Syndrome Imposteur avec Jeremie Claeys

Syndrome Imposteur avec Jeremie Claeys

# Transcription, Syndrome Imposteur, le Podcast : Conversation avec Jeremie Claeys

# Introduction: On se retrouve pour un nouvel épisode du Podcast !

C: Jeremie Claeys. Illustrateur. Tu as commencé en tant que graphiste. Originaire de Belgique. Et tu as un parcours assez atypique. Tu as fait les Beaux Arts, après tu es parti à Oxford, faire une année de théologie, et maintenant tu es en France. Depuis, tu es devenu illustrateur. Aujourd’hui tu es basé en France mais pas seulement parce que tu as une présence dans les pays anglophones assez importantes. (…)


J: Pendant un temps je voulais approcher plus le milieu anglophone. Vu que je parle anglais, j’écris beaucoup en deux langues parce que, comme tu l’as dis, je suis belge aussi. Il y a le français, le néerlandais, l’anglais c’est une sorte de terrain au niveau linguistique. Le site Internet il est aussi écrit en anglais. En réalité 90% des clients avec qui je travaille, c’est en français. Je pense que l’anglais c’est un milieu de terrain que j’aime bien.

Linguistiquement même si aujourd’hui le podcast Sens Créatif est purement en français et je le fais volontairement parce que ce type de contenu n’existe pas beaucoup en français. Je suis flatté que tu es cette impression!C: Pour moi il y a une perspective à l’étranger. Si elle a pas lieu aujourd’hui, elle aura lieu un jour. C’est pas un hasard. Le dernier épisode (avec Andy J Pizza), il est en anglais, avec une intro en français. 🙂

J: Oui.

C: Il y pas mal cette énergie où tu es ouvert en fait. Déjà sur le site, qui est en anglais, beaucoup de gens diraient pourquoi pas l’écrire en français? Donc je pense qu’il y a une ouverture qui est intéressante et c’est ce qui fait justement ton originalité. 

J: Une grosse influence anglophone en fait. Mais mes influences, mes goûts, mes couleurs, mes personnalités, les artistes, les groupes, les films que j’ai aimé c’était souvent anglophone en fait. D’ailleurs en tant qu’illustrateur ça se ressent dans mon boulot pour les gens qui ont un oeil graphique, mes influences sont anglophones. En réalité, plus travailler pour des clients anglophones me plaîrait énormément c’est juste que c’est pas évident d’aller, de l’autre côté…

C: De traverser l’Atlantique?

J: Oui c’est ce que j’ai fait comme tu sais, c’est ce que j’ai fait physiquement en 2018, en allant rendre visite à mon ami Andy J Pizza, et en allant avec lui au ICON Conference, qui est l’une des plus grosses conférences d’Illustration aux États-Unis. J’ai rencontré des gens. Puis j’ai vécu en Angleterre, comme tu sais. Mais au final, en fait c’est tout le processus qui m’a permis de développer les choses, ici en France. Mais j’ai dû avoir cette sorte de “vision”, que fut un temps, je croyais que pour réussir il fallait percer de l’autre côté.

Tu sais genre si tu travailles pour des gros clients de l’autre côté. Ici, tu as l’impression que “wow, il travaille pour nous”. Aujourd’hui je ne vois plus vraiment ça comme ça. Mais c’était cette vision, cette compréhension des choses à l’époque qui m’avait poussé des portes puis voilà en parlant de Andy J Pizza, ce type de contenu, n’existait pas beaucoup en France. Du coup, je me suis beaucoup nourri plus en littérature, en documentaire, en podcast, en anglais donc ça fait partie de ma culture personnelle.

# La parole

C: En fait, je pense que tu en as parlé un moment donné dans un podcast. Tu parlais des monologues. Tu disais qu’au départ tu n’osais pas faire des monologues parce que tu te voyais plutôt comme quelqu’un qui “transmettait” l’info comme un journaliste. De tout ce que tu pouvais récupérer. Alors que après tu t’es permis de passer en mode “je”. Parce que ça c’est pas mal en lien avec le syndrome de l’imposteur je pense… C’était un sentiment d’imposture pour le monologue que tu avais au début? 

J: Apparemment tu as beaucoup fait de recherches ! (rire) C’est comme mes deux projets de zine. Si tu veux, j’ai toujours été quelqu’un qui aime partager, qui aime parler depuis son coeur, qui aime bien parler avec les gens et transmettre. Écrire et partager. Mais au début ça me faisait bizarre de me la ramener en mode “moi, voilà, ce que je pense” et donc du coup c’est pour ça que au fur et à mesure en fait c’est quelque chose de très progressif. Je basais mon travail sur le boulot d’autres personnes.

Prenons Brené Brown avec “Daring Greatly” ou “Braving the Wilderness”, ce sont des sujets qui raisonnaient en moi et j’ai utilisé ses textes et ses travaux pour rebondir et partager mes histoires. Ça date de 2017 mais c’était plus simple pour moi de m’appuyer sur quelqu’un d’autre qui était plus crédible à mes yeux, en tout cas. On en revient aux États-Unis, aux pays anglophones.

Brené Brown qui notamment est plus connue là. Du coup, il y avait ce désir de faire du lien et puis après avec le podcast, au début j’avais juste envie de faire des interviews. En réalité, je suis beaucoup moins en contact avec Andy J Pizza ces derniers temps. Si on retrace mon parcours, il a une certaine importance dedans et puis, c’est lui qui m’a dit: “mais en fait tu devrais…”. Quant on discutait, quant j’étais avec lui en 2018, à un moment donné il me dit: “mais Jérémie, tu utilises plein de métaphores, tu es bon en images, tu arrives bien à communiquer, tu devrais vraiment partager ça”.

De nouveau, j’étais “bah non, je me la ramène avec mes petites histoires” et du coup, il m’a dit “mais tu sais quoi?” Pour ton podcast parce que je lui en avais touché un mot, “pourquoi ne pas t’appuyer sur les interviews, et du coup après tu développes ton contenu par rapport aux interviews”. Donc de nouveau j’étais rassuré quelque part, j’ai dis: “oui pourquoi pas, allez faisons ça”. Et donc quand j’ai lancé Sens Créatif (podcast) en 2019 c’est ce que j’ai fait: trois interviews, un monologue.

C’est ce que je fais encore à l’heure actuelle d’ailleurs sauf qu’au début c’était plus, il y avait vraiment ce côté où je m’inspirais vraiment de quelques bribes des interviews précédentes et je rebondissais dessus. J’ai créé un monologue. Au fur et à mesure, je me suis prêté au jeu. Je me suis rendu compte que ça me plaisait beaucoup. Que le travail d’écriture me plaît beaucoup. Je me suis rendu compte que ça avait un impact plus fort que ce que j’attendais. À ma hauteur, mais c’est tellement encourageant et gratifiant quand tu partage quelque chose, que c’est reçu et qu’on te le renvoie. Quelque part on t’en demande plus. Du coup, au fur et à mesure du temps j’étais de plus en plus conforté. C’est super parce que pendant longtemps je me présentais comme illustrateur alors qu’en fait ces derniers temps je me rends compte que quelque part, développer un propos c’est ce qui m’intéresse beaucoup plus.

C’est aussi un truc d’anglophone ça. Supposons qu’un jour il devait sortir un article qui te célèbre. Tu sais genre: “tu as envie de laisser quoi derrière toi?”. Et en fait je fais du dessin depuis toujours et j’aime trop ça. Je suis illustrateur depuis un certain temps, je bosse depuis 10 ans, j’étais graphiste et tout ça, donc l’image c’est vraiment quelque chose qui est important pour moi mais je me suis rendu compte que en fait “être célébré” en tant qu’illustrateur c’est peut-être pas la chose la plus importante pour moi. Si je peux utiliser ce terme, “auteur: c’est quelque chose, quand je regarde au loin, c’est quelque chose qui m’intéresse plus. Mais c’est un processus tout ça en fait. J’ai dû passer par toutes ces étapes que je partage notamment sur le podcast.

Donc, oui les mots c’est une sorte d’éveil progressif et tu l’as aussi vu probablement en recherchant, j’ai longtemps eu peur de la parole en fait. Parce que je suis quelqu’un de très bavard. Il y a aussi, c’est un peu cliché mais les belges ont une sorte de complexe avec la langue qui est un petit peu chelou. Donc du coup c’est juste qu’au fur et à mesure du temps, j’ai dû assumer que voilà, j’ai cette particularité de la parole. J’aime bien aller directement à l’essentiel. J’aime pas trop le chitchat. Il y a beaucoup de gens qui font du podcast pour ça, pour avoir tout de suite une discussion un peu au coeur des choses. 

Et en fait je me suis rendu compte que peut-être l’illustration c’était un artifice, que je trouve super et dont je trouve une utilité très importante aussi en terme de communication non verbale d’ailleurs. Mais moi je me suis dis en fait, il y a une puissance dans la parole. Dans le fait de donner directement, te donner toi, ce que tu sais, et puis c’est un acte très vulnérable aussi. C’est aussi un sujet qui est important pour moi. C’est pour ça que j’ai décidé de faire du podcast aussi parce que comme un vinyl ça craquelle avec les petites erreurs, les hésitations qui créent la connexion avec les gens. Donc voilà, la parole, l’écriture, tout ça!

C: Alors justement tu as parlé d’un point que j’avais préparé. Donc déjà la vulnérabilité pour toi, c’est quoi? Parce que pour ceux qui ne connaissent pas Brené Brown, très connue aux États-Unis mais malheureusement, seulement un de ses livres a été traduit en français. Les autres n’ont pas été traduits. En plus, la traduction n’est pas forcément… voilà. Malheureusement, quand on lit en français il n’y a pas l’étincelle, ce truc que ça nous a fait en anglais.

J: Non, non c’est clair. Moi je l’ai lu en anglais. Il y a l’énergie qui est là.

# La vulnérabilité

C: Et justement cette vulnérabilité toi tu l’as défini comment pour toi? Parce que c’est très particulier Brené Brown, notamment pour notre culture française. 

J: Ah oui pourquoi?

C: Bah, je sens pas ce côté de vulnérabilité comme bienvenu. Pas en mode “c’est mal” ou on est pas capable… Plus en mode, ce n’est pas célébré, je trouve. Alors est-ce que c’est notre côté, où on est un peu parfois, perfectionnistes? Et je pense aussi que c’est aussi marqué par nos générations passées qui sont très dans… enfin pour moi, je vais donner un exemple concret: quand tu veux devenir entrepreneur. C’est peut-être “à la mode” aujourd’hui mais en France on va plutôt dire “bah non, prends un travail plus sécure”. On ne va pas te demander d’oser. Pourtant, être vulnérable, c’est oser. Donc c’est pour ça que je voulais avoir ta traduction, ton français à toi, de comment tu vois la vulnérabilité? 

J: C’est drôle parce que en 2017-2018 ce sont des sujets que je travaillais beaucoup plus. Là c’est un petit peu moins frais. C’est peut-être plus incarné. Je suis peut-être un peu moins dans la théorie, un petit peu plus dans la pratique. C’est quoi la vulnérabilité? C’est, être soi-même, s’offrir tel qu’on est, de manière entière. Être “a whole person”, tu sais comme on dit en anglais. Avec son côté lumineux, son côté sombre. Et moi j’aime bien cette phrase de Leonard Cohen qui dit “there is a crack in everything that’s where the light gets in”. (Il y a une fissure en toute chose. C’est ainsi qu’entre la lumière…).

Pour moi la vulnérabilité c’est ça en fait. Si on reste chacun. En fait en français je me suis rendu compte que le mot vulnérabilité était souvent associé à quelqu’un, quelque chose de “faible”, quelque chose “à protéger”. Alors qu’en réalité, je pense qu’il y a des limites. Il faut se respecter. Il y a aussi l’intimité.

On choisit aussi à qui on partage quoi. Bien évidemment. Mais on a tout à chacun beaucoup de choses à partager. Et souvent, je pense aussi en France peut-être, il y a ce poids de la légitimité, tu vois? Que je ne connaissais strictement pas avant d’arriver ici. Pour moi, voilà on a tous quelque chose. Et c’est à développer. Avec les failles, les erreurs, les bourdes mais, allons-y. Donnons, recevons, partageons, et j’ai conscience que quand je regarderais en arrière, je le fais d’ailleurs déjà aujourd’hui, il y a des choses. On se dit “j’étais un peu mignon”, “j’étais un peu à côté de la plaque” mais cette sincérité, cette authenticité, cette envie d’aller de l’avant… Je pense que si on n’est pas vulnérable, on ose pas.

Et voilà, on l’a dit toute à l’heure, être vulnérable c’est oser. Bon allez, une bonne petite phrase là: “être vulnérable c’est oser quelque soit où on en est dans la vie”. Qu’on soit débutant, professionnel, jeune, vieux, en bonne santé, pas genre, “c’est juste”. C’est pour ça que le livre de Brené Brown c’est “Daring Greatly” en anglais, en français c’est traduit “le pouvoir de la vulnérabilité” mais “daring greatly” c’est oser.

C: C’est beaucoup plus fort comme titre. C’est l’opposé. C’est complètement un paradoxe. 

J: Oui, il y a un pouvoir mais en fait, on se rend compte avec le temps que c’est dans la faiblesse en fait quelque part que c’est une force de “ouf” parce que si on est toujours là à se blinder, bah on est jamais suffisamment blindé. Non seulement on se protège des autres. On ne crée pas de ponts.

C: Il n’y a pas de lien possible en fait quant on est blindé.

J: Que quant on baisse les ponts. Quant on enlève et qu’on est un peu à poil. C’est genre, “bah voilà comme je suis. “Take it or leave it”. (À prendre ou à laisser). Mais c’est difficile quant il y a le “leave it”. Parce que c’est genre… 

C: Oui, il faut accepter…

J: Bah je suis pas pour tout le monde. Mais en réalité pour trouver quelque part une caisse de résonance, on doit se donner totalement. C’est pas facile.

C: Non, c’est pas facile. Justement pour passer de vulnérabilité à syndrome parce que quant on ressent ce syndrome de l’imposteur c’est beaucoup lié au fait qu’on se sent vulnérable. Donc déjà ce qui est très drôle c’est que lorsque je t’ai proposé d’être invité sur ce podcast tu m’as dit que c’est récemment que tu as ressenti ce syndrome? Donc qu’est-ce qui s’est passé? Comment sa s’est produit chez toi?

J: Oui beaucoup plus fort récemment. Et bien en réalité, tout ça c’est très très neuf pour moi. Je suis quelqu’un étonnamment, j’ai fait tout un travail sur la vulnérabilité mais je me suis rendu compte que c’était vers les autres. C’est-à-dire comme si à travers mon travail j’avais envie de me montrer tel que j’étais que je demandais à l’auteur, le lecteur ou sur les réseaux sociaux, même le podcast:“Voilà comme je suis est-ce qu’il y a réception? Est-ce que ça dérange pas quelque part…?”

C: D’accord.

J: Moi, depuis que je suis tout petit, je suis quelqu’un qui me… Je suis assez sévère avec moi-même. Je me donne très peu et presque jamais le droit à l’erreur en fait. Donc en fait, c’est comme si j’acceptais pas ma propre vulnérabilité à moi. Comme si je l’a pardonnais pas, à moi-même. Que les autres quelque part l’accepte c’est une chose, c’est réconfortant. Mais que, moi en fait, ça me rend malade de me tromper. Vraiment, ça me rend malade, de me rendre compte que je me suis trompé. Que je peux dire de la merde. Que, tu vois? Et j’en suis arrivé dernièrement à simplement me dire, l’erreur est autorisée, pour moi. En fait pour les autres c’est beaucoup plus simple. 

C’est beaucoup plus simple d’accuser l’erreur de l’autre. Et il me semble que c’est pas trop compliqué pour eux d’excuser les miennes. Mais moi envers moi-même c’est toute une autre paire de manche. Cette petite épiphanie dont je te parle elle date pas plus tard qu’il y a une semaine. C’est hyper récent. Du coup, pourquoi est-ce que je l’ai ressenti plus fortement c’est que on parlait d’oser. Le podcast pour moi c’était une continuation de ce processus d’oser. C’est-à-dire que avant 2017, je faisais juste des illustrations. Je me cachais derrière mes images. Ensuite j’ai commencé à écrire des textes, de zine donc je pouvais l’éditer comme je le voulais jusqu’à ce que je le publie.

Ensuite je les ai imprimé. Donc je me suis un petit peu plus assumé. Puis, j’ai voulu aller plus loin dans ce côté direct, vulnérable avec le podcast. Parce qu’en réalité dans mes interviews, il y a très très très peu d’editing en fait. Ce que les gens entendent c’est 98% de ce qui s’est passé. Et me rendant compte au fil du temps dans le podcasting, ce côté chercheur en fait: chercher, clarifier et transmettre c’est trois mots qui me parlent beaucoup. Je me suis dis ok, si je veux aller par là, développer ce travail d’auteur, de chercheur, de transmettre. Le milieu de l’illustration je connais très bien parce que j’ai plein de copains, plein de copines dans ce milieu là.

Ça fait sept ans que je suis dedans. Ça se passe bien. Alors je suis pas une super star ou quoi que ce soit mais je veux dire que je connais suffisamment les ficelles pour comprendre comment ça fonctionne et je connais suffisamment les personnes pour me dire voilà, j’ai ma place dans ce milieu là. Le podcasting c’est tout nouveau. Dans le sens où, je fais ça depuis 2019, donc ça fait un peu plus d’un an. Ça a bien pris certes. Mais l’illustration était toujours mon milieu. Alors que là, avec le fait de vouloir faire du podcasting plus sérieusement, bah je découvre, je rencontre de nouvelles personnes, je suis plus dans le milieu du podcast et là je redeviens un bébé en fait. Parce qu’en fait, j’y connais rien ! Le podcast par exemple c’est du DIY total et ça fait partie de ma culture personnelle. Je n’attends pas l’autorisation, j’y vais.

C: C’est ce que tu disais en tant qu’illustrateur déjà. Tu n’attends pas d’autorisation… 

J: Du coup, tu te blindes moins c’est-à-dire que tu peux faire des erreurs. Ces derniers temps, c’est arrivé plusieurs fois où je me suis senti à côté de la plaque. En essayant. Quand tu rencontres d’autres professionnels dans le milieu du podcast par exemple, tu te dis “ah j’avais pas conscience de ça, ah oui, ça je savais pas…”. Tu perds une certaine innocence. Et puis aussi, j’ai beaucoup donné des choses que j’avais déjà au niveau de mes cartouches. Là, j’ai vécu une sorte de petite crise existentielle un peu. Je n’ai jamais eu autant, si je peux dire ça, conscience de moi même.

Ça fait dix ans que je cherche mon ikigai, comme on dit. Et donc je me suis jamais senti aussi proche de ça et en même temps aussi démuni face à la tache qui m’attend et face à comment faire. Donc voilà je reviens de nouveau au point de départ qui en réalité est la meilleure des positions. Étudiant, c’est la meilleure des positions parce que tu te mets en apprentissage constant et c’est un mix de ça fait peur et c’est grisant à mort.

# Le voyage du héros

C: Donc, si on veut se rapporter au “hero’s journey” (*note: le voyage du héros, de Joseph Campbell: une base, en douze étapes, considérée comme un classique destiné à construire le voyage initiatique typique du héros que l’on retrouve dans nombreux récits du monde entier, de la littérature au cinéma*), que l’on connait très bien grace à Andy J Pizza, notamment. Tu dirais que tu es revenu à la case du début “the call” (l’appel)…

J: Non je suis en bas là, je suis pas loin du “death and rebirth” (mort et renaissance). Mais le death and rebirth ça peut être très court au final. Parce que je dirai que j’ai un peu vécu, d’accepter que je peux me tromper. Tu vois pour parler très concrètement, on en parlait en off, j’ai annoncé sur le podcast il y a deux, trois mois que j’allais passer à un épisode par semaine sauf que j’ai fait. Et c’était pas facile à tenir la cadence. Je fais aussi tout un travail sur moi pour vivre à ma juste mesure. Et je crois que j’ai jamais vraiment eu de mal à entreprendre ou comme tout le monde, j’ai des manques de confiance comme toujours, mais j’ai jamais vraiment eu peur d’entreprendre, une certaine assurance. 

