéo de l’atelier On Creativity, comprenant les deux parties du workshop (durée: 1h03).
  • Deux méditations guidées pour préparer l’atelier, une en version voix et une seconde en version voix + vagues.
  • Le pdf de l’atelier avec l’ensemble des slides de la présentation.

Day 9 : Créativité et multitasking

Day 9 : Créativité et multitasking

Incompabilité

Lorsque je me dis que je vais écrire plusieurs articles en une seule journée (incluant les recherches nécessaires). Je termine ma journée avec encore plus de contenu (à lire) que je n’aurai pu envisager. Je crois au fait qu’il existe une véritable addiction au contenu. On en veut toujours plus. Pourtant je ne pense pas que ce soit normal de passer une vie à consommer des informations (peu importe la forme), sans rien créer. Moi-même je le reconnais. Je suis loin d’être parfaite. J’ai encore beaucoup de travail à faire, pour atteindre mon équilibre et ratio idéal de consommation : création. Et pourtant je suis la première à dire que notre omni présence sur les écrans n’aide pas.

Mon téléphone est en mode avion tôt le soir. Lorsque je me réveille, j’évite de me jeter dessus. À ce propos, je ne l’utilise pas comme réveil. Durant la journée, le seul moment où vous entendrez un son c’est pour un rappel particulier ou un appel. Je n’ai ni notification, ni vibration lorsque je reçois un texto, un email ou un nouveau feed sur quelconque réseau social. Il n’y a rien de pire je trouve, que de casser le rythme de notre élan créatif.

Saviez-vous que ces notifications et divertissements instantanés peuvent réduire notre créativité ?

J’ai découvert cela lors de mes recherches au sujet du multitasking. En effet, le multitasking est assez réputé aujourd’hui comme étant une “qualité” et quelque chose de normal, voir commun. Or, il se trouve que le multitasking est pire qu’on ne l’imagine.
Des recherches ont montré qu’il n’était pas possible de faire du multitasking tout en étant productif. Pourtant, nous nous en croyons capables. Regardez sur les routes, le nombre d’individus avec leur smartphone à la main, alors qu’ils sont au volant.

Notre cerveau n’a pas été crée pour cela. Il est plastique certes, mais les résultats sont assez effrayants. Le multitasking engendre de véritables déficiences. Les scientifiques vont au point de parler d’addiction. Tout simplement parce qu’il est difficile pour beaucoup de « multitasker » de changer leurs habitudes (vers du monotasking). Or changer quelque chose, autrement dit un manque de flexibilité, montre et prouve qu’il existe une certaine addiction.

Ce phénomène de multitasking est non seulement contre productif mais il nous rend aussi moins créatif.

Des solutions :

La première est de privilégier au maximum le monotasking. Lorsque vous êtes sur une tâche faites en sorte qu’il n’y ait que cette dernière sous vos yeux. Mettez votre téléphone en mode avion. Mettez-vous à la tâche sans porter votre attention sur autre chose. Si vous pensez à quelque chose que vous avez oublié (répondre à un email, à un message, faire une recherche sur Google), notez-le tout simplement sur une feuille. Mais surtout, ne vous laissez pas entrainé par la vague du « je vais vérifier juste 5 secondes » parce qu’on sait très bien où ça nous mène…

La deuxième,

Ne mettez pas une tonne de cookies sur votre bureau.

J’avais trouvé cette image intéressante. Nos écrans sont comme des cookies irrésistibles ! Lorsque vous voulez faire attention à votre alimentation, le premier réflexe, serait de supprimer toutes possibilités de « cookies » dans votre maison. Là, il n’est pas question de « supprimer » radicalement tous ses écrans. Mais de créer un espace où vous savez que vous ne pouvez pas être dérangé. Lorsque je mets mon téléphone en mode avion, je me dédie entièrement à une tâche. Je ne supprime pas les écrans de ma vie. J’y retourne pour une durée déterminée que j’essaye de gérer au mieux (notamment avec une liste de tâches préalablement effectuée).