C: C’était dans ta nature ça?

J: Oui dans ma nature, une certaine innocence de “allez ok, pourquoi pas”. J’ai toujours eu cette sorte de rage tu vois de vouloir faire, d’y aller, d’y arriver. Besoin d’accomplissement et tout. Je me suis un peu brulé les ailes. Dans le sens où c’est pas tout de découvrir quelque chose de beau, qui te correspond et qui crée quelque chose de, qui a vraiment une belle énergie, qui est altruiste, etc. On dit aussi souvent, l’enfer est pavé de bonnes intentions. J’avais les yeux plus grands que le ventre en fait. Mon défaut, un de mes défauts, c’est d’y aller à fond sur tous les plans, à tous les niveaux, que ce soit familiale, professionnel, genre je dois être au top tout le temps, en tout temps.On se connait pas, mais j’ai perdu seize kilos en deux ans

C: Seize kilos?

J: J’ai perdu seize kilos en deux ans oui. C’est mon corps qui m’a envoyé le message. Là, ça commence à bien faire. En fait, c’est juste que je me suis rendu compte que vu, que je me mets une pression folle de pas me tromper, je peux pas me tromper. Je sais que je peux me tromper. Mais quand je me rends compte que je me suis trompé ça me rend malade. Que ce soit, professionnel, je suis illustrateur, ça tourne. Le podcast ok. J’ai voulu monter les curseurs. tu sais parce que je me rends compte voilà, j’ai l’impression que c’est une des meilleures choses que j’ai faite de ma vie le podcast.

Sauf que, bah, je me suis rendu compte que c’était pas bon pour ma santé mentale et physique tu vois. C’est que le podcast tu dis publiquement tu vas faire quelque chose et puis là c’est cool tu vas sortir cet épisode au mois d’août pendant que je fais ma pause. Donc si les gens écoutent et que je leur annonce au mois de septembre que je reviens à un épisode toutes les deux semaines. Voilà. De publiquement, reconnaitre que tu as fait une erreur. Bah voilà c’est tout, c’est comme ça. Et c’est pas grave en fait. En fait c’est pas grave. En fait les gens s’en fichent. Mais toi tu t’en fiches pas! (rire)

C: Tu disais, c’est ça qui est intéressant, tu disais au final parce que même d’un point de vue extérieur je peux le dire, vu que justement on se connait pas et que j’ai vraiment un point de vue très très très extérieur, je dirais, il y a tous les feux verts. Dans le sens où bah il y a peut-être (je sais pas je les ai pas vu) les chutes parce que j’étais pas là, ou parce que forcément les chutes on les voit pas, on voit toujours le côté, shiny que ce soit un podcast ou autre chose parce que même quand tu dis parfois j’ai fait une gaffe, j’ai fait un truc, il y en a plein qui l’a voit pas, il n’y a que toi qui l’a voit.

Quand je vois tous les feux verts comme ça je me dis mais comment la voix intérieure, peut être aussi difficile et aussi dure quand tu as autant de remerciements, sur Patreon, si ça marche c’est que c’est tout le contraire, les échecs ont permis quelque chose de tellement plus fort et de tellement meilleur que ce que tu aurais pu t’imaginer. Ce qui est très drôle il y a ce côté un peu paradoxale où tu dis j’y vais à fond, j’y vais à fond mais pas d’échec. En même temps, je suis sûre que comme tout le monde tu es passé par plein… 

J: Oui 

C: Mais tu continues quand même à avoir cette exigence, elle n’a pas changé avec le temps? 

J: Si bah depuis une semaine. (rire). 

C: Ok. Tu lâches quoi…

J: Oui, je suis pas quelqu’un qui a une grande capacité à, en fait c’est paradoxale mais je sais là où je veux aller. Je pense que j’ai une bonne connaissance de moi, du moins relativement bonne parce qu’en réalité au plus tu apprends, au plus tu te rends compte que tu ne sais pas en fait. 

C: C’est ça qui est fou et génial à la fois ! (rire)

J: Oui tout est paradoxale hein… Et, j’ai perdu le fil…

C: Tu disais que ça fait une semaine que tu t’en es rendu compte, que tu t’es donné de nouvelles… 

J: mais paradoxalement j’ai du mal à m’écouter en fait. C’est quelque chose de nouveau pour moi, d’apprendre à m’écouter. Et c’est pour ça, que j’ai mis beaucoup… Je suis très mental en fait, très mental. Et donc du coup, c’est pour ça, c’est facile enfin c’est relativement évident pour moi de voir les “patterns”, de voir, de mettre des choses en place stratégiquement ou même de pouvoir en discuter avec d’autres, d’encourager d’autres personnes et tout à décrotter les trucs, à y voir plus clair etc. Mais je pense qu’un de mes angles morts c’est justement de pas réussir à m’écouter. C’est comme si je réussissais à écouter l’intuition où voilà ce qui me correspond vraiment, là où y a la vie, là où y a une énergie qui sort. J’arrive à voir tout ça. Mais mon corps, écouter mon corps qui te dit genre “mec chill out”, tu vois.

Une des belles choses c’est que, c’est notamment en devenant papa. C’est juste, on peut fonctionner à l’aveugle, autant qu’on veut mais quand t’es en couple, quand t’es en famille, on te renvoie des choses et moi en devenant papa ça m’a demandé deux fois plus d’énergie, professionnellement j’ai deux fois moins de temps, et donc du coup tu puises encore plus dans tes ressources et ça fait seize kilos en moins et donc à un moment donné c’est juste genre depuis le moment où je l’ai identifié que je ne perds plus de kilos.

Tu vois? Et donc du coup il y a ce côté genre en fait si tu veux, si je devais vraiment aller “full on” c’est si je n’y arrive pas, je préfère disparaitre. Parce que, tout un truc de perfection dont tu parlais tu vois. Mais c’est inconscient. C’est totalement inconscient. Parce qu’en réalité non. J’ai une soif de vie. De ouf ! Mais inconsciemment tu n’y arrives pas alors tu puises, tu puises, tu puises, et puis pendant un temps les gens le voient pas et puis au bout d’un certain temps, ça devient apparemment les personnes qui me connaissent bien sont “oh” et du coup moi je suis un peu, “ouai wow, ok”. L’un n’empêche pas l’autre. Je m’explique.

Créer un cercle vertueux, tous les feux verts dont tu parlais, ça marche, la sauce prend, c’est super, tu es encouragé, mais malgré tout en fait on vit dans un cycle lent. C’est ça qui est bien. C’est ça qui est beau. J’ai une tendance à vouloir aller trop vite. Trop vite. Trop bien. À fond. Tu vois donc il y a des dissonances qui se créent. Le Covid, le confinement et les vacances, la période de l’été, sont un moment plus qu’opportun pour genre: il serait peut-être temps de lever le pied. C’est ça qui est fou, c’est que tu te rend compte en fait que quand tu lâches prise. Phrase bidon hein, c’est comme toutes ces vérités qu’on dit, qui paraissent bidons mais qui sont vraies, en fait. 

C: Mais c’est parce que tu l’as vécu, c’est pour ça…

# Le lâcher prise

J: Oui, en fait quand tu lâches prise soudainement tout devient plus simple, les choses se mettent en place, d’elles mêmes, au temps voulu. Le “heroes journey”, je suis pas un spécialiste du tout, mais il y a ce fameux truc du “you didn’t get what you wanted but you got what you needed”. Et en fait, j’ai vécu ça souvent, et j’ai souvent été frustré. J’en parlais avec mes amis illustrateurs et je dis “je comprends pas, regardez, tout est aligné, genre, regardez” !

Tu me parles de feux verts, d’autres personnes me disaient c’est vrai quant on regarde l’extérieur, toutes les étoiles sont alignées. On comprend pas pourquoi ça prend pas. Pourquoi ça prend pas à la hauteur espérée du moins à la hauteur de l’investissement mis, seulement avec un peu de patience (je suis quelqu’un d’impatient), en fait j’ai toujours vu, c’est cyclique ça fonctionne toujours à un moment donné, de la manière qu’il faut. Et quant on force les choses, ça ne marche pas. On fait des dysfonctionnements. 

C: Oui, pour reprendre la citation et la traduire pour ceux et celles qui ne comprennent pas l’anglais: “tu n’as pas obtenu ce que tu voulais mais tu reçois ce dont tu avais besoin”. C’est ça? Et dans la continuité de ce que tu disais, il y a encore un paradoxe, décidément c’est l’épisode des paradoxes ! Qui est que: c’est seulement quand tu lâches que ça devient fluide et facile et ça va un peu contre beaucoup de croyances communes qui sont “je peux tout faire”, “ça va percer”, “c’est la sécurité” mais en fait aujourd’hui, il n’y a plus tout ça, tu auras beau avoir les diplômes, la sécurité, les papiers, tout ça, rien du tout n’est fixe.

J: Non rien

C: Mais ça tu t’en rends compte à quel prix en fait? C’est ça la question. 

J: Au plus vite tu lâches, ces certitudes très encrées peut-être dû à l’éducation, peut-être dû au système, à la culture… Mais j’aime bien cette image d’un chat qui est super fan d’un petit poussin, il le tient dans ses pattes comme ça et en fait c’est super précieux pour lui. (C’est mon erreur). Et il le sert tellement ce petit poussin, tellement il l’aime. Et puis à un certain moment il ouvre les pattes, et le petit poussin il est mort, parce qu’il l’a serré trop fort. C’est pareil pour tout dans la vie en fait. Que ce soit notre boulot, notre système de croyance, que ce soit nos inspirations, en fait garder une certaine flexibilité, avec une certaine légèreté ça rend les choses beaucoup plus simples et beaucoup plus vertueuses.

C: Je trouve ça intéressant parce que pour avoir écouté depuis 2019, la création du podcast Sens Créatif. En fait, on ne sent pas cette énergie de contrôle et de toujours plus. Moi je ressentais cette énergie joviale, de liberté, tu vois. 

J: Le podcast c’est la liberté. C’est la liberté. Dans le sens où c’est l’un des mediums, à l’heure actuelle, où tout est permis. Et si tu veux, j’ai l’impression, c’est un peu pompeux j’en sais rien mais j’ai l’impression que pour moi Sens Créatif ou le medium du podcast c’est l’outil dans lequel je peux mettre tout le meilleur de moi-même, dans un contenant compréhensible par beaucoup. J’ai jamais vécu ça auparavant en fait. C’est pour ça que je le sers tellement fort et que je dois apprendre aussi. Au plus ça avance, au mieux ça va. De me dire mais “garde cette fraicheur du début”. Garde cet enthousiasme, cette innocence, même si ça se professionnalise, même si j’ai des projets économiques ou quoi que ce soit. C’est genre, il faut garder une certaine…Non “il faut” je bannis ce terme de mon vocabulaire depuis des mois c’est pas facile tu vois il revient toujours… (rire). Ce serait bien. De garder les choses avec une certaine légèreté. Tu sais sur Sens Créatif, je parle des motivations et des stratégies. J’encourage les gens à être intentionnels, à mettre les choses en place. Mais en réalité c’est être intentionnel et en même temps laisser faire.

C’est pour ça que l’épisode #12 sur les patates (trouver son rythme), il a beaucoup marqué les gens parce que tu ne peux pas forcer une patate à pousser plus vite qu’elle ne le veut. En fait tu dois, planter, cultiver, puis récolter. Tu peux pas aller plus vite que la musique! Tout ça c’est une grande leçon de vie pour moi, je ne peux pas aller plus vite que le podcast. Je ne peux pas aller plus vite que… Tu peux mettre toute ton énergie pour que les gens voient ton projets, quel qu’il soit, mais en fait ça prend du temps pour qu’un message passe. Si t’es pas, prenons spécialiste du marketing, un truc comme ça. Ce sont des machines de guerre, mais moi je me considère pas comme une machine de guerre. Je pense que j’ai une certaine connaissance de ces outils et je suis content de ce que ça a produit avec ce que ça a fait, c’est ma mesure. Mais quand soudainement tu te dis “ah je vais aller plus loin”, tu te butes à tes limites et tes manquements alors que au lieu de me prendre la tête je devrai utiliser cette énergie pour aller poser des questions à d’autres personnes sur le podcast. Tu vois continuer d’apprendre.

C: Surtout qu’au final c’est sans fin. 

J: C’est sans fin. C’est un apprentissage sans fin.

C: Et est-ce que en arrivant à ce fameux objectif aussi, parfois je me pose la question donc tu donnes cet objectif là pour le podcast mais est-ce que tu vas trouver autant de joie, autant de plaisir à le faire, que tu n’avais au début tu vois? Est-ce que justement tu me dis ça fait une semaine que tu t’en es rendu compte, déjà qu’est-ce qu’il s’est passé pour que tu t’en rend compte, c’est quoi la prise de conscience qui a eu lieu?

J: Prises de tête. Oui tu te rends compte que tu te rends malade pour des choses qui ne sont pas “normales”. C’est juste, je me suis rendu compte que je suis faillible. Je savais que j’étais faillible mais de l’accepter et c’est là qu’est toute la différence. D’accepter que je suis faillible, que je peux me tromper and “that’s okay” (c’est ok), en fait ça m’a fait hyper mal en moi, je me sentais exposé. Tu vois? Ça fait du bien. Sur le coup ça fait pas du bien parce que quelque part j’ai toujours tiré ma valeur des choses. Ce que je fais de bien où je suis les règles, où ça fonctionne, où je mets toute mon énergie pour que ça fonctionne et puis ça fonctionne. Je l’ai bien mérité. Là, quelque part, que je mets tellement d’énergie et ça ne va pas à la vitesse que je veux. Ça t’en met un coup à l’égo. Et donc du coup tu te dis est-ce que j’en redonne encore? Mais, mon corps me dit: attention. J’ai une femme, j’ai un petit garçon, j’ai une vie, ça serait bête de… tu vois de… J’ai eu une discussion intéressante avec quelqu’un dernièrement qui me parlait d’équilibre entre métier passion et métier aliénation. C’est quelque chose dans lequel je peux, j’aurai pu tomber ou que je suis tombé, je sais pas. C’est une idée un peu romantique tu sais. Il disait qu’il y a quelque chose d’un peu romantique, notamment en France, par rapport à ça, le métier passion. Trouve un métier que tu aimes et tu ne travailleras plus jamais.

Ce genre de chose. Alors qu’en réalité on sait qu’il y a des difficultés quelque soit le chemin et simplement d’accepter que tu fais un métier que tu aimes ou simplement un métier auquel tu es bon, bah c’est cool. Parce qu’il me disait “attends, tu es illustrateur, t’es bon à ça. Ça a l’air de fonctionner. Tu as des chouettes projets. T’as une certaine réussite, à ta mesure. Et t’es payé pour. Et tu me dis que tu fais ça à plein temps c’est génial et puis t’as un projet passion à côté où tu te rends compte que tu te révèle encore plus. T’as un podcast mais tout le monde rêverai de ça…” Donc il était un peu genre “de quoi tu te plains?”. Et j’étais genre “oui c’est vrai en fait”. Alors qu’en réalité je voulais peut-être trop rapidement bouger le curseur de l’illustration vers le podcast. C’est là où est la vulnérabilité, c’est la tension entre les deux, ce temps où tout est suspendu, où tu ne contrôles pas, où ça prend du temps, où ce n’est pas en ton contrôle…

C: … à cent pour cent. Et aussi parce qu’aussi… Je pense que c’est une question aussi comme tu dis, tu veux vivre pleinement et peut-être que tu penses que justement  ce chapitre en tant qu’illustrateur c’est validé et après tu te dis j’ai trop envie de faire ça alors que pourtant tu es déjà passé par la case du début en tant qu’illustrateur donc tu sais ce que c’est, tu sais le travail que ça prend, tu sais les années que ça demande, et tu te rends encore… alors c’est ça qui est drôle tu as une expérience malgré tout c’est pas comme si tu avais dix huit ou vingt ans et que tu avais envie de devenir ça et tu te fous la pression… Tu as un recul en fait. C’est ça qui est intéressant.

J: Oui mais voilà, tu me dis t’as pas dix huit, vingt mais peut-être que j’avais un fonctionnement différent. Tu vois dans le sens où j’ai accumulé une certaine connaissance, une certaine compréhension des choses, en discutant avec d’autres personnes évidemment. Et puis voilà, tu te prends des coups, tu apprends et puis… Mais je pense que voilà j’ai trente et un ans, à trente et un ans se dire “tu peux te tromper”. j’ai l’impression que c’est tard et en même temps peut-être que c’est pas si tard que ça. J’en sais rien tu vois. Je sais pas. (rire).

C: Tu parlais du cadre. Pour préparer cette interview ou toi pour préparer les interviews dans le cadre de ton podcast tu vas faire énormément de préparations, c’est ce que tu disais. Tu souhaitais aller plus dans le lâcher prise par rapport à ça et moins dans le contrôle. Donc tu me disais justement en off que tu es en train de le faire ?

J: Oui en fait au plus le temps passe, au moins je prépare mes interviews. C’est une des bonnes choses que m’a appris ce moment de crise aussi où quelque part je fonctionnais comme une machine au niveau de, sortir un épisode toutes les semaines. Je l’ai fait volontairement pour me forcer à moins préparer.

Sur ce côté là, je suis très très content. Le processus interne prend parfois plus de temps que ce qu’on voudrait. Mais oui, en fait au debut de Sens Créatif, mes interviews, j’écrivais 20 questions. Je les écrivais au mot prêt. Pendant l’interview, je lisais pas au mot prêt, c’était toujours très spontané. En réalité c’était juste pour mon mental, pour me rassurer. J’ai quasi jamais regardé mes notes, jamais jamais jamais. En fait, j’en avais besoin en amont. J’ai fait du théâtre aussi de mes six – vingt et un ans et donc du coup il y a ce côté je connais un peu la trame dans ma tête. Je prépare. Donc j’arrivais à voir dans mon esprit le découpage, là où je voulais aller. Mais en même temps je suivais les gens où qu’ils aillent et puis après ça me permettait de rebondir. Au final c’est pas une mauvaise chose. Juste que c’est tellement plus agréable quand c’est… Je m’en suis rendu compte dans mon interview avec Emilie Gleason qui est une des interviews qui a le mieux fonctionné. Au bout d’une demi heure d’interview, tout ce dont j’avais envie de parler était passé à la trape. On avait tout abordé et il me restait grosso modo une demi heure du coup c’était un peu freestyle tu vois. C’est ce qui a beaucoup plu aux gens et il y a une énergie très spontanée mais c’est pas évident de lâcher. Donc au fur et à mesure, ces derniers mois, je continue de me documenter. C’est important de se documenter, comme tu as fait, quand tu veux interviewer quelqu’un. 

C: C’est pour éviter surtout les répétitions. Parce que moi ce qui me dérange beaucoup dans les interviews quand je suis quelqu’un en particulier c’est quand le journaliste répète une question qui lui avait déjà été posé ou une question où tu te dis mais… 

J: T’as pas écouté…

C: Il n’y a pas l’écoute, c’est exactement ça. Et d’ailleurs je n’aime pas le mot “interview”, j’aime bien “conversation” ou “échange”…

J: Entretien… 🙂

C: Oui, ça va dans les deux sens en fait. Parce que ne pas écouter la personne à qui on pose des questions ça se ressent en tant qu’auditeur.