La Sagesse de Brel

La Sagesse de Brel

Une Leçon de Vie, avec Jacques Brel

Dans une interview donnée au printemps 1971, le belge et chanteur Jacques Brel parle de sa conception du succès, mais aussi du talent et de l’importance de sortir de sa zone de confort. Quelqu’en soit le prix, il va jusqu’à parler d’exhibitionnisme – pour tout artiste qui décide de se lancer!

Alors, qu’est-ce que la réussite? Pour Jacques Brel, il est question de réaliser ses rêves. Du moins, les projeter

“Alors il y a deux notions là-dedans, d’abord réussir quoi? Il faut s’entendre sur le mot réussir. Moi, je crois qu’on ne réussit qu’une seule chose: on ne réussit que ses rêves. On a un rêve et on essaye de bâtir, de structurer ce rêve. Alors, dans ce sens là il est exact que j’ai travaillé pour réussir. Pour réussir mon rêve”.

Pour réussir ce rêve? Or ce rêve à ce moment-là, ce n’était pas de chanter, pas du tout. C’était de projeter mon rêve à l’extérieur. C’est un phénomène de compensation. En termes clinique, il a des mots beaucoup plus effroyables que ça. Pour reprendre l’expression de Duhamel (…), on raconte ce que l’on rate. On raconte ce que l’on n’arrive pas à faire. C’est un phénomène de compensation et j’ai voulu réussir ce phénomène de compensation. J’ai dû travailler beaucoup pour ça, bien évidemment”.

En partant de sa conception du succès et de l’importance de réaliser ses rêves, il nous introduit son approche du talent comme une “simple” envie. Pour le moins surprenante car pour Brel, il n’y a pas d’accident ou de hasard: il faut travailler “avec une grande énergie”. Une approche quoi que différente de ce que peut être l’artiste comme génie, hasardeux, créatif et talentueux.

Le talent ça n’existe pas. Le talent c’est avoir l’envie de faire quelque chose. Je prends l’exemple d’un homme qui rêve d’avoir envie de quelque chose. Il prétend avoir envie de manger un homard. Il a le talent, à ce moment-là, dans l’instant. Il a le talent, à ce moment-là, pour manger un homard, pour le savourer convenablement. Et je crois que d’avoir envie de réaliser un rêve c’est le talent et tout le reste, c’est de la sueur, c’est de la transpiration, c’est de la discipline, je suis sûr de ça! L’art, moi, je ne sais pas ce que c’est. Les artistes je connais pas. Je crois qu’il y a des gens qui travaillent à quelque chose et qui travaillent avec une grande énergie finalement et l’accident de la nature je n’y crois pas. Pratiquement pas”.

New York ou le “mal être” des grandes villes. Brel, n’aimait ni New York, ni Paris, ni les grandes villes en général.

“Je ne déteste pas New York. Je déteste y être. Ce qui est très différent, attention!”

Pourquoi?

“Je suis pas très heureux… finalement je n’aime que la campagne. J’ai besoin d’horizon. J’aime pas vivre à Paris non plus. Et qu’en on me dit “Ah, New York, vous êtes heureux.” Non! J’y suis pas très heureux moi. Je n’aime pas être au 32ème étage. J’aime pas beaucoup”.

Puis, il évoque l’enfance. Un grand sujet pour Brel, qui s’est toujours dit enfant, peu compris des adultes. Une approche quoi que personnelle du cycle de vie où il met en avant deux étapes…