J: Oui et justement, tu vois le podcast vu que je suis quelqu’un de bavard, qui aime bien transmettre je l’ai et c’est aussi pour ça. Pour compléter ta question de toute à l’heure, c’est pour ça que j’étais hésitant à faire les monologues parce que le podcast c’est pour me forcer à écouter. Pour me taire, et écouter. Seulement au fur et à mesure du temps, fréquemment des personnes me disaient “mais ce serait sympa de t’entendre plus“ ou genre “que tu interagisses dans la discussion”, “c’est pas un portrait que tu fais c’est une conversation” comme tu disais. Alors évidemment il y a toujours des gens qui disent “on préfère entendre l’inviter” et d’autres gens “c’est trop conversationnel”… mais au final tu suis ton intuition, tu vois. On revient à la vulnérabilité, il n’y a pas une interview où je quitte pas en me disant “j’aurai pas dû faire ça, j’aurai dû dire ça, j’aurai pas dû dire ça comme ça”, mais je le laisse parce que c’est plus fort comme ça.

C: Tu disais toute à l’heure que c’était 98% de la réalité? Il y a très peu de retouches. Et c’est l’authenticité de la conversation qui en fait sa…

J: Ce qui fait le charme du podcasting en général. Sinon tu écoutes la radio. Mais le podcast a ce côté…

C: C’est intime, tu as l’impression vraiment de…

J: Oui, regarde là on est dans mon salon. Les gens ils auront l’impression d’être dans mon salon. Tu vois? 🙂

# Conseil à ton jeune Toi

C: (murmure) Il y a des jouets pour enfant. C’est trop chouette ! C’est coloré (rire). Je voulais savoir, quelque chose qui m’avait frappé dans tes anecdotes c’était celle de quand tu avais 16 ans. Déjà très jeune tu voulais dessiner, ça c’était une certitude. Et puis à 16 ans, aussi pour raconter la petite anecdote, à chaque fois que tu avais des invités à la maison tu montrais ton classeur de dessins.

J: C’est affolant de savoir que tu as été cherché à ce point là!

C: Je trouve ça génial. Comme je disais je ne veux pas de répétition donc je vais encore plus loin 🙂 Qu’est-ce que tu dirais si tu pouvais parler à ton jeune toi de seize ans? Après que ce monsieur, un ami de ta famille, arrive et te dit…

J: “Ah ok bah tu sais pour devenir dessinateur de BD il faut être très très bon. Très très très bon. Et il y a un dessinateur sur cent qui perce tous les ans”. C’est ce qu’il m’avait dit ou du moins c’est le souvenir que j’en ai. En vrai il avait raison. Il a raison. Après bien dessiner, on va dire, ça veut tout dire et rien dire en fait. Mais dans ma compréhension de l’époque il y avait quelque chose de très technique, derrière “bien dessiner”. Aujourd’hui en fait bien dessiner, tu peux faire des gribouillis et être très fort en fait. Ça peut ne pas être très fort mais c’est très fort autrement à travers le contenu, à travers ce que tu partages. Hum, qu’est-ce que je dirai à mon moi quand j’avais seize ans? Ou qu’est-ce que je dirai tout court à mon moi enfant? C’est “sois pas aussi dur avec toi même” en fait, et “apprends à t’écouter” parce qu’en réalité, dans ma vie, pourquoi je suis tellement attaché que ce soit à mon travail d’illustrateur ou le podcasting, c’est parce que c’est vraiment un espace de liberté. Il y a tous les inconvénients qui viennent avec le fait d’être indépendant et de faire que ce soit l’illustration ou le podcasting, ce sont des économies très fragiles. C’est parce que c’est très fragile que c’est libre. C’est pas compliqué. 

C: Sinon ça serait plus du tout pareil ! (rire)

J: Voilà. mais je crois que en ayant voulu être un bon garçon j’ai suivi beaucoup de règles qui m’ont été imposées par les autres et en l’occurence, dans l’anecdote que tu soulèves, cet ami de la famille je l’ai écouté parce qu’en fait, je sais pas je pars du principe qu’il était plus vieux que moi, et qu’il savait. C’était quelqu’un qui voulait faire de la politique, c’était quelqu’un qui du coup avait une certaine crédibilité à mes yeux aujourd’hui et c’est ce que j’essaye de partager sur le podcast. J’encourage les gens à… le podcast ça fait partie d’un éveil chez moi aussi de écoutez vous, écoutez l’intuition, écoutez là où va la vie. On parlait en off toute à l’heure de “oui alors en podcast, apparemment les formats courts sont les meilleurs” mais si toi personnellement tu aimes une vraie conversation qui va “dans les profondeurs de l’âme”, bah “fais ça”. Au lieu d’écouter le “oui alors…”. Les règles, les tendances du moment, c’est ça donc faut faire ça: “non!”. Et apprendre à s’écouter et en s’écoutant aussi se rendre compte de son ignorance. Et que c’est pas grave.

La vie est un long apprentissage et que tu peux ne pas avoir, et tu peux en t’écoutant te rendre compte que tu sais pas. En fait c’est une honnêteté totale en fait de se rendre compte que au lieu de prétendre, de bonder le torse, de envie de tout prouver, casser la maison, prouver à quel point tu es génial. Ce que je comprends aussi quand notamment quand tu sors de l’école et que tu as fait des études peut-être tu as coûté à tes parents et donc du coup de rassurer, de dire regardez je prends mon envole ce que je comprends et je suis passé par là aussi surtout quand tu veux faire de l’illustration ou des métiers artistiques il y a toujours c’est un peu cliché c’est une vieille histoire mais c’est pas rassurant. Du coup, je pense que pendant les dix premières années de boulot, je me suis efforcé à essayer de consolider le truc mais en chemin je me suis rendu compte que ça fonctionnait pas. Que en fait la vulnérabilité devait faire partie du voyage. Et aujourd’hui j’en arrive presque plus au bout de dix ans à, on parlait de death and rebirth (mourrir et renaître).

Voilà, retour, je suis pas retour tout en haut, statu quo dans le “heroes journey” parce que en fait non j’ai fait du chemin, j’ai pas encore fait une boucle. Mais sur le chemin pour ceux qui ne connaissent pas tu as l’appel de l’aventure, tu rencontres un mentor, tu fais tes premiers combats, tu gagnes des petites choses, de l’expérience, des connaissances et puis en fait au bout d’un certain temps, moi c’est ce que j’appelle “death and rebirth”, moi j’appelle ça “le système interne qui craque” ou “l’égo”. Tu construis en fait un certain personnage, l’ego. Et puis au bout d’un certain temps tu changes parce que tu t’es laissé transformé par le chemin. Au bout d’un certain temps, l’ego, le personnage que tu t’es construit peut être depuis toujours en fait à un moment donné il y a une dissonance. C’est ce que j’ai vécu ou ce que je suis toujours en train de vivre. Du coup c’est genre : ok alors comment assumer ces nouvelles informations ? Avec mon ancien moi, avec l’ego avec des choses que j’ai construit. Tu sais même professionnellement ou je sais depuis que je fais Sens Créatif je communique moins sur l’illustration. Même si je parle d’illustration et je fais des illustrations pour chaque épisode, mais hier, sur Facebook, je cherchais des trucs, et quand je remontais en 2018, “j’étais un ouf!”. Alors il y avait tellement, je partageais tellement de trucs, tu vois, que maintenant je suis beaucoup plus genre podcast, illustration, famille… 

C: Plus séparé?

J: Oui voilà.

C: Mais il y en a qui appelle ça aussi The Dark Night of the Soul, que tu es en train d’évoquer. 

J: Oui, je connais pas très bien. 

C: C’est ce que tu disais en fait. C’est l’ego. L’ego c’est la personnalité, c’est l’identité. À ne pas confondre avec égocentrisme. Tout le monde confond. C’est l’ego décrit par Eckhart Tolle qui a écrit Le Pouvoir du Moment Présent, qui est un livre très connu. Et donc c’est une identité que tu te crées et donc forcément si tu évolues, mais tout le monde n’évolue pas pareil, chacun son rythme, chacun sa personnalité, chacun son histoire… 

J: Chacun son chemin. (rire)

C: Oui voilà, le fameux refrain. Si jamais tu changes, notamment, pour ceux qui ont vécu avec le confinement, c’est important de le lire, il y en qui ont vécu perte d’emploi, rupture, des changements ultra important dans leur vie, en fait on est obligé de dire au revoir à notre “moi” du passé. Et il y avait quelqu’un qui m’avait dit un jour, dans une rupture, ce n’est pas le fait de perdre l’autre qui nous fait du mal, c’est ce que nous on était avec l’autre qui disparait en fait…

J: Absolument. Totalement. Très juste.

C: Et donc en fait on vit un deuil. On a pas perdu quelqu’un de physiquement de la famille ou un proche. Mais on se perd soit en fait. Et on est obligé de se retrouver un nouveau “moi” qu’on ne connait pas. Donc on reprend, parce que tu l’utilises beaucoup l’image de la carte. C’est éclairé seulement à certains endroits. Comme dans Zelda où tu avais déjà plusieurs parties de la carte mais tu es sur un nouveau bout de la carte. Et là tu te dis “oh non, pas encore…”. Et ça veut dire aussi que tu sors de ta zone de confort, donc au final d’un point de vue extérieur, comme on pourrait le dire en coaching: t’es en vie, t’avance, tu évolues, tu changes… C’est génial. Est-ce que c’est confortable? Est-ce que c’est agréable? Non…

J: C’est comme lorsque tu passes de la cours du primaire au collège. T’es le king de la cours parce que tu faisais partie des grands. Puis septembre arrive, et puis t’es le petit nouveau. Mais ça va aller. Mais t’es le petit nouveau… (rire).  

C: Mais c’est grâce à ces cycles d’ailleurs, je pense. J’ose espérer que l’Humain apprend à lâcher prise. Parce que si c’était le contraire on serait toujours dans le contrôle… et en fait à un moment donné t’es obligé de lâcher.

J: Au fur et à mesure du temps, tu sais moi la créativité c’est vraiment un sujet qui m’intéresse, moi je suis presque plus intéressé par la créativité et ce que ça génère chez nous plutôt que comme médium. Pour moi la définition de la créativité c’est la capacité de se ré inventer. Et c’est pour ça que ça va bien au delà des métiers créatifs ça va bien au delà de l’art avec un grand A. C’est: “mon fils crise”, je manque de ressources, je perds patience, et c’est choisir de être créatif et de faire diversion en faisant le clown ou en faisant quelque chose où il y a de la vie, plutôt que de forcer les choses. On revient toujours à cette histoire de forcer et tout. Que la créativité en fait.

En fait la créativité c’est vulnérable. Cet l’instant où on prend une décision autre pas instinctive mais intentionnelle, créative, nouvelle, ça n’existait pas, ça pourra fonctionner, ça pourra ne pas fonctionner. Si ça fonctionne pas c’est pas grave même si tu dis, zut j’ai pris un risque. Et t’es déjà soulé et ça marche pas. Pour moi c’est ça la créativité c’est réussir à se réinventer et donc ça veut dire passer par ce cycle qui, voilà, j’utilise parfois ces termes de mourir, renaître, mais c’est juste c’est vrai c’est pas qu’une fois c’est tous les jours en fait et c’est dur et par moment t’as juste pas envie. C’est normal. Mais il faut pas résister trop longtemps ce processus. C’est comme si je m’entêtais à porter des vêtements de quand j’avais quinze ans. Bah non, t’as changé. Mec porte des vêtements de quand t’avais trente ans. au moins fias que tes t-shirts soient plus larges parce que tu n’as pas le même corps que quand tu en avais quinze. Tu vois, c’est des trucs comme ça. Arrêtez de toujours se garder comme ça sur ces idées fixes tu vois. La vie c’est fluide. Un changement constant. Le monde entier, la nature, les animaux, tout change. Pourquoi est-ce que nous on devrait non seulement pas changer, et en fait les saisons on a l’impression nous les êtres humains qu’on doit toujours être en été alors qu’en fait quand tu es en hiver c’est pas grave ça fait partie du truc. C’est pas agréable je conçois. C’est facile pour personne. Mais c’est important de se dire que en fait c’est pas pour toujours. 

C: Ça fait partie du trip. Il faut passer par là pour arriver après. Et ça fait l’équilibre. De tout d’ailleurs. Je voulais parler par rapport à la créativité: comment tu arrives? Ce qui est très intéressant, tu parles de ce cadre dont tu as besoin. Plutôt rigoureux, stratégique, etc. Et quand on parle de créativité, on parle pas de cadre. Comment tu arrives à faire en sorte que la créativité se passe, se produise dans ta vie tout en mettant le cadre? 

J: On parlait de paradoxe toute à l’heure. Je pense que c’est les deux. Genre à la différence prêt que par exemple mon sujet, notamment sur le podcast c’est pas c’est les métiers créatifs. Donc il y a l’angle du métier. Si t’as envie de faire de la peinture juste pour le kiffe ou d’écrire un journal pour toi, le but c’est pas que ce soit partagé c’est super y a pas de problème, mais si comme moi il y a ce désir d’en faire un métier ou de gagner ta vie en faisant quelque chose en alignement avec qui tu es et qui te parle, bah du coup, c’est important je crois. (rire) 

C: Il faut, c’est important 🙂

J: Oui (rire). Mais bon, chassez le naturel il revient au galop! Bah, pour moi il s’agit de voilà, je pense que j’ai une bonne métaphore: définir le cadre pour que quand c’est “show time”, “improvisation”. Prenons, on va pas voir un concert pour que le gars il regarde ses accords. Tu lui fais confiance, tu l’as payé en fait. Tu l’as payé, pour que, des semaines ou des mois ou simplement c’est le fruit d’années d’expériences, il a travaillé, il connait son solfège, il connait son instrument et que quand tu viens tu le payes, en fait, il est généreux de sa personne. Il donne. Il ou elle donne. Et, et c’est cette expérience de créativité pure, d’énergie, qu’elle soit scriptée parce que on va certainement sauter certains morceaux ou que ce soit du jazz improvisé, ou du slam où on sait pas où on va aller. Quel que soit le contrat social que tu fais avec l’artiste, que tu vas voir, tu t’attends à une générosité. Et pour moi c’est ça en fait.

C’est genre tu fais tes entraînements que ce soit dans le perso, les gens qui écoutent le podcast savent que je suis très sur les projets perso, projet perso c’est purement un entrainement pour que le jour où le téléphone sonne et qu’on te propose la même chose mais payée, tu sais le faire sans réfléchir. Et donc, il y a ce côté du coup, on te paye pour que tu joues, mais tu sais jouer parce qu’en fait tu t’es entrainé. Donc en fait il y a le mix des deux. Cette fragilité de “est-ce que je vais y arriver?”, mais en même temps je me suis entraîné, je connais. Du coup il y a rien de nouveau. Il y a rien de nouveau mais en même temps c’est continuer à se laisser surprendre. Que ce soit pour un client, ou pour un projet perso. Beaucoup plus souvent qu’un client te demande, je veux la même chose mais pour moi. Tu peux être aventureux mais la plupart du temps le travail payé, les clients sont plus “safe”, genre on veut ça. D’où l’importance d’avoir des portfolios cohérents. Et de s’amuser à côté. Voilà.

C: Ça va avec cette notion d’équilibre du par rapport à la légitimité, et les gens qui vont s’entrainer pour quelque chose, et qui vont pas se sentir de passer à l’action. C’est en fait un déséquilibre. Parce que tu disais pour un musicien, son rôle c’est d’avoir travaillé les accords etc pour qu’en fait le jour où il est sur scène c’est que du bonheur. Lui même il adore, c’est un automatisme. Il n’est pas en train de se dire je suis en train de faire telle note, c’est naturel. C’est ce naturel que tu créés de par tes habitudes, de par le cadre que tu as mis en place, de par tout ça. Qui fait qu’après une fois que tu es sur scène, une fois que tu es devant tout le monde, tout est fluide enfant.

J: Si t’es pas intentionnel avec ton instrument, tu, bah ça va se perdre. C’est comme euh bah il faut s’entrainer, quelqu’un qui fait une course, il a besoin de s’entrainer. Et… Oui il faut être, (rire) non c’est bien d’être discipliné. En fait quand tu te rends compte que quelque chose te tient à coeur, ou que quelque chose est bon, tu vois, je sais pas tu as une aisance pour la cuisine. Bah tu te rends compte que tu as vraiment un truc avec la cuisine. Ça serait dommage de pas te former, de pas apprendre et de pas affiner ton goût et juste parce que “bah non genre c’est de la créativité pur donc il ne faut pas donner un cadre”. Si en fait, le cadre vient renforcer en fait cette possibilité de développer quelque chose de beau, quelque chose de créatif. Et qui au fur et à mesure du temps devient naturel et quand ça devient une seconde nature, la créativité t’y réfléchit même plus et c’est là en fait où il y a une générosité, quelque chose de fort qui se créé quand ça devient totalement naturel en fait. 

C: En fait c’est, c’est vrai aussi au final que tu peux être en mode, que créatif, mais il se passe rien. C’est pour ça que c’est ça qui est intéressant dans ce que tu dis. C’est une prise de conscience que j’ai là maintenant, c’est que un artiste, il y a des artistes dans leur atelier et puis ils sortent pas, ils partagent pas et il se passe rien. Ils se lèvent à l’heure qui veulent et ça leur convient. Mais au final si tu veux exporter, si tu veux partager…

J: Oui, il faut donner. Et le nombre de, je discute parfois avec des auditeurs ou des personnes qui me disent “je n’ose pas montrer”, mais tu vois on en revient à ce petit garçon que j’étais, qui montrait son classeur, à toutes les personnes qui venaient. Mais en fait, montrez. Parce que c’est uniquement en montrant que vous pourrez prendre la température, que vous verrez ce qui fonctionne, qui fonctionne moi bien, ce qu’il y a à améliorer, pour faire en sorte, que votre repas, que votre art quoi que ce soit, devienne meilleur en fait. Et meilleur pour vous et pour les autres en fait. Parce qu’en réalité je crois profondément que si vous gardez les choses pour vous, vous privez votre entourage de votre plus grande contribution.

Je sais c’est des termes grandiloquents again mais pour de vrai, genre on a quelque chose à apporter aux autres. Et c’est pas le trip égocentrique. Il y a ce truc de vraiment servir, l’autre avec qui tu es de manière faillible mais du mieux que tu peux sans se mettre la pression. Alors c’est un gros équilibre pas évident à trouver et c’est tout le processus, mais il y a ces personnes comme ça qui année après année à chaque t’es genre, “Wow merci mais ça fait dix ans que tu fais ça et j’ai suivi ça a pas toujours été… et tu donnes, ça m’inspire, wow”. Bah ça c’est plus beau que un “one hit” qui apparaît puis re disparait. Tu te dis genre, “qu’est ce qui s’est passé c’est une étoile filante et puis c’est fini?”. Alors que nous on a envie d’être illuminé dans la lumière constante tu vois. Parce que voilà si on fait tous ça, wow c’est génial!

# La peur

C: Mais qu’est-ce que tu fais alors si tu as une peur qui est trop importante? Et trop parce que ça fait mal à l’égo, d’avoir des retours, des critiques pour progresser. Tu dis, quoi à ces personnes qui ont trop peur en fait…?

J: Fais un câlin à ta peur. Oui. C’est aussi simple que ça. 

C: C’est l’épisode #33 non? La peur… pour ceux qui veulent avoir justement…

J: Oui, apprivoiser la peur. En fait on se rend compte justement que la peur on l’a conçoit comme une ennemie alors qu’en réalité elle est de ton côté.

C: Elle est là pour quoi alors?

J: Elle est là pour justement mettre de la lumière, si l’intuition te dit (murmure) “c’est par là, c’est par là, va s’y”. L’intuition elle te parle comme ça (murmure). Il faut vraiment tendre l’oreille. Vraiment, vraiment. Et alors que la peur elle est criarde. Elle fait peur la peur. Mais en gros elle te dit mais si tu veux aller par là, si tu veux suivre ma soeur l’intuition, parce qu’elles sont soeurs, enfin c’est ma compréhension des choses, j’ai lu ça nul part d’ailleurs, je l’ai inventé, mais c’est ma compréhension des choses, que, qu’elles soient vraiment soeur mais la peur elle te dit en gros “si tu veux aller par là et je t’encourage à aller par là, il y a ça et ça qui va pas.” et en fait la peur elle passe son temps avec un miroir, genre “regarde !” regarde t’es chiant hein. Regarde regarde ça c’est pas beau hein?

Alors qu’en réalité c’est pas tant pas beau c’est juste genre regarde t’es à poil ! et t’es pas mieux t’es pas moins bien que quelqu’un d’autre c’est juste toi et il y a des blessures, il y a des névroses, il y a des histoires compliquées et peut être que tu n’auras pas assez d’une vie pour dénouer tout ça mais si tu aimerais aller là où l’intuition te susurre à l’oreille d’aller il y a besoin d’aller dans la caverne. Dans l’empire contre attaque, dont je parle très clairement sur le podcast, où tu dois aller t’affronter toi et arrêter de fuir et de noyer le poisson et de se distraire et tout c’est être vraiment honnête avec soi meme et dire ok je vais t écouter tu me fais peur mais tu émanes de moi et donc c’est apprendre à s’aimer, à s’accepter, à s’apprécier.

Donc, viens là (je mime là), viens dans mes bras et parle moi et je vais t’écouter en fait. Et en fait la peur il faut la rassurer et quelque part c’est genre rassurer c’est “tu vas y aller suivre l’intuition hein?” Tu me le promets? mais pour ça j’ai besoin que tu changes sinon on va y passer toi et moi, en fait parce que on va créer des dysfonctionnement si on change pas les choses on va créer des dysfonctionnements parce que comme pour prendre l’exemple des vêtements trop courts au bout d’un certain temps ton t-shirt va craquer parce que tu portes toujours des vêtements de quand tu avais quinze ans. Donc euh, t’enlève le t-shirt, t’enlève les vêtements, t’es tout nu, ok.

Bah j’ai eu peur là parce que je suis tout nu. Je mets quel vêtement maintenant? et du coup c’est genre ok. Et donc du coup, tu cherches des vêtements. et on connait tous cette expérience où tu as faire du shopping et en fait, ça mmm et il y a quelqu’un qui s’y connait soit disant plus que toi, ou qui s’y connait simplement mieux que toi et qui te donne des conseils et qui t’embête. En fait il ou elle a raison quand même ou peut-être cette personne me convenait… et quelqu’un d’autre te dit aussi. Et puis au fur et à mesure tu prends tes marques avec tes nouveaux vêtements. Au début tu as peur et puis comme un enfant qui apprend à marcher au début il se casse la gueule des dizaines de fois, mon petit garçon c’était pareil il s’énervait parce qu’il n’y arrivait pas et puis au bout d’un certain temps on parlait de choses qui deviennent naturelles et bah voilà, ça devient naturel. Le seul truc c’est que tu continues de vieillir. donc du coup, au bout d’un certain temps ces vêtements aussi vont… C’est un cycle continue. 

C: Oui en fait tu recommences. C’est jamais terminé. C’est comme on disait toute à l’heure, je ne t’ai pas posé la question du succès mais, tu disais toi même qu’on t’avait dit bah c’est génial l’illustration, le podcast, ça a un certain succès. Et malgré tout en fait ça se termine jamais, je veux dire, la part d’ombre est toujours là, la voix est toujours là, la peur est toujours là, le syndrome ré apparaît même après des années d’expérience…

J: On apprend juste à mieux danser, avec le syndrome, avec la peur, avec sa part d’ombre. À pas l’a juger. C’est pour ça que je parle de faire un câlin. C’est comme la colère. La colère c’est toujours compris comme quelque chose de négatif alors qu’en réalité la colère elle est là pour te donner des indications aussi. Moi je suis tombé dans ce travers depuis très longtemps.

De la juger, ou de juger, quand je me trompe, de me juger moi. Alors qu’en fait c’est genre mais “tu es un être humain”, “tu as la droit de te tromper”… Et le dark side autant que la partie lumineuse, font parties de toi. Et on vit dans une société qui focalise toujours sur ce truc de performance, de lumineux, alors qu’en réalité la plupart des personnes qui nous inspirent c’est parce qu’elle ont passé par la processus encore et encore. 

C: Oui c’est grâce à ça qu’elles émanent beaucoup d’énergies qui te… wow!

J: C’est pour ça que je veux désacraliser justement ce mythe. Ce mythe du “too shiny”. C’est que, en fait, par exemple pour les métiers créatifs, c’est passionnant. Tu verras. « Tu » général. C’est passionnant. Beau. Gratifiant. C’est tout ce que tu veux. Mais il y a un prix, il y a un coût. Est-ce que tu es prêt? Et j’espère de tout mon coeur, que “oui tu l’es!”. Je comprends que du coup, on soit parfois perdu ou genre un peu désemparé.

Et, c’est pour ça que Sens Créatif j’ai créé parce que moi on m’a beaucoup donné et je veux rendre ce qu’on m’a donné pour renforcer cette communauté, pour leur donner les outils qui moi m’ont servi puis après au fur et à mesure du processus je continue à m’enrichir d’autres personnes et du coup je peux continuer à donner et du coup c’est un cercle vertueux, continue.

C’est pour ça que ce soit être vulnérable, ou partager, ou tout ça c’est genre les histoires humaines sont pas évidentes. mais elles sont belles. Il y a des moyens d’y arriver. Partageons les et écoutons nous quand c’est écouter les autres ou s’écouter quand c’est pas facile. Et c’est dans les deux sens. C’était mon tord. C’est facile d’écouter quelqu’un d’autre et de se dire ah oui c’est pas facile. Vraiment d’en pâtir. Après aussi d’en pâtir avec soit. Donc voilà c’est un mouvement constant.

# Croyances aidantes

C: Mais justement qu’est-ce qui t’a, parce que tu es beaucoup dans cette énergie de partage, tu parles beaucoup d’échanges, ça fait partie limite de ton Pourquoi, tu fais tout ce que tu fais que ce soit le podcast ou en tant qu’illustrateur. Qu’est-ce qui t’a concrètement aidé à faire tout ça? Parce que j’imagine que ce soit ton couple, que ce soit tes proches, est-ce que tu as créé un système autour de toi?

Notamment parce que tu as eu deux épisodes celui en Angleterre avant de rentrer en France tu parles d’une petite dépression où en fait ce que tu faisais dans ton travail, c’est la seule fois une tu as été employé après tu ne l’as jamais été, et puis il y a un deuxième épisode, en France, où tu avais, c’était une période, c’est saisonnier, donc il y avait rien et tu disais limite j’allais travailler au Franprix d’à côté… Comment je peux m’aider moi-même? Qu’est-ce qui aide dans ces moments là? Qu’est-ce que toi t’a aidé?

J: C’est une vision du monde. Moi je crois profondément que le monde est bon. Déjà je suis bien entouré.

C: Tu as toujours été bien entouré?

J: Oui et non dans le sens où on est tous entouré de personnes relativement probablement bienveillantes mais on fait tous, on traumatise tout le monde tout le temps. Alors qu’en fait on a des bonnes intentions. Donc oui j’ai toujours été plutôt bien entouré, encouragé, on m’a pas trop appris à m’écouter. Mais j’ai une compréhension de la vie. C’est compliqué à en parler parce que c’est très intime et je vois où tu veux en venir, (rire) je fais des interviews aussi…Puis après je pose aussi ce type de question sur mon podcast donc du coup. Je veux faire attention à pas utiliser le jargon en fait. 

C: D’accord…

J: Et… je crois que tout est… On parlait de mort et de résurrection, je vis dans cette histoires là. Dans cette vision du monde là. Une vision où la mort et la vie font partie du cycle naturel voulu par la création. Quelque soit ce qu’on met derrière, l’Univers, Dieu, toutes ces choses. Il s’avère que moi j’ai eu une éducation très religieuse. Donc ce language fait partie du miens. Language qui comme toute chose dont on vient de discuter a changé, évolué.

Certains languages que je n’utilisent plus, certains, d’autres languages que j’ai adopté, qui ne font pas partie de mon language de base. Mais, je vis dans une Histoire où et peut-être que je me goure hein, c’est dans mon ADN, c’est comme ça que ça a tellement fait partie de mon histoire. Où quelque part j’ai été, chacun de nous a été créé avec intention. Avec tous les dysfonctionnements que ça peut amener, si tu n’as pas été voulu. C’est très très complexe. Il faudrait un deuxième podcast là. Pourquoi je n’en parle pas souvent, comme tu disais toute à l’heure c’est parce que un, c’est très personnel.

Volontairement sur le podcast j’utilise un langage non jargon pour que, mon but c’est de construire des ponts en fait. Mon but c’est pas d’imposer mon point de vue tu vois. Mais au niveau de ma sauce personnelle, je vis dans un monde où tout est, je vais utiliser un jargon, c’est une histoire “rédemptive” (rachat). tout est “rédemptable” (je ne sais pas si ça se dit), ça veut dire que même les bourdes, les difficultés, les nécessités de mourrir à soi, toutes ces choses, en fait permettent de renaitre et que toute chose.

Je crois profondément que le monde dans lequel on a été créé est bon. Il y a plein de dysfonctionnements, évidemment. Moi je crois que le dysfonctionnement c’est quant on s’écoute pas, quant on écoute pas l’intuition. C’est là où on fait plein de merdes en fait. Là où prenons, la religion par exemple, va utiliser le terme pêcher ou quelque chose comme ça. C’est pas tant ce truc, ce gros truc genre super lourd sur toi tu sais.

Du moins, c’est ma compréhension des choses aujourd’hui. Que c’est pour ça que je veux vraiment encourager les gens d’être vraiment en lien avec eux parce que c’est là où il y a quelque chose de bon qui se créé où tu es un avec l’univers. Et donc du coup, quand tu es un avec l’univers, et ce côté lâcher et ou tu as ta part de responsabilité, et après il y a l’univers qui fait son travail. Le temps. Tout ce qui nous entoure.

La force dans Star Wars tu vois. Et, donc là aussi c’est un partage en fait. Tout ne repose pas sur tes épaules. Seulement, nous en tant qu’être humain on a tout envie de gérer alors qu’en fait c’est pas possible. Pour moi c’est aussi ça. Tu me demandais qu’est-ce qui t’a construit, un peu mon mindset, c’est que quelque part c’est une collaboration entre moi le temps, et l’univers et ce qui est marrant aussi c’est que quand tu fais ça en fait ça fonctionne mais ça ne te protègera pas de toutes les difficultés au contraire ça les mettra en exergue parce que tu es honnête avec toi même. Parce que tu es honnête avec les gens autour de toi. Tu es honnête.

Tu peux passer ta vie entière à fonctionner à l’aveugle. Et moi je veux pas ça. C’est pas un prix que je suis prêt à payer en fait. Moi je préfère par moment de manière cyclique de me prendre les pieds dans le tapis, et à chaque fois. “Je suis encore tombé là !” “Comment j’ai pas compris?!”. Mais tu te reprends les pieds dans le tapis et écouter. Et te rendre compte qu’en fait il n’y a pas de fatalité. Moi je suis pas quelqu’un de cynique je crois que ça se ressent. Je sais qu’il y a une certaine naïveté mais qui pour moi s’apparente à une certaine innocence et qui est quelque chose de précieux et de beau tout comme la gentillesse. La vulnérabilité. En fait si tu veux, si on devait un petit peu résumer notre conversation. C’est toutes ces choses fragiles. Toutes ces choses non tangibles qui en réalité, c’est le meilleur carburant du monde. Et, c’est pour ça, d’apprendre à ouvrir tes mains et à pas garder les choses comme ça, serrer le petit poussin là. Genre tu ouvres tes mains, et tout devient plus simple, et plus flippant, et plus simple, et plus beau, et flippant… (rire).

C: Donc en fait c’est cette notion du “qu’on est pas seul”, il y a quelque qu’on ne peut pas expliquer. Tu dis ça avec des mots que je trouve très juste. Tu as vraiment pris le temps de prendre des mots comme il fallait et ne pas te précipiter sur la question en mode “alors voilà”! (rire). Je vais t’expliquer comment ça marche. Et toute à l’heure tu disais que très longtemps tu as eu du mal à exprimer, à partager, et je partageais ça beaucoup donc ça aussi ça m’a fait écho quand je t’écoutais sur ton podcast.

Et pourtant on est dans un monde qui a aucune gêne à te dire quoi penser, ce qu’il faut faire, ce qui va pas, ce qui machin, aucun gêne même sur les réseaux on se lâche comme jamais on s’est lâché. Tout le monde a un avis sur tout. Je pense que après on doit partager ça. On est plus dans le faire. Je pense qu’on veut refléter ce qu’on est à travers nos actions. Plutôt que se précipiter en disant voilà la solution. Et pourtant en faisant les podcasts on a la même attention de partager des choses, qui est très intéressant c’est un peu l’alchimiste parce que quand tu rencontres quelqu’un que tu as fait ton travail de préparation que l’échange se fait, tu as fait ta part du travail, tu lâches, la magie se passe, et j’ai envie de dire…

J: Tu captures

C: Oui, grâce au son. La magie du son. La liberté de sponsor, radio ou pas. Ça existe. C’est généralissime. Et malgré tout si tu prends la parole bah c’est pas pourtant autant que tu prends des aises. Voilà je prend un podcast donc je vais raconter ma vérité.

J: Non, c’est une responsabilité. 

C: C’est ça. C’est ça. 

J: C’est très fragile de prendre la parole. 

C: En fait c’est une chance. Est-ce que c’est parce que ne pas oser parler pendant longtemps et de se dire “j’ai la chance de pouvoir le faire aujourd’hui donc je vais l’utiliser à bond escient…”

J: C’est surtout que tu assumes. Parce que moi le fait de plus assumer la parole, le fait d’être bavard je l’ai vécu comme une honte. “Qu’est ce que t’es bavard ! Comment tu fais pour enfiler toutes ces phrases ! “ Tu vois et j’en ai parlé sur le podcast aussi je me suis rendu en apprenant à mon connaitre que j’étais condition de haut potentiel au niveau verbal donc du coup ça m’a réconcilié avec moi 

C: Ah, C’est normal

J: C’est normal en fait mon cerveau fonctionne différemment donc du coup ça m’a permis de m’assurer. Donc en fait il y a un premier pa qui est de se rendre compte, ensuite de faire la paix avec soi, ensuite de s’assumer, et ensuite de se rendre compte comme dirait le grand père de Spider Man “un grand pouvoir implique une grande responsabilité” et donc du coup c’est simplement une fois que tu te rends compte de ton don, c’est pas tout de vouloir le servir et de l’apporter aux autres. C’est comment le faire. Et c’est là où on en revient à la discipline. Au travail. Au travail léger mais travail quand même. C’est comment parfaire ça? Et… J’ai perdu mon fil !

J: Je me suis rendu que j’avais ce truc de la parole. Le podcast c’est un super medium. Vu que je suis aussi dans ce truc de vulnérabilité c’est aussi un medium qui permet le test, l’erreur. Si je me pointe à France Inter ils vont me dire “bah non, tu dois être genre… type top of the top tu vois” que quelque part moi j’embarque mon audience, quelque part mon but c’est de fédérer une communauté et de tisser des liens ensemble. Et de l’autre, en fait c’est une quête personnelle, c’est une enquête et les gens je les invite juste en public à découvrir mes découvertes. 

C: Tu as utilisé le mot enquête. Et je pense que c’est ça qui fait la différence avec, toute à l’heure j’utilisais le mot vérité parce qu’on trouve beaucoup… Toujours enquête. C’est-à-dire il n’y a pas de certitude. On est toujours en questionnement. Et peut être qu’il y a un truc derrière caché (murmure) et ça s’arrêtera pas… le questionnement ne s’arrêtera pas….

# La Quête et Le Partage

J: C’est pour ça que j’aime beaucoup le travail de Brené Brown parce que c’est une, elle est chercheuse en sociologie et moi en fait je me suis rendu compte que c’est ça en fait mon kiffe, c’est de chercher. Je suis pas un keeper je suis un seeker, je cherche ! Et en fait, je sais que cette recherche ne se finira jamais c’est un puit sans fond.

Mais c’est très bien. J’aime être comme ça: voilà c’est comme ça boom ! En fait, non ! Je me suis bien rendu compte au fur et à mesure de ma vie que les choses étaient beaucoup plus fluides. Et du coup c’est de partager cette fluidité et de chercher et de partager ensemble. En gros c’est genre et les copains et les copines, on cherche ensemble ça vous dit? Si je dois être celui qui va devant mais le but c’est que tout le monde à un moment donné aille devant. Chacun devient chercheur à sa façon. Chacun trouve un pouvoir.

C: C’est une invitation en fait?

J: C’est une invitation. Et pour moi l’incarnation, tu me parlais de ces valeurs qui m’habitent: résurrection et incarnation sont deux termes qui sont très importants pour moi. Incarner ce en quoi tu crois ça ne veut pas dire aller l’imposer aux autres. Ça veut simplement dire tu incarnes toi, et un voyage intérieur. Gandhi disait soit le changement que tu veux voir dans le monde. De nouveau une de ces phrases un peu cucul mais c’est vrai ! c’est ce que je veux vivre. Je veux incarner ce qui est important pour moi. Et, le développer et je me rends compte en fait que c’est presque en lâchant. Je veux le développer et en même temps laisser ça se fera en fait

C: Ça c’est l’énergie du moment 🙂 on lâche… 

J: Exactement

# Illustration du Syndrome

C: Il nous reste quinze minutes avant d’arriver à l’heure dite de deadline, et je voulais poser une dernière question: qui m’est venu toute à l’heure. Que tu vas devoir faire avec les mots, pas avec le crayon ! Si tu pouvais illustrer le syndrome de l’imposteur, il ressemblerait à quoi?

J: Wow. Alors tu vois je suis familier sans être familier du syndrome de l’imposteur. Parce que c’est pas un truc sur lequel je m’arrête beaucoup. Même si je l’ai plus ressenti ces derniers temps. À quoi ressemblerait le syndrome de l’imposteur?

C: Tu veux que je te le décrives un peu plus? Donc le syndrome qu’on appelle aussi le syndrome de l’autodidacte. Découvert par Pauline Rose Clance et Suzanne Imes, des américaines dans les années soixante dix. Elles l’ont appelé « phénomène ». Puis, les médias ont décidé de garder le terme de “syndrome”. Soixante pour cent des gens l’aurait vécu au moins une fois dans leur vie. C’est le fameux doute maladif qu’on a quant notamment face au succès, face à quelque chose qui nous dépasse, on rejette tout mérite, on nie la propriété de cet accomplissement qu’on a réalisé soi-même.

Il se base sur trois piliers: le premier c’est l’impression ou la peur de tromper son entourage. La deuxième c’est la mauvaise attribution. C’est de la chance. Et enfin la peur d’être démasqué, que tout le monde voit en fait. La fin du rêve et la réalisation de tous ces piliers. Après ce qu’amène beaucoup le syndrome, ce sont deux choses: Soit tu procrastines parce que « je vais rien faire comme ça il va rien se passer » donc pas de risque. Soit tu travailles à deux cent pour cent, parce que c’est tellement ouf qu’il faut que tu fasses encore plus d’effort pour que tu sois légitime

J: Oui c’est moi ça. 