“Je crois qu’en fait un homme passe sa vie à compenser son enfance. Je m’explique. Je crois qu’un homme se termine vers seize, dix-sept ans. Il n’y a pas de loi générale, mais vers seize, dix-sept ans un homme a eu tous ses rêves. Il ne les connaît pas mais ils sont passés. Ils sont passés en lui. Il sait s’il a envie de brillance, ou de sécurité ou d’aventure ou de… il sait, il ne le sait pas bien mais il a ressenti le goût des choses comme le goût du chocolat, comme le goût de la soupe aux choux, il a le goût de ça et il passe sa vie à vouloir réaliser ces rêves là. Et je crois qu’à dix-sept ans, un homme est mort ou il peut mourir. Et après, je sais que moi j’essaye de réaliser les étonnements plutôt que les rêves. J’essaye de réaliser les étonnements que j’ai eu jusqu’à mettons 20 ans… et à 40 ans on s’en aperçoit. Ça c’est un autre problème. Jusqu’à 40 ans, je ne le savais pas. Maintenant, je sais que c’est comme ça. Et peut être qu’à 60 ans, je vais découvrir autre chose”.

Puis, Brel évoque une difficulté connue de tous: sortir de sa zone de confort. Le départ étant plus difficile, que l’arrivée. Une peur naturelle de quitter le nid, la maison, le cercle d’amis… Bref, un confort que nous nous sommes créés et qui peut parfois paraître dangereux – sur le long terme.

“Ce qu’il y a de plus dur pour un homme qui habiterait Vilvoorde et qui veut aller vivre à Hong Kong ce n’est pas d’aller à Hong Kong, c’est de quitter Vilvoorde. C’est ça qui est difficile, c’est que ça qui est difficile. Parce qu’après Hong Kong, tout s’arrange. Il suffit d’avoir une santé et une folie et puis… Hong Kong est à la portée de tout le monde mais quitter Vilvoorde ça c’est dur”…

Enfin en tant que créateur, écrivain, chanteur, acteur et metteur en scène, il définit le rôle du créateur (un de mes sujets favoris)! Pour cela, il utilise l’image de l’aspirine. Il évoque alors, le pouvoir que toute créationsur le monde, qui nous entoure. Nombreux sont les artistes et chanteurs qui ont déjà pu évoquer ce processus de guérison apporté par toute forme d’art.

“Quand on invente quelque chose, on est une aspirine. Je continue à croire ça. Je croirai ça encore très longtemps, je crois. On est une aspirine et si tu peux être une aspirine pour les autres, le temps d’une chanson, d’un film, et qu’ils ne pensent plus à ce truc qui les ronge à longueur de vie, ils pensent à autre chose, et ça c’est bien. C’est du rêve artificiel, en fait. C’est ça que j’ai essayé de faire. C’est une forme de médecine”.

Un peu plus loin, il évoque de nouveau cette “aspirine” médicinale, ou plutôt de ses effets secondes. N’en déplaise à certains, on ne peut pas plaire à tout le monde. Les critiques font partie du rôle de l’artiste. Ces dernières sont inévitables et relèvent de la vie de tout créateur.

“Tu comprends, écrire des chansons, les chanter, être comédien ou faire de la mise en scène tout ça, ce sont des travaux d’aspirine, mais qui ont une forme sur le plan extérieur comme projection extérieure. Il y a une forme d’exhibitionnisme, et bien il faut l’assumer! Il faut dire: je veux bien bon, j’ai choisi d’être exhibitionniste, avec des intentions morales, philosophiques, peu importe… Tu dois assumer cette fonction là, un état primaire, si tu veux. ll arrive un moment où toutes tes intentions sont gommées par ton activité exhibitionniste. Ils aiment pas? Bah c’est bien fait pour ma gueule hein j’avais qu’à pas le faire…

C’est très moral et puis des gens ont parfaitement le droit de ne pas aimer. Bon sang, tu crois que je les aime tous? Moi j’essaye de les aimer tous mais je n’y arrive pas. Je ne leur dis pas dans les journaux… Je ne dis pas que c’est plaisant mais ce n’est pas la fin du monde. C’est comme ça.”