C: Donc voilà, il ressemblerait à quoi? Parce qu’au final c’est la peur de pas être accepté. 

J: On en revient à ce sentiment de vouloir vivre à sa juste mesure. C’est à dire pas plus gros pas plus petit juste toi honnêtement, tout nu probablement. Donc il ressemblerait surement à une projection de moi tout nu, au milieu d’une foule, parce que tu es vu pour qui tu es, pas avec des vêtement qui envoi un message de… “t’as vu je suis illustrateur” ! 

C: D’appartenance en fait? L’image de l’appartenance…

J: En fait t’es juste toi. Et dans toute ton humanité. Donc oui ça serait probablement le dessin d’une personne toute nue au milieu d’une foule toute habillée alors qu’en réalité derrière les vêtements tout le monde partage la même, le même inconfort, le même malaise. C’est même pas un malaise c’est un vertige en fait. Parce que “malaise”, ça a déjà une connotation un peu… Alors qu’en réalité c’est juste vertigineux d’être là et aussi la personne toute nue, elle a les mains ouvertes, elle a pas les points serrés elle a les mains ouvertes. Elle se donne aux autres. Et ça fait peur de recevoir pleinement quelqu’un. Ça fait peur. Oui voilà.

C: Ça ferait penser à cette notion de vulnérabilité encore. Parce que être nu on est pas plus vulnérable que lorsqu’on est nu en fait. Pour l’homme en tout cas. C’est pour ça qu’on se met des vêtements qu’on se protège. Merci beaucoup Jeremie ! 

J: Fantastique, “and cut” (coupé) !

Illustration by Jeremie Claeys

Syndrome Imposteur avec Axel Lattuada

Syndrome Imposteur avec Axel Lattuada

Bienvenue sur Syndrome Imposteur. Podcast produit par Solybox, dont l’unique but est de t’aider à dépasser tes peurs. Aujourd’hui je t’emmène à la rencontre d’Axel Lattuada, co-créateur de ETLMSF (Et Tout Le Monde S’en Fout) mais aussi auteur, réalisateur, comédien, monteur et musicien engagé.

Voici un sommaire des sujets explorés au cours de cet épisode:

  • Sa première histoire
  • Sa première expérience du syndrome de l’imposteur
  • L’hypersensibilité
  • L’auto sabotage
  • Monter sur scène
  • La genèse de TLMSF 
  • Le syndrome de l’imposteur en tant que comédien
  • La bienveillance et la validation
  • La solitude
  • La légitimité dans son métier 
  • Les croyances limitantes
  • Comment dissocier la bonne de la mauvaise peur
  • Ses pratiques aidantes
  • Travailler sur soi, (tout) seul
  • Son message sur tous les billboards de France
  • Sa plus grande Peur
  • Son intention
  • Son film idéal en tant que réalisateur
  • Boris Vian, L’Écume des Jours

Vous remarquerez la participation de Socrate, son chat, avec quelques “miaou » pendant l’épisode 🙂. Vers le début, nous avons changé de micro donc la qualité du son s’améliore. On fait avec les moyens du bord !

Retrouvez Axel, sur Instagram: @axel_lattuada.

Suivez-moi sur les réseaux: Instagram @solybox.me et Facebook @solybox !

Découvrez le son de Kaituhi, aussi sur Instagram @kaituhimusic

Syndrome Imposteur – Conversation avec Alexandre Marotel (Twaino) Syndrome Imposteur, le Podcast

Bienvenue sur le podcast Syndrome Imposteur. Un podcast produit par Solybox, dont l’unique but est de t’aider à dépasser tes peurs! Aujourd’hui je t’emmène à la rencontre d’Alexandre Marotel, fondateur de Twaino! Une agence dédiée au référencement naturel (SEO). Voici entre autres mes moments préférés au cours de cet épisode: C’est en forgeant qu’on devient forgerons. C’est en entreprenant qu’on devient entrepreneur. Traction et traffic organique 10 000 visites en un peu moins d’un an L’apprentissage autodidacte Le résultat = légitimité Être entrepreneur: dealer avec l’incertitude Référence à Forrest Gump (1994) Référence à Nietzsche Philosophie et littérature pour peupler sa solitude « Être aimé par tout le monde c’est être aimé par n’importe qui » Être aligné avec ses clients Pour retrouver Alexandre, vous pouvez le suivre sur LinkedIn. Retrouvez-moi sur les réseaux: Instagram @solybox_ et Facebook @solybox ! -Credits- Host : Camille Havis Guest : Alexandre Marotel Son (musique) : Spit it Out de Kaituhi
  1. Syndrome Imposteur – Conversation avec Alexandre Marotel (Twaino)
  2. Syndrome Imposteur – Conversation avec Benjamin Carboni (Cleanwalker)
  3. Syndrome Imposteur – Conversation avec Sandy (image de soi et pervers narcissiques)
  4. Syndrome Imposteur – Remède: La Solitude (introspection)
  5. Syndrome Imposteur – Conversation avec Jeremie Claeys (Sens Créatif)

Transcription : Syndrome Imposteur, le Podcast avec Axel Lattuada

# “Déléguer c’est comme faire un enfant et dire à quelqu’un d’autre de s’en occuper” 

C: En titre on voit auteur, réalisateur, comédien, et monteur… mais on voit plus trop monteur parce que j’imagine que tu n’as plus trop le temps? Tu continues à monter?

A: C’est toujours moi qui monte les épisodes en tout cas. Ça reste quand même ce que je préfère faire. Oui, bah, en fait déléguer le montage c’est comme faire un enfant et dire à quelqu’un d’autre “bah tiens, va s’y élève le”.

C (murmure): Il y en a qui le font 🙂

A: Oui, je sais mais je ne comprends pas! Je ne comprends pas. Je suis incapable de déléguer le montage. En plus je suis encore plus chiant quand quelqu’un d’autre fait le montage. Ça prend encore plus de temps.

C: Dans une autre interview tu parlais du fait de déléguer, donc ça n’a pas changé?

A: Pas du tout. En tout cas pour les gros projets. Les projets principaux on va dire, non. Après pour les choses annexes je garde toujours un oeil dessus mais c’est plus moi qui fait le gros du travail. 

# Auteur, réalisateur, comédien, monteur, musicien engagé

C: Donc monteur. Puis j’ai rajouté musicien, et pour tout ça, engagé… (miaou). Tout a commencé très tôt en fait, tu me dis si je me trompe: Enfant, tu prends goût à raconter des histoires. Ton premier public c’est ta soeur, et tu réussis à dégoter le matériel nécessaire, à une époque sans smartphone… Tu utilisais quoi?

A: Nous on a commencé avec mon pote, on avait juste un micro et un ordinateur. Au début, au collège, on a même commencé avec mon pote Alex, on faisait des livres de dessins. On racontait des histoires dessinées. Après on est passé au dessus, on a eu un micro. Là on a commencé à raconter des histoires audio et après il y a une pote qui nous a prêté une caméra, cassette.

C: Tu les as encore?

A: Oui je les ai encore! Je les ai gardé, évidemment…

# Première histoire

C: Et la toute première histoire que vous avez écrite, raconté, c’était quoi?

A: Première histoire, oui, elle est pas glorieuse. Elle est pas gentille cette histoire. C’est ouf de se rappeler de ça. Je crois que la toute, tout premier truc qu’on ait fait, oui ok ça partait mal ma carrière dis donc… En fait on avait créé un personnage à partir d’une fille de notre classe quant on était au collège. On se moquait un peu d’elle dans notre coin. C’est pas très glorieux ça dis donc… C’est pas très bienveillant en tout cas. Donc oui ça c’était la première histoire. On mettra pas dans l’interview ça (rire). Oui non, j’avais jamais repensé à ça. Ça été un peu…

C: Mais elle l’avait vu? Vous avez fait ça de votre côté, comme des enfants? C’était l’âge…

A: C’était exactement ça.

C: C’était pas pour lui faire du mal…

A: Non pas du tout. Et en fait, ça a lancé ce truc. En se détachant d’elle, on a créé un personnage à partir de ce qui nous faisait rire en tout cas, à partir de là on a commencé à faire de la caricature beaucoup. À l’époque, on écoutait énormément le Festival Robles et les Deux Minutes du Peuple surtout. C’est comme ça qu’on a commencé à faire des sketchs audio aussi. À partir des Deux Minutes du Peuple et on s’était dit avec mon pote Alex, on créait des centaines de personnages, on avait leur voix dans la tête, on avait leur parcours, on avait tout ce qu’ils faisaient et c’était beaucoup de la private joke c’est-à-dire que ça pouvait faire rire que nous mais ça a nourrit vraiment ce truc de création de personnages de fiction un peu barrés qui sont aujourd’hui extrêmement présents dans les ETLMSF

C: Ça a inspiré donc il fallait passé par là, c’était pas si méchant que ça…

# Trouver l’osmose parfaite entre l’humour et le reste

C: Ton objectif je pense que c’est toujours d’actualité, c’est trouver l’osmose parfaite entre humour et poésie. Tu l’as trouvé ?

A: C’est moins vrai, c’est plus trop le cas en ce moment en tout cas. Tout simplement parce que juste le côté poétique est un peu moins présent vu ce qu’on fait aujourd’hui. Tu regardes ETLMSF tu ne dirais pas que c’est poétique. 

C: Oui mais c’est juste quand même, ça sonne bien

A: En tout cas, cet équilibre entre l’humour et le reste, je serai pas quoi dire. L’humour c’est tellement le centre dans ma vie, dans tous, tous les aspects. En tout cas l’humour c’est un outil qui m’aide à équilibrer toute ma vie, mes relations, tout ce qui est bancal et imparfait, c’est-à-dire tout le reste. Je me sers beaucoup de l’humour pour canaliser, catalyser, pour tout quoi. 

C: Donc aujourd’hui ça serait, “l’humour et le reste”. En fait, c’était à l’époque où tu avais fait, tes six courts métrages, et une pièce de théâtre… C’était à cette époque le poétique?

A: Oui, ce que je voulais dire par l’équilibre entre la poésie et l’humour c’est que j’ai beaucoup écrit. Il y a deux choses qui m’intéressaient dans la vie, c’était l’humour et l’amour. Et donc comme je voulais écrire des histoires d’amour mais que je ne voulais pas être nian-nian tu vois? Et bah en fait l’humour, j’ai remarqué qu’en mettant de l’humour dans du truc hyper sentimentale ça créé un équilibre.

Tu peux vraiment parler de trucs hyper clichés et romantiques et l’humour vient le crédibiliser parce qu’il lui amène du recul en fait. Si je devais me rapprocher de ce qu’on fait aujourd’hui je dirai que j’essaye de trouver le bon équilibre, l’équilibre parfait entre l’humour et le sérieux sauf que demain on tourne un épisode qui explique aux gens que l’humour c’est sérieux. Le truc pour moi le plus sérieux dans la vie c’est l’humour. Donc c’est l’humour et le grave. Tu vois ce qu’on considère comme grave? Et moi ce que je fais beaucoup dans la vie c’est prendre des trucs graves et y mettre de l’humour. (miaou)

# Première expérience du syndrome de l’imposteur

C: Parlons sérieux, parlons syndrome. Ta première expérience du syndrome de l’imposteur que l’on appelle normalement phénomène de l’imposteur…

A: Euh, la naissance (rire). J’ai tellement ça tout le temps. Je sais exactement d’où ça vient. Je travaille ça depuis cinq dans ma vie, dans ma psychanalyse en lisant des bouquins, je connais tout mon syndrome par coeur. Mon syndrome de l’imposteur il vient comme tout le monde de mon enfance. Donc, malgré eux, de mes parents. et c’est un problème de reconnaissance en fait, en tout cas chez moi c’est le problème de croire que je ne suis pas assez bien… 

C: Donc validation… ?

A: Validation… qui vient des sautes d’humeurs de ma mère qui ont eut comme conséquence quand j’étais petit d’avoir l’impression de ne pas être vu. Parce que comme des fois elle était de bonne humeur ou de mauvaise humeur, quant elle était de mauvaise humeur, vu quelle avait été de bonne humeur avant et que là elle l’était pas, c’était de ma faute. J’étais dans une inconstance en fait. Et donc pour un enfant c’est hyper…

C: Déstabilisant… ?

A: Oui déstabilisant et pas sécurisant. et mon père a lui le syndrome du “oui c’est bien mais ça pourrait être mieux…” 

C: Perfectionniste…

A: Oui, je ne sais pas s’il est perfectionniste. En tout cas ce que moi j’en ai ressenti, et ce que j’en ai gardé c’est le sentiment de ne jamais faire assez bien. Et le fait que mon père soit un peu avare de compliments. Je m’entends super bien avec mes parents. Tout va bien. Mes parents m’ont toujours soutenu dans ce que je faisais. Lorsque j’ai fait mes études de cinéma. Mais il y avait un truc de mettre la barre hyper haute, notamment mon père qui lui est un artiste aussi qui en a pas fait son métier. Il n’a pas gagné sa vie avec son art mais en tout cas c’est un truc qu’il faisait.

Quant je lui ai dit que je voulais être artiste, ça a été oui ok un artiste c’est ça ça et ça c’est un message c’est machin. En plus, je suis issue d’une famille du côté de mon père en tout cas, hyper politisée donc j’ai totalement rejeté le côté politisé de ma famille. Je ne comprenais rien, ça me faisait peur et je ne voulais surtout pas mettre les pieds là dedans. Et donc quand mon père me disait: un artiste c’est un message. Dans ma tête c’était ok donc un message, c’est un message politique… Ça m’allait pas et donc imposture encore. C’est l’accumulation de manque de reconnaissance pour moi. 

C: Et tu penses que ça t’a bloqué pendant un moment ?

A: J’ai eu la chance que ça me boost plutôt qu’autre chose. En fait, encore une fois mes parents m’ont poussé quand je leur ai dit que je voulais être artiste… C’est juste en fait la réalité m’ennuie tellement… Ça va mieux. Mais au final dans l’absolue, la réalité m’emmerde donc c’est pour ça que je raconte des histoires notamment l’humour parce que l’humour ça embellie la réalité et ça la rend moins morose en tous cas. Mais ça, je l’ai eu très très vite. L’école, je comprenais pas… Je pense que j’ai un truc d’hypersensibilité tous ces mots un peu à la mode qu’on entend en ce moment, donc je pense qu’il y a de ça. C’est génétique dans ma famille, du côté de ma mère j’imagine.

Ça semble cohérent, même vu les gens qui m’entourent. Et donc c’était assez dure, même socialement parlant j’étais un souffre douleur en plus j’ai pas mal souffert quand j’étais gosse de ça. J’étais très très sensible donc je pleurais beaucoup. Et comme je pleurais beaucoup on se moquait de moi tout ça. Et donc j’ai toujours eu un pote avec qui on faisait tout, on faisait des histoires… La réalité c’était compliqué de la vivre. Je me réfugiais là dedans. C’est pour ça que malgré mon syndrome de l’imposteur j’ai pris cette direction très tôt parce que je n’avais pas le choix parce que sinon je mourrais en fait, symboliquement parlant tu vois. incapable de faire un métier dit “normal”.

C: Tu y es passé quand même ou pas du tout ?

A: Non, j’ai eu cette chance. Encore une fois, comme mes parents m’ont poussé dans ce que je voulais faire. Une fois, mon père m’a dit: « quand même ça serait bien que tu vois un peu ce que c’est de bosser« . Mon père a un peu ce côté là… et donc “je t’ai trouvé un entretien pour être caissier chez…”. J’y suis allé. J’ai passé un entretien. Perdu. On était deux à l’entretien (…) Bien sûr je n’ai pas été pris. Et ça a été la seule tentative. Après mon père a arrêté de me faire chier avec ça. Donc non j’ai même pas… Si un petit peu, j’ai été hôte, j’ai distribué des flyers.

Je l’ai fait mais j’ai essayé tout de suite de rentre dans la branche que je voulais. J’ai passé des années à filmer des mariages. Toutes mes études, les week-ends je filmais des mariages pour un photographe en Picardie. Je faisais des montages derrière. J’étais déjà dans un truc “créatif”. J’ai beaucoup de mal avec les mariages aujourd’hui. J’étais payé misère bien évidemment. Donc si j’ai fait des trucs un peu chiant. Mais je savais où j’allais et je voulais que tout soit cohérent.  

C: Tu n’as pas fait de faux pas? Peut-être dans le milieu, mais pas en dehors?

A: Je savais exactement ce que je voulais. À la base je voulais faire du dessin animé, je voulais être infographiste. Parce que mon pote Alex avec qui je faisais des films, lui aussi c’est ce qu’il voulait. On a commencé à faire de la 3D ensemble. Lui, il avait un très bon niveau en dessin et moi pas assez. On a eu un an de décalage parce que j’ai redoublé. Lui, s’est retrouvé à faire un BTS d’infographie, auquel j’étais refusé l’année d’après.

J’ai fait une fac d’art plastique. Je me suis fait chier comme un rat mort. Je voulais faire des dessins animés et en art plastique on t’apprend pas ça. Et en fait, quand j’ai fait cette première année, j’ai vu dans cette fac il y avait une catégorie cinéma et théâtre et j’ai dit à mon pote lui qui se faisait aussi en BTS, j’ai dit “viens on s’inscrit en fac de cinéma”... Et c’est comme ça…

C: Donc tous les deux vous êtes allés en fac de cinéma ?

A: Oui

C: Et lui fait des dessins animés aujourd’hui?

A: Non. On s’est un peu perdu de vu. Alors c’est marrant on s’est retrouvé là il y a quelques semaines. On s’est écrit. Nos chemins s’étaient un peu séparés. On avait monté une asso sur Paris avec nos potes de fac. D’ailleurs les premiers court métrages ont été produit par l’asso et d’autres trucs. On avait vraiment cette idée de créer notre propre structure. Monter une asso avec tes potes c’est une super mauvaise idée. Sa s’est pas mal terminé mais sa s’est pas bien terminé non plus. Chacun a pris un peu sa route et tout. Ce pote Alex, il n’y a pas longtemps j’ai appris qu’il allait bien et qu’il refaisait des projets, du théâtre, à Lyon. Ça m’a fait plaisir de savoir qu’il allait bien.

# L’hypersensibilité et le Syndrome de l’Imposteur

C: Au sujet de l’hypersensibilité: tu l’as expérimenté, tu l’es? 

(changement de micro, changement de qualité sonore)

A: Je ne sais pas ce que ça va m’apporter de savoir ça parce que j’ai aussi un syndrome de l’élu. 

C: Qu’est-ce que ça t’apporterai au fond?

A: De savoir plus. 

C: Tu sais déjà ce que tu as expérimenté en fait.

A: Et j’ai envie de sortir. Je bosse sur le fait de sortir de la mentalisation et de l’intellectualisation. Parce que ça c’est bon. Comprendre des trucs avec ma tête c’est bon. Ça je sais faire… Mais en ce moment j’expérimente de comprendre avec mon corps. C’est mieux. En tout cas, je manque de ça donc… (bruit vélo) 

# Le syndrome de l’imposteur et l’auto sabotage

C: Une des conséquences du syndrome de l’imposteur c’est l’auto sabotage (très connu chez les hypersensibles) qui va soit procrastiner, soit trop faire, pour se prouver qu’on est à l’origine et que ce n’est pas que de la chance. Tu disais toute à l’heure que tu l’expérimentes toujours?

A: Oui, je remarque. En tout cas.

# Monter sur scène

C: L’année dernière, tu as décidé de monter sur scène. Ça devait être une autre étape. Il n’y a pas eu une différence, une étape, un avant et un après?

A: Rien que le fait de devenir comédien c’est-à-dire passer de l’autre côté de la caméra c’est un truc que j’avais pas du tout prévu dans ma vie. Je m’étais dis si j’ai l’occase pourquoi pas… Quand j’écrivais oui. En fait, les premiers films, dont je te parle, quand je suis avec mon pote et que je fais les sketchs c’est nous qui jouions dedans. (rire) Jouions ? C’est pas très jolie jouions dis donc ! Il faut savoir qu’avec ce pote on marchait beaucoup par comparaison et compétition bienveillante. 

C: Entre vous?

A: Oui. C’est-à-dire que moi je l’adorais énormément, je trouve que c’est un artiste de ouf, c’était vraiment le mec le plus drôle que j’ai rencontré dans ma vie. Il me faisait vraiment mourir de rire des fois. Avec un côté très triste et grave aussi. Un côté très, un peu, noir, un peu dark mais hyper drôle pour compenser tout ça. Très semblablement un hypersensible d’ailleurs. Et donc, à chaque fois qu’il faisait un truc je disais “ah c’est ouf”. Alors je faisais tout pour le dépasser. Et il disait “ah trop bien…”. Et on marchait comme ça…  Tu vois?

C: Oui…

A: Ce qui a marché un certain temps. Et ça a pété aussi peut-être pour ça. Tu vois. Avec Fabrice par exemple, avec qui je fais ETLMSF, on s’est rencontré dans la créativité aussi et on marche beaucoup plus par accord plus que par comparaison et compétition c’est plutôt par…

C: Harmonie ?

A: Oui harmonie. Complémentarité en fait. Et en plus avec Marc qui est arrivé par derrière. Son frère qui est arrivé par la suite ça marche très bien. Et… c’était quoi la question de base ? (rire)

C: L’avant et l’après scène…

A: Alors oui, je suis allé de l’autre de la caméra, j’ai osé y aller parce que Fabrice, qui est quelqu’un qui soutient énormément, parce qu’il est coach, évidemment. Enfin, il soutient pas parce qu’il est coach. Il est coach parce qu’il soutient. Parce qu’il m’a dit “moi je pense que tu peux le faire”. Va s’y. Et donc je l’ai fait et il m’a dit “non c’est bien…”. Et aujourd’hui, pareil pour la scène il m’a dit “non non je me fais aucun soucis je pense vraiment que tu peux le faire”. 

C: Mais c’est lui qui a donné l’idée de la scène? 

A: Non, le spectacle c’est une boite de prod’ qui nous a appelé en disant tiens, vous voulez pas faire du théâtre? Comme tout le reste, vous voulez pas faire un livre? Vous voulez pas en faire un…? Oui d’accord. Et donc on disait oui à tout ce qui se présentait. Moi j’étais très excité par le fait de faire de la scène mais ça me faisait un peu peur juste parce que je ne l’avais jamais fait et pareil je me disais “oui mais tous mes potes comédiens qui font ça depuis des années et qui galèrent et moi j’arrive. Ça fait six mois que je fais un spectacle, tous les soirs c’est complet. Alors que c’est la première fois de ma vie que je monte sur scène et en plus je monte tout seul ».

Vraiment le paramètre Fabrice qui me soutient c’était cinquante pour cent du travail, on va dire. Et les autres cinquante pour cent c’est moi qui me dis “ok va s’y en fait, au pire qu’est-ce qui se passe ? Rien, tu vas pas mourir…”. Et ce qui s’est passé en fait c’est que je me suis jamais senti aussi bien ailleurs que sur une scène. Ça me manque beaucoup d’ailleurs. En fait la scène c’est juste le prolongement de tout le reste. En fait, la scène c’est là où toute mes névroses fleurissent, mais au sens positif, c’est-à-dire que je me suis rendu compte que ce que je faisais sur scène quand j’improvise surtout. Quand je réagis à ce qui se passe c’est exactement les mêmes mécanismes que quand je suis dans un bar et que je fais marrer les gens. 

Mais juste parce que c’est mon masque principal, social. Tu vois… Et c’est le truc que je maitrise le plus aujourd’hui. Ma manière de me faire intégrer dans le monde, c’est d’arriver et de faire rire. Comme ça c’est “regardez, je suis rigolo”. Et évidemment vu que c’est ce que j’ai fait le plus dans ma vie. Quand je le fais sur une scène, je le fais bien. En tout cas, ça fonctionne et en plus je me sens bien. Donc bizarrement je n’ai pas eu d’imposture là dessus. Tu vois, c’est paradoxale. 

# Un vrai sentiment d’imposture (débuts de #ETLMSF)

C: Donc au final tu es plus en alignement avec la scène, que auparavant avec la caméra? 

Dans les interviews, dans les commentaires, les gens qui me reconnaissent, tout ça. Et ça, ça a fait un syndrome de l’imposteur gigantesque parce que au début je me suis dis: ok les gens croient ça. Donc j’ai eu un moment de ok donc si les gens croient ça ils m’aiment pour ça donc si ils m’aiment pour ça, il faut que je sois ça. Donc j’ai commencé à être quelque chose qui n’existe pas. C’est à dire trois personnes à la fois. En tout cas, la symbiose de trois cerveaux comme ça. Ce qui était un poids énorme. Et en plus comme je l’étais pas, et bah je m’en voulais de ne pas l’être, donc mon imposteur il grandissait. Et en plus toute ma vie, toute mon adolescence, j’ai vraiment cru que j’étais bête. J’avais vraiment la croyance que j’étais bête, parce que j’ai pas beaucoup de culture et je me mettais avec des gens très intelligents, sûrement pour me prouver que j’étais bête tu vois…

Je viens de me rendre compte de ça mais, une sorte d’auto sabotage. Et j’ai toujours le sentiment que je suis pas capable par exemple. En fait un truc con j’ai le sentiment que je suis pas capable d’écrire un épisode de ETLMSF tout seul, mais ce qui est normal puisque ça n’existe pas si je suis tout seul. Ça me mettait un poids. C’est pour ça qu’on a mis beaucoup d’énergies dans le fait de médiatiser très vite le fait qu’on était trois et de mettre l’équipe en avant et de dire ETLMSF c’est un projet en groupe. Aujourd’hui c’est un peu fluctuant. Des fois ça revient. Des fois ça repart. Mais le fait d’accepter qu’elle est ma place là dedans, dans ce projet, ça ça m’a beaucoup aidé à avoir le sentiment d’imposture qui baissait et donc d’avoir moins d’auto sabotage etc. et d’être plus « peace” parce que là…

C: Vous en avez discuté et tu as émis le souhait de ré accorder le truc?

A: Oui, il y a eu ça. Ça s’est fait petit à petit en fait. En fait je l’ai compris à force de voir ce que les gens projetaient sur moi. Je me disais “ah oui en fait ce qui se passe c’est ça”. Et donc ça a pas été une décision, un déclic. C’était petit à petit, on a mis le truc en place. Et par exemple avec le spectacle, au début du spectacle c’est revenu ce truc là, dans les articles: “ETLMSF, avec Axel Lattuada”. On a été obligé d’appeler les journalistes pour leur dire “mais le spectacle on est trois à écrire…”. Ça c’était un peu chiant de devoir mais on l’a fait et tout, parce que moi je déteste ça.

C: Mais surtout qu’il y avait l’information sur… 

A: Oui mais t’as des journalistes qui font pas très bien leur métier tu sais…hein?

C: Ne vous sentez pas tous visés 🙂 Il y a un journaliste dans l’équipe ! (miaou). Donc c’est délicat, c’est comme s’il y avait une mauvaise communication. Ils se sont tellement pris au jeu, du personnage, ils ont pas pris de distance.

A: La bonne nouvelle c’est qu’on fait bien notre travail parce que du coup, il y a encore des gens, très peu, mais je sais qu’il y a encore des gens qui pensent que je suis vraiment ce personnage et tout. Je me rappelle de la première fois qu’on a sorti le premier bêtisier, il y a plein de commentaires qui étaient “ah mais en fait vous nous jouez la comédie, je suis super déçu”. Ils croyaient vraiment que j’avais ce débit de parole et que j’étais ce mec dans cette cave. Je trouve ça mignon, triste, rassurant et effrayant en même temps. (rire)

C: Tout ça ?

A: Tout ça en même temps. (rire)

C: Donc il n’y a pas d’avant, après en fait. Il y a un process.

A: Il y a un process. Il y a un avant après mais qui est pas immédiat. C’est un long process qui est fluctuant. Et en plus qui va avec tout le travail que je fais sur moi au quotidien depuis depuis… (miaou) 

C: (Le chat valide).

A: Juste quand tu (le chat) es arrivé en fait, non un petit peu avant. ETLMSF c’est né le jour où, on a avec Fabrice décidé d’arrêter de faire en sorte que ça marche. 

# La genèse de ETLMSF 

C: Alors, justement, retournons à avant. À la genèse, la petite graine de ETLMSF…

A: Un dimanche, on se fait chier. Et on se dit tiens on a plus de producteur. Le producteur avec qui on avait des projets de longs et courts métrages avait arrêté. Et donc nous on ne sait plus quoi faire. On a envie de créer mais on sait pas quoi. Et, moi j’avais commencé Youtube avec un autre pote (#habile). Presque un an avant. Je crois. Juste parce que en fait j’ai besoin de créer des trucs tout le temps. Tu vois la graine, c’est la rencontre avec Fabrice notamment.

Fabrice je le rencontre, via ce producteur, qui me dit un jour “tiens, je vais te montrer un court métrage d’un mec que j’ai rencontré. J’ai bien envie de bosser avec lui, j’aime bien ce qu’il fait…” et il me montre le court métrage et là je m’énerve, et je dis “bah super tu prends un mec qui fait la même chose que moi”. Ça sert à rien, on va se taper sur la gueule. Je regarde son court métrage j’étais vénère parce qu’il est super bien et tout mais avec tout plein d’idées que j’avais aussi. Genre le personnage principal de son court métrage c’était exactement le même que celui que j’étais en train d’écrire. C’était ouf. C’était au moment de ma pièce de théâtre.

Donc j’entendais parler de Fabrice. On entendait parler l’un de l’autre par ce producteur interposé. et un jour la pièce se joue et à la fin je vais voir mes comédiens dans les coulisses et une de mes comédiennes me dit “c’était dur ce soir, il y avait un mec devant là qui faisait la gueule c’était super dur de jouer et tout…”. Elle tourne la tête et là elle voit le producteur qui arrive avec Fabrice et elle me dit “putain c’est lui !” “c’est lui, il faisait la gueule et tout !”

Et en fait c’était juste que le producteur avait dit à Fabrice: “Tu regardes la pièce d’Axel et tu lui dis tout ce qui va pas dedans”. Parce que comme Fabrice est prof de dramaturgie, et moi je connaissais pas la dramaturgie il lui a dit ok tu lui dis ce qui ne va pas. Et donc Fabrice avait une pression de ouf parce que il ne me connaissait pas et il fallait qu’il regarde le truc que j’ai mis trois ans à faire et qu’il me dise “ça ça va pas, ça ça va pas”.

Donc évidemment il faisait la gueule il était concentré. Je crois qu’on s’est eu au téléphone une fois ou deux avant. On s’est vraiment rencontré ce soir là. Je me rappelle ce soir là on a marché pendant deux heures dans Paris. On a discuté de plein de trucs. Et à partir de là on a créé cette relation à la base professionnelle. On a dit, ok au lieu de se taper sur la gueule, on a qu’à se regrouper vu qu’on fait la même chose. Et en fait, très vite on est devenu hyper potes. Et, moi je commençais #habile en parallèle. Deux ans après je crois. On a eu deux ans de ok avec ce producteur de projet court et long donc on travaillait chacun sur le projet de l’autre. Puis un jour ce producteur a arrêté et là on s’est retrouvé vraiment comme des cons. 

Et donc je dis à Fabrice, écoute moi j’ai testé Youtube. Parce qu’on est pas du tout des consommateurs de Youtube, moi j’y connais rien. Aujourd’hui un petit peu plus parce que je rencontre des gens sinon c’était pas du tout mon truc… Je regardais plutôt des films. Et donc je dis “bah tiens j’ai testé Youtube. C’est un endroit dans lequel il y a du public si tu postes un truc. Va s’y on a qu’à faire une vidéo sur des sujets qui nous parlent”. Et la phrase ETLMSF c’est un truc qu’on se disait beaucoup entre nous, qui vient de l’exoconférence d’Alexandre Astier. Où il parle à un moment donné de la relativité du temps et il te dit un truc de ouf et il te dit “bah là c’est comme ça que marche le monde” et il dit “tout le monde s’en fiche”. Ça nous avait fait rire la manière dont il disait, la nonchalance tu vois de “c’est ouf et tout le monde s’en fou!”.

Fabrice à ce moment là il terminait sa formation de coaching en neurosciences appliquées et tous les jours il me téléphonait en disant “ah mec j’ai appris un truc de ouf sur le cerveau, ça marche comme ça comme ça”. On arrêtait pas de ce dire “et tout le monde s’en fou”. Un jour je lui dis “bah va s’y on a qu’à faire une vidéo”, moi ça faisait longtemps que j’avais pas tourné mais j’avais besoin de tourner tout le monde et je dis on se met sur ton canap’ on se film en train de discuter des sujets et on appelle ça et tout le monde s’en fou. Comme ça ça fait un espèce de “talk” entre deux personnes. Et il m’a dit moi j’ai pas du tout envie d’être filmé mais si tu veux va s’y je te film toi. “Oh, d’accord…”. Et c’était vraiment comme ça. Un dimanche, bah attend on va pas se mettre dans ton salon y a tes colloques ça va les faire chier… bah on va se mettre dans ta cave? Oui bon d’accord…

Et on ouvre la cave et on fait ok mais qu’est-ce qu’un mec foutrait dans une cave? Attend, on a qu’à dire que c’est un espèce de hacker machin, j’avais mon gilet bordeaux à ce moment là que je venais d’acheter, on a pris des lunettes de soleil Decathlon on a pété les verres tiens va s’y en fait on s’est dit ok on va pas le faire à deux on va le faire à un donc on va le faire en mode Youtube normal. La seule référence qu’on avait c’était Norman. Ok on fait pas toi Axel qui parle dans ta chambre, on va créer un personnage. Parce que c’est ce qu’on aime comme on écrit de la fiction. Et donc voilà dans la cave on s’est dit “ok un mec un hacker”. Des contraintes on a créé ce personnage. Cet humour condescendant c’est un truc qu’on faisait entre nous, qui nous faisait rire. Mais vraiment on le faisait entre nous ça faisait rire personne d’autre que nous tu vois le fait de prendre les gens de haut et de parler au mec comme s’il avait quatre ans parce qu’ils sont bêtes. Et donc on s’est dit “va s’y on va mettre ça dans ce personnage”. Et donc voilà on a fait le premier épisode, on l’a écrit. 

C: Vous avez écrit en faisant en fait ?

A: Oui pratiquement. En fait on a créé le personnage. Va s’y on a cette base là. On a fait le cadre. Va s’y on parle du sujet dont on parle le plus comme ça on a même pas de recherche à faire c’est tous les trucs. Vraiment le premier épisode il est sorti, il y avait rien à faire. 

C: Accouchement facile…

A: Oui, très facile. On l’a tourné, on l’a monté. Je suis rentré chez moi j’avais une petite idée du rythme et tout ça. Je lui ai envoyé, il m’a dit: “ah c’est cool franchement…”. On l’a mis sur Youtube donc on l’a envoyé à nos potes et on avait trois cent vues on était ouf! Et je me dis bah tiens quand même on parle de féminisme, il y a peut être des magasines féminins qui pourraient le relayer… Donc je cherche et je vois juste sur la page facebook de aufeminin.com en banderole c’était écrit: “envoyez-nous vos vidéos à telle adresse…”. Je dis bah va s’y, j’envoie. Il n’y a rien eu d’explosif. Je me suis dis “ok j’envois la vidéo”. Ils me disent oui très bien votre vidéo peut tout à fait convenir à notre ligne éditorial. Nous allons la partager dès demain. Et ils l’ont partagé et en cinq jours ça fait… 10 millions de vues !!! 

C: Tu as dit à un moment donné c’est au moment où on voulait plus que ça marche…

A: Oui, en fait pourquoi est-ce qu’on fait ETLMSF comme on le fait, parce que on a plus d’objectifs. On a juste, viens on se fait kiffer ! Viens on fait ce qu’on veut nous. Pas qu’est ce qui marche, qu’est-ce qu’on attend de nous? Qu’est-ce qu’il faut faire pour avoir des subventions… 

C: Dès le début c’était comme ça?

A: En fait, il y a eu tout, il y a eu toute notre carrière avant c’est-à-dire nos court métrages, nos machins, qui étaient très perso aussi mais qui étaient pas avec la même… Il y avait quand même une intention. On était dans un objectif. Et, là ELMSF ça a été: “Viens on fait juste ça presque pour nous”. Sans producteur, juste nous. Avec ce qu’il y a là (tripes) et ce qu’il y a là (coeur). Il y a plein de paramètres. Il y a aussi le moment où c’est sorti. Parce que c’est sorti plusieurs mois avant #metoo, je crois. Et donc il y avait le fait qu’on était des garçons qui parlaient de féminisme.

C: Ça c’était un hasard au final? Vous n’aviez pas la recette? Vous aviez accouché du bébé en mettant le cadre. Après tu as eu quand même l’idée d’envoyer la vidéo… 

A: Oui autant essayer de la diffuser quand même. J’avais eu la toute petite expérience avec #habile, où aujourd’hui on avait 20 000 abonnés, je crois. Ce qui est cool. On a eu Minute Buzz à l’époque qui nous avait partagé un épisode. On avait fait 100 000 vues sur Facebook on était comme des fous! Donc je voyais le mécanisme. Je me suis dis ok, l’idée c’est de partager. Donc s’il y a un média qui le partage je me suis dis pourquoi pas, les magazines féminins. Jamais on aurait cru faire 10 millions de vues en cinq jours. Et à partir de là ça a été n’importe quoi. 

C: Depuis le début en fait?

A: Ah oui c’est-à-dire qu’on est passé de l’anonymat à une des plus grosses chaines Youtube dans cette catégorie là, en tous cas, très très vite. C’est n’importe quoi ce projet. Vraiment. C’est ouf. 

# Le Syndrome Imposteur qui vient frapper à la porte (en tant que comédien) 

C: Et le Syndrome de l’Imposteur, là il t’a pas frappé à la porte en mode… “salut!”?

A: Bien sûr que si ! Évidemment, en plus je me fais connaitre en tant que comédien. Mais évidemment… Je me rappelle au début, le premier épisode avant de le diffuser je l’avais montré à des potes et tout. Il y avait des réactions genre: “oui oui c’est pas mal”. Je me rappelle, une des premières à avoir vu épisode de tout le monde s’en fou avant tout le monde c’était Marion Seclin parce que à ce moment on l’avait eu en “guest” dans #habile et on était devenu potes. Un jour il y avait Benjamin de #habile et Marion qui étaient chez moi, on parlait de projets et tout puis je leur dit: “Regardez, j’ai fait ça”. Et ils ont dit: “oh, c’est cool et tout”. Et genre le lendemain on l’a diffusé ça a fait (bruit) donc oui oui c’était, là ça a été explosif. Ça a été le vrai buzz.