Enfin, il évoque quelque chose de familier et pour le moins intemporel: les excuses, que nous créons. Celles que nous utilisons pour ne pas passer à l’action. Que ce soit pour des projets, aussi signifiants soient-ils. Malgré tout, ces projets restent important dans une vie. Puis il souligne l’importance des peurs et de savoir surpasser, voir passer outre ces peurs. Car vivre sans peur, ce n’est pas une vie pour Brel…

“Je connais un million de types qui vont écrire un livre. Tu es bien d’accord? J’en connais, j’en ai rencontré un million dans ma vie. Des types qui disent: alors tu sais encore 2 ans, je vends des bretelles encore 2 ans… mais alors en 73, j’écris un livre. Et puis si un jour on les rencontre en 73, ils diront: je continue à vendre mes cornichons, je vis avec mes cornichons, j’ai une femme, j’ai deux enfants, j’ai le machin, j’ai une petite amie, ma voiture est vieille… Je vends des cornichons jusqu’en 75, et en 75, j’écris un livre. Le livre étant le symbole dans tout ça. Moi je crois que bretelles ou cornichons, quand on a envie de faire un truc il faut plonger comme un fou et le faire, quitte à se tromper. Je préfère me tromper et je préfère plonger. Et je plonge”.

Vous n’avez pas peur?

“Si si je trouille (j’ai peur), mais je trouille tout le temps dans la vie, tu sais. Bien sûr je trouille, mais tu vois j’ai chanté 17 ou 18 ans, j’ai été vomir avant chaque tour de chant de peur, et quand j’avais trois tours de chant trois fois par jour, j’allais vomir trois fois par jour de peur. Et en avion parfois j’ai très peur. Et je fais du voilier parfois j’ai très peur. Et quand je joue la comédie pour un film, j’ai peur. Et là je vais faire un film, en plus je l’ai écrit, j’ai très peur. J’avoue j’ai très peur. Cela dit, un homme qui n’a pas peur, ce n’est pas un homme. L’important c’est d’assumer sa peur mais qu’on ne vienne pas me dire qu’un homme n’a pas peur, c’est un fou, il faut l’enfermer”.

Mais ce besoin que tu as…

“C’est pas un besoin, je trouve ça normal. Je trouve anormal de refuser la peur tout le temps. Je trouve anormal cette espèce de sécurité qu’ont bien des gens. Je ne leur en veux pas du tout, bon sang, je les aime bien, je les respecte mais je ne pourrai pas moi vivre comme ça. Peut être que jai trop de santé, mais vivre sans avoir peur, sans cette espèce de notion, ce n’est pas vivre enfin. Il vaut mieux être mort!

Enfin, je terminerai avec son approche (connue) de la bêtise humaine, avec une définition juste et pleine de sens.

“La bêtise, ah la bêtise c’est terrible. C’est la mauvaise fée du monde. C’est la sorcière du monde. C’est la bêtise. Il n’y a pas de gens méchants. Il y a des gens bêtes mais c’est pas de leur faute. Et des gens qui ont peur, ça c’est de leur faute. Il y a des gens qui ont peur et qui n’assument pas leur peur. Je crois que tout commence un peu comme ça. Mais enfin, ça c’est à un philosophe de déterminer tout ça, c’est pas à moi.

Mais je n’aime pas les gens bêtes, parce que la bêtise c’est de la paresse. La bêtise, c’est un type qui vit et il se dit: ça me suffit. Ça me suffit, je vis, je vais bien, ça me suffit. Et il ne se botte pas le cul, tous les matins en se disant: c’est pas assez, tu ne sais pas assez de choses, tu ne vois pas assez de choses, tu ne fais pas assez de choses… c’est de la paresse je crois la bêtise. Une espèce de graisse autour du coeur qui arrive et une graisse autour du cerveau… je crois que c’est ça”.

À toutes les aspirines de ce monde, je vous dis: Merci 🙂 

with love,
C.

Source Archive: Henry Lemaire, interview de Jacques Brel, au printemps 71, à Knokke. Filmé par Marc Lobet.