C: Tu as du gérer le truc ? Tu faisais déjà un travail sur toi ? Parce que ça devait être un choc malgré tout. Tu peux très bien décoller… 

A: En fait, on s’est dit très vite parce que mine de rien on avait de l’expérience dans l’audiovisuel. On sait ce que c’est un projet. On s’est dit ok on a un truc là qui est en train de brûler il faut absolument qu’on en fasse quelque chose. Nous on s’était dit on en fera un de temps en temps. Se faire plaisir sur un sujet qui nous parle. On voulait parler de psycho et de physique quantique c’était les trucs qui nous intéressaient. Et donc on s’est dit ok là on a un vrai truc. Il faut faire les choses intelligemment. Donc intelligemment ça veut dire quoi? Ça veut dire, penser à long terme. Pérenniser le truc. Donc Fabrice m’a dit: “il va nous falloir un journaliste”. Je connais une seule personne au monde qui peut nous abreuver de sujets comme ça et tout, c’est mon frère, que je n’avais jamais rencontré où j’avais dû le croiser une fois comme ça Marc. On a appelé Marc qui était plus aux faits que nous de la vidéo internet parce qu’il avait monté des pôles vidéos.

Fabrice l’appelle et il nous a dit les gars, là vous êtes comme dans Mario Bros, vous venez de choper une étoile donc vous êtes invincible et vous clignotez pendant quelques secondes, et maintenant faut savoir ce que vous faites avec ça. Et on s’est dit ok il nous faut une prod’, pour cadrer ça, et Fabrice m’a dit écoute moi j’ai un prod’ avec qui il avait fait ce fameux premier court métrage que j’avais vu qui était fait dix ans avant. Il m’a dit le seul prod’ honnête que je connaisse dans ma vie c’est Christophe. Viens, on l’appelle. On a appelé Christophe qui connaissait que dalle en Youtube non plus. J’ai rencontré Christophe. Il est parti se renseigner sur ce que c’est internet il est revenu il a dit je comprends pas y a pas de schéma pré établi en fait puisque c’est un média hyper neuf. Encore plus, il y a quatre ans. Ça va très très vite.

Déjà il y a quatre ans, nous on est des vieux là aujourd’hui. Et donc il nous a dit ok moi je vais produire ça comme un objet audiovisuel classique. C’est à dire, qu’il va faire ce qu’il savait faire. Et donc ok on dit va s’y, deuxième épisode, on a choisi le sujet avec Marc. Au début, on s’est dit toutes les deux semaines parce qu’il faut avoir de la régularité. Puis on a mis en place un planning comme ça petit à petit et puis plus les épisodes sortaient, plus on avait de vues. Et donc on était contacté à droite à gauche. Évidemment on a eu des messages de toutes les grandes boites qui gèrent les Youtubers et qui te prennent 80% de tout ce que tu gagnes. Et donc nous on a eu la chance et l’intelligence de dire “non”.

À tout ce genre de trucs en tous cas au début. Et de rester indépendant parce qu’en fait notre communauté elle se faisait toute seule on avait pas besoin de, on avait pas de pub jusqu’à il y a quelques mois, on avait pas de pub. On a été énormément médiatisé au début. On a eu les Inrocks, Télérama, tout ça très très vite. N’importe quoi. On a même eu  les premières réunions de prod’ où Christophe me disait: “Bon j’ai eu Canal Plus et Comédie qui veulent faire un prime d’une heure et demi sur ETLMSF”. J’étais là mais “Comment? On a fait ça dans la cave il y a deux semaines!”. Donc ça a été vraiment très très vite, beaucoup. Il a fallu calmer l’égo parce qu’il y avait un truc et l’imposteur était là…

Aujourd’hui ça se calme un peu. On a trouvé un rythme de croisière. C’est quand même toujours la folie. On a fait deux livres, un spectacle, là on a un jeu de cartes qui sort au mois d’octobre. Là on est en train de préparer le long métrage tout ça…

C: Long Métrage?

A: C’est un projet pour l’instant. C’est le but depuis toujours. Moi je ne fais que ça pour faire du cinéma, bien sûr. Tout ça, c’est un écran de fumé. Fabrice et moi c’est là d’où on vient, même Christophe. Et Marc a découvert aussi l’écriture de fiction. Et oui bien sûr. Mare d’écrire des trucs que didactique. D’ailleurs ça sa voit, plus les ETLMSF avancent plus il y a de la fiction dedans. Les personnages et machin. Parce que moi j’ai envie d’écrire des dialogues. Mare des trucs face caméra d’un mec qui dit “je vais t’expliquer comment marche tel truc”. On commence un peu à saturer… 

C: Oui et en même vous devez rester fidèle pour ceux qui…

A: Oui, pas plus de vingt pour-cent de nouveauté. Oui c’est la loi de Hudson. En dessous de dix pour-cent les gens s’ennuient et au dessus de vingt pour-cent les gens flippent. Donc il faut trouver le bon équilibre entre dix et vingt de nouveautés à chaque nouveau cycle. 

# La bienveillance

C: Tu parles beaucoup, de la bienveillance dans l’équipe. Tu en as parlé aussi au sujet de Fabrice. Ça t’a aidé par rapport au syndrome de l’imposteur? On a l’impression que ça te portait vers le haut.

A: Oui bien évidemment. C’est ça qui était le socle. La première bienveillance qu’il faut vraiment avoir c’est envers soi mais c’est plus facile de s’appuyer sur celle des autres.

# La validation

C: Oui, c’est pour ça, que je pose la question. Il y en a plein qui disent que t’as pas besoin d’être validé par quelqu’un d’autre. 

A: C’est des conneries ça! Enfin, dans l’absolu oui et même moi je me dis oui mais pareil l’amour de soi faut pas être aidé… En vérité c’est qu’on est des animaux sociaux et que notamment, je sais que Fabrice dans tous les exercices de coaching qu’il a et dans tous les trucs qu’on met dans les épisodes, il y a toujours un paramètre qui est, un des paramètres pour avoir une estime de soi solide, c’est d’avoir au moins dans ton entourage huit personnes sur qui tu peux compter. Donc il faut, et je me le dis à moi même, *arrêter de croire que l’autonomie c’est la solitude*. Moi j’ai beaucoup tendance à confondre ça. Quant on m’a dit travaille ton autonomie je me suis dis ok c’est la solitude et en fait non les autres sont importants faut juste pas en dépendre. C’est toujours l’équilibre qui est chaud à trouver.

C: Il y en a plein qui disent “c’est bon, je peux être seul” et puis après “euh non”…

A: Grave, moi le plus gros exemple que j’ai du fait que les autres ne suffisent pas. Si moi je dépendais des applaudissement des gens en spectacle, en fait c’est sans fin. C’est-à-dire que iI y a cent personnes qui m’applaudissent je me dis ok c’est cool mais en fait j’en veux encore. Là, il y a mille personnes, oui mais c’est pas assez. Deux milles c’est pas assez…

C: Il n’y aura jamais assez de validation?

A: Oui, c’est Dalida qui s’est suicidée en disant que personne ne l’aimait, alors qu’elle était adulée par des millions de personnes tu vois. Ça, ça m’avait marqué cette histoire. Donc c’est l’équilibre entre son amour propre et celui des autres. Et celui des autres, c’est moins évident parce que notamment le public, *je dis toujours que le public c’est un pervers narcissique*. Que la foule, un jour elle peut t’aimer le lendemain te détester. Dans mon cas à moi de personne exposée au public il faut faire attention à ça parce que je suis allé voir un peu ce que c’était l’égo d’être connu. Et ça n’a aucun intérêt, vraiment.

C: Ça a aucun intérêt, c’est-à-dire?


A: Non mais quand on fait des conférences après il y a des gens qui viennent te voir et tout et là je prise un peu et prend tout les compliments et tout et en fait c’est complètement fictionné parce que ce sont des projections sur toi.

C: Parce que tu en es conscient.

A: Oui. En tous cas ce que je vois c’est que c’est facile de péter un plomb, de dépendre de ça et de devenir un connard. Vraiment je vois que la frontière, elle est là. Si t’es un peu fragile de ce côté là et si t’as pas conscience de toi, oui c’est facile. 

# La solitude

C: Pour la solitude avec les autres, est-ce qu’elle ta parlé cette citation de Robin Williams qui disait que *le pire c’est d’être entouré de gens et de se sentir seul…*

A: Oui. 

C: Tu penses que c’est un équilibre aussi? Tu penses que c’est possible de le ressentir dans ce milieu aussi?

A: En tous cas moi je le ressens. Ça m’arrive de me sentir seul alors que… d’avoir peur d’être seul même alors que je reçois des messages tous les jours de remerciement et tout. Après comme je suis quelqu’un de très positif, au final, de très enthousiaste et qui en plus travaille sur lui, je m’enfonce pas là dedans. Mais encore une fois je vois que ça existe et je vois comment tu peux tomber là dedans en fait. 

C: Le truc t’es passé en fait. Comme tout d’ailleurs, comme une émotion en fait…

A: La reconnaissance c’est un sacré travail. L’acceptation de l’imperfection aussi. Je suis en plein dedans. (rire)

C: On a parlé bienveillance maintenant on va parler de légitimité. Est-ce que… on va peut être pas parler du côté acteur, comédien dans le sens où ça t’est tombé dessus tu as eu le syndrome c’est passé maintenant t’as pu trouver une joie à travers ça. 

A: Oui, parce que je joue pour l’instant mon personnage. 

C: Ah oui?

A: J’aimerai jouer autre chose oui. Pour voir en fait. Ça fait quatre ans que je fais ça. Que j’écris ce personnage. Après je serai curieux maintenant moi en tant que comédien de jouer autre chose pour voir si j’en suis capable. Et d’ailleurs j’ai passé, on m’a proposé des casting. Et les casting c’était l’enfer. Là c’était l’imposture totale ! Après les casting et les pires situations du monde. Tu as quelqu’un qui te juge, sur un truc que tu n’as pas eu le temps de bosser. Et oui j’en ai fait un qu’on m’a proposé pour une série Netflix en plus, pour un petit rôle. J’étais super content. Je suis arrivé. Et un lapin pris dans les phares. En plus, ils m’ont fait passer le casting parce que si tu veux ils savaient que j’étais Youtuber et que c’était le rôle d’un présentateur télé. Et le mec me disait “va s’y fait comme dans tes vidéos”. Je fais mais t’as pas vu mes vidéos en fait parce que je n’ai rien à voir avec un présentateur télé. Je fais un personnage complètement barré.

C: C’est un problème de communication en fait

A: Bah tu sais il y a les ponts entre cinéma et Youtube. Tu sais Youtube c’est en dessous, c’est bien en dessous, c’est oui oui de vidéos où ils font leur conneries dans leur chambre c’est ça?

# La légitimité dans ton métier

C: La légitimité dans ton métier de monteur, et dans tes courts métrages. *Est-ce que j’ai besoin de faire des études pour être légitime?*

A: Moi de mon expérience, les diplômes c’était plutôt mes parents qui en avaient besoin. Ma légitimité d’avoir envie d’être réalisateur et de faire des films je me suis même jamais posé la question mais parce que en fait c’est la seule chose que je voulais en fait. Vu que c’est la seule chose que je voulais, je me sentais pas illégitime tu vois. Après, dans la faisabilité pour te lancer t’es obligé d’avoir un peu d’orgueil. Parce que le jour où tu dis à tes potes, j’ai écris un film, là on va le réaliser pour de vrai. Il y a deux choses il y a l’orgueil de dire ok oui je vais le faire et je vais diriger quinze personnes et je vais dire à tous ce que moi j’ai dans la tête et on va dire à tous faire en sorte de faire sortir ce qu’il y a dans ma tête. Réalisateur c’est pas un métier c’est un caprice. Donc il y a eu ce truc de.

Pareil c’est un équilibre. Moi il faut que je me donne de la puissance pour y aller. En même temps je le fais avec des gens qui me soutiennent parce que c’est mes potes. Il y a toujours cet équilibre entre toi et les autres. Et l’autre paramètre c’est l’expérience. Dans le sens où, sans que ce soit dans cette optique d’avoir de l’expérience, j’ai commencé avec des dessins puis ensuite j’ai fait des histoires avec un micro puis après avec une caméra. Et mine de rien, tout ça, depuis que je suis au collège je fais ça. Et donc c’est juste je me suis créé des sillons neuronaux et c’est comme faire du vélo, c’est comme jouer un instrument. Plus tu en joues et plus tu es légitime. Aujourd’hui je me sens pas légitime de prendre une guitare et de faire un do, parce que je le fais automatiquement. Tu vois ce que je veux dire?

C: Tu ne te poses même plus la question de le faire en fait parce que tu l’es. C’est par automatisme

A: C’est ça. Et le montage, juste parce que c’est le truc que j’ai fait le plus dans ma vie après des blagues. J’ai aucune question de légitimité, juste parce que je l’ai fait tellement et en plus j’ai été validé dans le montage. 

C: Oui parce que tu as été payé pour ça…

A: Oui et en fait je sais, je sais ce qu’il faut faire pour qu’un montage fonctionne, j’en suis sûr. Et en même temps, et comme j’ai pas de problème de légitimité là dessus je n’ai pas peur d’écouter les avis des autres. Parce qu’en fait l’avis de l’autre ne remet pas ma posture en question. Moi ma posture, elle est assise, il n’y a pas de soucis en fait. Et donc c’est d’autant plus riche quand tu te sens légitime d’un truc parce que tu es capable d’entendre les autres. Et si quelqu’un te dit un truc et que tu te sens rabaissé, c’est un signe pour voir que tu te sens pas légitime. 

C: Et comment tu nourris cet orgueil, de façon saine? 

A: C’est que j’avais pas le choix. Aujourd’hui c’est d’autant plus facile parce que mine de rien on est connu et reconnu. Donc dans le fait de lancer un projet, ça me donne un assise en fait. J’ai encore moins de difficulté à… Et encore on s’est fait refusé des projets. Malgré tout ça. Mais en tous cas, dans l’élan créatif je fais confiance à mes idées en fait.

C: Donc c’est à travers l’idée que tu vas produire, en soi, elle te donne cette légitimité?

A: Oui et surtout je n’ai pas peur de me planter. 

C: Ça vient d’où?

A: Je pense c’est le résultat de tout ça. J’ai eu la chance de… de me créer des bons sillons neurones pour ça. En fait c’est que j’ai des _croyances aidantes_ tout simplement. 

C: Ok, qui sont?

A: Ah c’est une bonne question ça, c’est quoi mes croyances aidantes… (miaou). Par exemple, une croyance aidante que j’ai et qui m’aide beaucoup c’est que je ne peux tomber en addiction à rien, à aucun produit. Je fume pas. J’ai jamais fumé. Et ça, ça me permet de tester plein de trucs. (point). Sans avoir peur en fait parce que souvent il y a la peur de l’addiction, et par exemple ça je l’ai pas. Dans la créativité tu vas avoir ce même genre de mécanisme. J’ai pas peur de me planter parce que… les meilleurs moments de ma vie c’était les moments où je créaient des trucs.

Les moments que je préfère c’est quand je mets de la musique sur un montage, sur de l’image, ça crée un… en fait je trouve ça tellement ouf ce que ça fait que je m’en fou de savoir si je suis légitime ou pas en fait je le fais. Un paramètre aussi c’est que avant je le faisais pour moi. C’est-à-dire que tous ces courts métrages que je faisais c’est pas comme aujourd’hui où tu avais la potentialité d’être vu tout de suite avec les réseaux sociaux. Et mine de rien je pense que l’exposition personnelle pour les générations plus récentes que moi c’est un truc qui est omni présent. Moi quand je crée un truc c’est pour moi et je passe beaucoup de temps à regarder ce que je fais. Même avec, mes courts métrages je les ai vu énormément. Je les regardais beaucoup, je les analysais… 

C: C’était pour perfectionner ou par satisfaction? 

A: Un peu les deux. Mais il y avait beaucoup de “Je suis content de ce que j’ai fais”, “C’est moi qui ai fait ça? Je suis super content” ! Et ça j’ai beaucoup de mal à l’avouer. Je crois que c’est la première fois que je le dis d’ailleurs. 

C: Tu le faisais mais t’en parlais pas?

A: Ah oui, non non. J’ai un souvenir au collège. J’avais fait un, c’était un truc en Anglais. J’avais créé un prospectus, j’avais découpé des trucs sur un jeu, sur Metal Gear Solid à l’époque. En anglais, bourré de fautes d’orthographes en anglais d’ailleurs j’avais eu une note de merde mais j’avais crée un objet super cool, pliable et tout. Et, j’étais hyper fier de ce truc là. (miaou) Et j’ai eu des notes dégueulasses parce que c’était de l’anglais et tout l’anglais dedans était… Et ça ça *c’était un premier truc d’injustice*. J’avais créé cet object moi même et je me rappelle j’ai un souvenir de m’être levé dans la nuit en me disant “il faut que j’aille le regarder”.

Je viens de me souvenir de ça et juste parce que j’étais super fier en fait. Et, j’ai des souvenirs comme ça de fierté de truc que je fais et de demande de validation de l’extérieur en disant “regardez, je crois que ce que j’ai fait c’est bien” et en fait, non. Et ça j’ai quelques souvenirs comme ça qui tombe. (miaou) Notamment une fois, ma mère passait l’aspirateur dans ma chambre. J’étais tout petit. Et j’avais envie de lui dire “maman je trouve que j’ai beaucoup d’imagination”. et là ma mère m’a répondu “ah oui, pourquoi t’as de si mauvaises notes en rédaction alors”. là tu as l’imposteur qui est venu: “bonjour, c’est moi, signé ici…”.

Ça c’était une des grosses balafres là dedans. Mais bizarrement ça ne m’a pas empêché de faire des trucs au contraire.

C: Bah, tu es sorti de ta zone de confort mais tu disais toute à l’heure que c’était le contraire de “mort”…

A: Le fait que je continue malgré tout à faire des trucs c’est que comme j’avais un énorme, ça a créé aussi un énorme manque de reconnaissance donc au lieu de m’enterrer et de dire “ok je n’existe pas”, c’est “là tu m’as pas vu? Et bah je peux te dire qu’à partir de maintenant tu vas me voir”. Et donc je suis devenu, comme dit ma psy, un “petit singe savant” pour que juste papa et maman me voient et bah j’ai fait de la musique machin et tant mieux ça m’a servi.

Ça a été fait dans de la souffrance en fait mais de ma nature je pense un peu optimiste et positive, je suis allé plutôt dans la sur enchère que dans la dépression. Pourquoi est-ce que j’ai pas peur de me planter et tout ça? C’est parce que j’ai eu la rage de ne pas être reconnu. Au lieu de m’enfoncer j’ai dis: “si vous allez me voir ».

C: Tu as fait l’opposé en fait…

A: Et pour refaire la boucle sur ce qu’on disait toute à l’heure, c’est là où l’extérieur il est infini et il est incomblable. C’est-à-dire que si à six ans j’avais eu une conscience spirituelle j’aurai dis “jai pas besoin que vous me reconnaissiez, je vais me reconnaitre moi même”. “Tu sais quoi maman ? c’est pas grave”. 

Et donc évidemment c’est là où aujourd’hui j’ai trouvé l’équilibre entre arrêter d’essayer d’être vu et d’être aimé par tout le monde parce que moi c’est ça ma névrose principale que tout le monde doit m’aimer, sans exception. C’est long. Donc syndrome de là aussi, la perfection etc, et c’est accepter donc que tout le monde ne peut pas m’aimer. 

C: Là, c’est bon? C’est accepté?

A: Ça va ça va. Il y a encore des relents des fois… 

# Croyance limitante

C: Tu parlais de croyance aidante. Ta croyance qui t’a le plus limité dans le temps ?

A: J’ai eu une croyance pendant longtemps que j’ai faite sauter avec Fabrice avec un exercice d’ailleurs de coaching. Un jour j’ai dit putain j’ai décelé une croyance là limitante qui était: *“ce sera mieux demain”*. Et j’ai eu l’impression de vivre la majeur partie de ma vie dans une transition. En me disant ok maintenant ça sert pas à grand chose parce que de toute façon ça sera mieux demain. C’est ouf, est-ce que c’est pas juste avant ETLMSF que ça m’a fait sauter cette croyance en plus? 

C: Tu as posé des mots dessus juste avant?

A: En fait, il (Fabrice) m’avait parlé d’un exercice de coaching pour faire sauter des croyances. Et un jour j’ai dit “bah tiens, je crois avoir mis une phrase sur une croyance à moi”. Il m’a fait faire l’exercice, et ces derniers temps c’est vrai que j’ai beaucoup moins cette sensation de transition permanente. Comme par hasard ça va aussi avec le fait que les projets sont… tu es obligé d’être dans le moment présent pour abattre tout le travail qu’on abat depuis ETLMSF. On est obligé d’être là. Et j’ai moins ce sentiment qui était un truc un peu triste en plus d’attendre quelque chose de mieux. Donc ça oui c’était une croyance que j’ai réussi à faire sauter.

C: Donc tu es plus dans l’instant présent maintenant?

A: Je pense oui.

# Dissocier la bonne de la mauvaise peur

C: Comment tu dissocies la bonne de la mauvaise peur ?

A: Je dirai, il faut écouter son corps. Et en ce moment je commence à entendre mon corps dans le sens ressentir des trucs. Et communément ce qu’on appelle l’*instinct*. Toutes les peurs sont bonnes. Juste il faut savoir les doser et en doser les conséquences comportementales chez toi. La peur qui t’empêche de faire quelque chose, comme l’*auto sabotage* tu vois il faut y faire attention. En gros la mauvaise peur c’est celle qui est pas conscientisée, qui est pas réfléchit. Alors comment tu l’as décèles ?

C: Tu as l’instinct à côté d’une fenêtre qui va te dire: “non n’y va pas”. Heureusement qu’il est là. Puis tu as l’intuition sur des projets qui te disent d’y aller et parfois qui te dit “non”, tu sais pas pourquoi d’ailleurs. Et au final c’est une peur. C’est une peur en mode il y a vraiment un risque derrière. Il y a un truc qu’on ne peut pas forcément expliquer. Mais toi est-ce que tu as décelé un truc, en mode “là ma peur c’est juste parce que je suis en dehors de ma zone de confort et que je fais un truc nouveau” donc par exemple, monter sur scène la première fois? Et l’autre peur qui est en mode “je le sens pas”. 

A: Moi ça dépend des domaines. La plupart du temps notamment dans le travail, quand, j’ai peur j’y vais. Et alors que dans le perso, notamment par exemple, dans le domaine des relations amoureuses, dès que j’ai peur je fais “non j’y vais pas”.

C: Tu fais tout le contraire?

A: Si j’arrivais à faire dans ma vie perso ce que je fais dans ma vie pro… Ça irait beaucoup mieux! Ça dépend du moment aussi, il y a des fois, mais non moi j’ai plutôt tendance à y aller quand j’ai peur. Mais après, je suis quelqu’un d’hyper raisonnable. Je prends très peu de risques dans ma vie. C’est pour ça que, un truc con mais j’ai bu de l’alcool très très tard, dans ma vie parce que ça me faisait peur. J’avais peur de perdre le contrôle tout ça. Fumer, pareil. Donc je suis vraiment vraiment hyper raisonnable, je suis un peu peureux, mine de rien. Mais dès que ça touche au danger de mort. Monter sur scène je ne peux pas mourir en fait. Faire un projet, monter un film pareil.

Comme j’ai aussi énormément manqué d’audace quand j’étais plus jeune notamment avec les filles. J’ai eu plein de regrets de “j’aurai dû leur parler” et un jour je ne sais plus quand, j’ai dit “je ne manquerai plus jamais d’audace dans la vie, plus jamais, quitte à me prendre des murs”, je préfère me prendre un mur, _avoir des remords plutôt que des regrets_. Ça c’est une phrase que mon père m’a dit très tôt dans la vie: “il vaut mieux avoir des remords que des regrets”. Donc, après je me mets jamais en danger. On a chacun sa vision du danger. Je flippais des fonds marins par exemple, j’ai fait quand même de la plongée sous marine. Pas parce que je flippais mais je me suis dis ça a l’air cool, il y a des gens qui le font…

Ça se dose une peur, il faut la regarder en fait. *La mauvaise peur c’est celle que tu regardes pas*. Tout simplement. C’est celle à laquelle tu réagis tout de suite tu dis, ah non. *La mauvaise peur c’est celle qui te fait être raciste*, parce que tu restes à la surface et tu vas pas voir est-ce qu’elle est cohérente cette peur ? 

C: Tu restes dans ta sa zone de confort

A: Oui, pour moi c’est celle que tu refuses de regarder parce qu’elle touche ton intérieur en fait. Et moi ça, ça répond à une névrose mais j’ai tellement peur de pas être quelqu’un de bien. Et j’ai lu que se remettre en question c’est quelque chose de bien et je suis d’accord avec ça donc je me remets tout le temps, tout le temps, tout le temps en question. Trop. C’est trop mais en même temps je préfère ça qu’autre chose. Les gens qui se remettent pas en question…

C: Tu as trop peur quand tu vois ce que c’est…

A: Oui, j’ai très très peur d’être quelqu’un de mauvais en fait. Vraiment et je sais que c’est trop. Mais au final je préfère être comme ça que le contraire. Après il est toujours question d’équilibre. J’essaye de trouver mon équilibre, d’accepter l’imperfection etc etc. Mais oui, j’ai extrêmement peur d’être quelqu’un de mauvais. Mais c’est relié à ma peur de ne pas être aimé par tout le monde. Qui vient du fait de ne pas être reconnu par mes parents, enfin de ma vision de ne pas être reconnu par mes parents. Tout est né là. Et en fait j’ai tellement besoin d’être aimé, je me sens pas aimable. Et donc on revient à ok “il faut que je m’aime moi-même avant”… 

C: Ça tu l’as fait, c’est bon? (humour)

A: Non c’est pas réglé. Après ça va de mieux en mieux, ça sera jamais parfait. De toute façon, vu que je travaille tout le temps sur moi, et que j’aime ça. Parce que j’aime ça en fait. C’est pas du travail ou de la torture en fait. En fait, ça ira de mieux en mieux. Et notamment en ce moment il y a des trucs qui s’ouvrent de ouf. C’est trop bien en fait. C’est trop bien. Je comprends d’autant moins les gens qui refusent de se remettre en question parce que ça apporte tellement de trucs. Ça m’énerve, ça me met en colère les gens qui ne se remettent pas en question. 

# La pratique qui t’a le plus aidé

C: La pratique, qui t’a le plus aidé notamment ces derniers (amour propre)? Une nouvelle habitude… 

A: Le confinement ça m’a beaucoup aidé. Alors c’est pas le confinement, ça a amené c’est ok, c’est toutes les remises en question que ça a mis sur les injonctions à la créativité par exemple. Tu vois, au début du confinement, j’étais très très très créatif.  Je faisais une vidéo tous les jours. Et c’était cool en plus je refaisais des trucs tout seul et j’étais content. Et puis à un moment donné je vais “ah bah aujourd’hui il faut que je fasse une vidéo, mais j’ai pas envie.

J’ai pas envie en fait. Viens je le fais pas, j’ai pas envie”. Et le lendemain pareil, j’ai pas envie non plus. J’ai eu un moment de “oh, trop bien ”. Et puis rien aucune deadline, aucune injonction. Donc, la discipline, la méditation ça m’aide beaucoup. Après j’en faisais avant mais je vois que c’est mieux avec. Pour le coup. Je vois que les moments où je suis vraiment bien et où les choses s’ouvrent c’est quand je prends le temps de méditer.  

C: Tu veux dire, de façon régulière quand tu dis je prends le temps, c’est une fois par jour?

A: Oui. Notamment, la semaine dernière je me suis fait opéré de la myopie. C’est trois jours les lentilles de protection et deux jours un peu chiant. Et là depuis hier je vois, c’est trop bien.

C: Tu es dans un nouveau monde ?

A: Oui ! ça change tout. surtout que j’étais hyper myope. Mais surtout j’ai eu cinq jours hyper compliqués. En plus c’est un peu ma faute. Au bout, tu troisième jour normalement ça va mieux et j’ai pas envie en enlevant les lentilles justement je me suis fais mal et j’ai eu peur j’ai eu très très peur. J’ai vraiment eu une panique, j’étais tout seul en plus. J’ai appelé à l’aide et pour que moi j’appelle à l’aide il faut vraiment que je sois dans une panique. Pendant ces cinq jours où j’avais très très mal et où j’ai eu en plus peur au bout de trois jours j’ai beaucoup médité. Je n’avais rien d’autre à foutre surtout, j’étais avec des lunettes de soleil à avoir mal tu vois. En plus j’étais sous efferalgan Codéiné donc j’étais un peu défoncé mais pas la bonne défonce, ne prenez pas oui…

J’ai eu des expériences de méditation de ouf. C’est vraiment la discipline pendant quatre jours, tu es dans le noir. Tu n’as pas le loisir de faire ça souvent. Mais oui notamment je suis persuadé que j’ai fais de l’auto guérison. J’ai vraiment été dans un processus de “ok, va s’y, j’ai mal, j’ai besoin de me guérir tout seul”. Et ça m’a beaucoup aidé.

C: C’est la première fois que ça t’arrive?

A: À ce point là oui. J’ai déjà eu des expériences de, je vais pas dire de transe parce que c’est pas ce truc là mais j’ai eu quelques méditations notamment en groupe qui m’ont fait partir très très loin et je remarque c’est souvent après une longue période où je le fais régulièrement et plus tu… Moi la méditation il y a trois, quatre ans ça m’a sorti de la dépression. J’ai fait une petite dépression. Pas énorme mais j’étais vraiment dedans et je méditais matin et soir et force est de constater que je m’en suis très bien sorti. Et je pense que sans ça, ça aurait pas été aussi probant. 

C: Donc tu t’en es sorti sans médicament?

A: Oui, totalement. Ah non moi c’était hors de question ça. Non, parce que c’était une petite et je le voyais. J’en étais conscient. Et je me suis dis “ok j’aime pas ça, je vais m’en sorti”. J’étais pas du tout dans un truc fataliste. 

C: Parce que les spécialistes, ils en donnent très facilement. 

A: Bah oui. Je ne suis pas allé chez le médecin pour ça. Si, en plus je suis allé chez le médecin, elle m’a dit: “si vous voulez je peux vous en donner”. J’ai dis: “non”. Et après je suis allé vers des trucs alternatifs. J’ai tout fait. 

C: Ah oui?

A: J’ai dit “ok, je ne veux pas être comme ça”. J’ai tout fait, de l’acupuncture, de l’hypnose, de machin, de l’EMDR (Désensibilisation et Retraitement par les Mouvements Oculaires). J’ai un pote en production qui m’a dit mais “mec ça sert à rien en fait, c’est comme si tu prenais un médicament de plein de trucs”. 

C: Tu as essayé plein de choses pourtant, c’est bien non?

A: Oui, alors c’était cool dans le sens, mais moi dans ma tête en plus c’était genre ok “prends mon cerveau réparez-le”. J’avais pas capté en fait que c’est toi qui va te guérir tout seul. Les gens, je remets ça entre vos mains. Mais en fait quand j’ai compris non que ça venait de moi bah je vais suivre un truc. Et c’est pour ça que j’ai trouvé ma psy avec qui je travaille depuis quatre ans.

Mais la pratique qui m’aide c’est que je vois quelqu’un toutes les semaines. Et que toutes les semaines depuis quatre ans je me paye “une remise sur le chemin”. Ah vraiment. En fait, c’est tout ce qu’elle fait. Je suis sur mon chemin, plus le temps avance, plus je dévie, et donc j’y vais, elle me fait “non c’est par là”. Et je lui donne soixante euros. Et ça fait quatre ans qu’elle me répète les mêmes choses. Mais c’est normal. Et donc la pratique c’est que je m’offre du temps pour prendre soin de moi. 

C: Oui

A: Et on est pas dans des sociétés qui nous poussent à faire ça.

C: Déjà les gens ne voient pas ça comme un bénéfice pour soi. Ils voient ça comme “je suis malade, j’ai un problème”. 

# Travailler (tout) seul sur soi 

A: Alors on est tous névrosés tous! (point). C’est à dire que si vous n’êtes pas névrosé vous êtes psychopathe. Il y a que deux choix en fait donc c’est vous qui voyez. Il y a quelqu’un qui m’a dit, il y a pas longtemps “ah moi je me connais bien je pense que j’aurai jamais besoin de voir un psy”. 

C: Alors ça, c’est un énorme sujet! Et pourtant ces gens veulent du bien. 

A: Oui c’était quelqu’un d’intelligent en plus qui effectivement se connaissait bien mais…

C: Ils sont cultivés, ils sont curieux puis dès que tu leur dis “t’as fait un travail sur toi?”. Ils te disent: “oui je lis, j’ai même tenu un journal”. Et voir quelqu’un? “Ah non j’ai pas besoin”. Alors que quand quelqu’un dit “j’ai pas besoin” (justement)…

A: Justement, tiens prends le numéro. 

C: Tu penses que c’est possible? Travailler sur toi tout seul, genre avec des livres?

A: Oui ça doit être possible mais c’est plus facile de faire réparer sa voiture par un mécanicien qui s’y connait en fait. Parce que en tout cas moi, j’ai vu que les outils ok j’en avais plein. J’ai plein d’outils. Et j’ai ouvert le capot de ma bagnole j’ai fait “d’accord, à quoi ça sert ça en fait?”. Oui tu peux te soigner tout seul, même tu as une appendicite tu peux t’ouvroir tout seul l’enlever mais franchement avoir un chirurgien ça sera plus sécure en fait, c’est juste ça. 

C: Il doit y avoir des tutoriels sur Youtube ! (rire)

A: Il doit y avoir ça oui. C’est du bon sens pour moi simplement. Même si tu es mécanicien toi même parfois tu as besoin d’avoir l’avis d’un autre mécanicien pour réparer ta bagnole tout simplement. Et malheureusement en Occident on pense que effectivement aller voir quelqu’un c’est “être malade”. Alors que au contraire, c’est quand tu vas bien qu’il faut aller voir un psy pour nettoyer en profondeur… Parce qu’on ne va jamais vraiment bien malheureusement.

C: Non non, ou on se le cache. 

A: Ce n’est pas possible d’aller vraiment bien dans le monde tel qu’il est aujourd’hui. Ce n’est pas possible. Trop déconnecté de plein de choses. C’est pas possible, en fait. Donc il faut l’accepter c’est tout. Et se dire “ok c’est un terrain de jeu de ouf”, le développement personnel. Alors après, tu choisis tes armes.

Moi ce qui m’a parlé beaucoup c’est la spiritualité, il y a eu des mots au début dedans qui me faisaient chier parce que je suis issu d’une famille en plus hyper anti clérical et donc moi aussi j’avais des idées anti cléricales et donc le mot “Dieu” m’écorchait les oreilles. Et quand j’ai réussi à mettre de côté ça, à voir ce qu’ils voulaient dire dans les bouquins quant ils parlaient de “Dieu” je fais “ok ok je vois”. Ça me fait toujours un peu chier le mot “Dieu”, mais parce que personne ne comprend ça. 

C: Non, personne ne sait de quoi il parle. 

A: Donc aujourd’hui j’arrive à voir ce qu’il y a derrière. Et ça me fascine en fait la spiritualité, les énergies tout ça.

C: Mais c’est parce que tu l’as expérimenté. C’est pas les mots que tu as lu? Au final c’est ça la spiritualité…

A: Oui puis ça me parle. En termes de poésie, en termes de… ça me parle. Et surtout j’ai compris que tu lis un bouquin de psychologie hyper machin, en fait vous dites la même chose les gars, vous utilisez des champs lexicaux différents, arrêtez de vous taper sur la gueule en fait… 

C: Et on a besoin de ces autres façons de le dire. Parce que pour des gens, A, B, C, en parlent ils ne comprennent pas. Par contre la personne D en parle, c’est bon. Ils te disent, “tu as entendu parlé de D?”. Et toi tu réponds “mais je t’en parle depuis trois ans”. C’est ça qui est étrange. On a tous un même language et on aura beau avoir tous le même discours, il y en a avec qui ça passe et d’autre pas. 

A: C’est parce que l’être humain a besoin d’avoir raison. Même quand t’es d’accord avec l’autre. D’avoir plus raison en fait. (miaou)

# Un message sur tous les billboards de France

C: Si tu pouvais choisir un message qui apparait sur tous les billboards de France ça serait quoi? Tous les billboards de France… Un message…

A: Ça serait: Pour aller mieux le monde n’a pas besoin de quelques personnes qui font les choses parfaitement mais il a besoin que tout le monde fasse les choses même si c’est de manière imparfaite. Je l’ai vu quelque part, ça parlait de “zéro déchet”. 

# Un seul titre

C: Si tu devais avoir une carte de visite avec un seul titre, ça serait quoi?

A: Axel Lattuada, imparfait…

# Un livre

C: Le livre que tu as le plus offert ou donné autour de toi?

A: Les Accords Toltèques (Miguel Ruiz)

# La plus grande Peur

C: Ta plus grande peur aujourd’hui? 

A: C’est toujours la même, c’est d’*être quelqu’un de mauvais*. Même si j’ai travaillé dessus et que ça va mieux. Au final je vois quand je suis un peu en énergie basse, je suis un peu triste, c’est ça qui ressort. Si je suis un peu triste et que par exemple je picole un peu, c’est là que tu vas des fois toucher des trucs et des fois je regarde et en fait j’ai peur de pas être bien, j’ai peur de pas être assez bien. ::Ce qui me fait pleurer par exemple.

Ces derniers temps je sens que j’ai besoin de pleurer, j’y arrive pas. Pendant ces méditations où notamment j’ai beaucoup pleuré, qui parlait de la colère d’ailleurs. Et ce qui m’a fait pleurer c’est quand le mec de la méditation guidée a dit, “vous avez le droit d’être bien”. Vous avez le droit d’être confortable. Ça, ça m’a fait partir.:: Donc ce qui est sous jacent à ça c’est que j’ai peur de vraiment peur d’être quelqu’un de pas bien, d’être méchant. Ma psy serait là, elle dirait “tu vois bien que c’est relié à ta peur de ne pas être aimé”. Je pense que c’est vrai mais elles se tirent la bourre. 

C: C’est toi vis-à-vis de toi aussi surtout. 

A: Sauf que j’ai tellement mis de temps et d’énergie à être moi vis-à-vis des autres, genre “si les autres me voient j’existe”. Je suis en train d’essayer de voir ce que ça fait de vivre qu’à travers moi. Donc j’ai pas encore mon île. Je vis beaucoup sur l’île des autres. Je flotte. 

# Intention

C: Ton intention du moment? (en un mot)

A: L’équilibre, toujours.

C: Parce que l’équilibre ce n’est que la compensation permanente de la chute

# Tout premier film (spectateur)

C: Ton tout premier film, que tu as vu enfant, qui t’a marqué? Celui qui t’a fait prendre conscience que tu voulais faire des dessins animés, que tu voulais créer, que tu voulais raconter des histoires… 

A: Il y en a tellement ! *Dark Crystal* (1982) on va dire. 

C: Tu avais quel âge?

A: En fait, les trois films qui m’ont marqué c’est *Dark Crystal*, *Beetlejuice* (1988) et *Les Aventures du baron de Münchhausen* (1988). Ce sont des films que je regardais en boucle. Alors avant ça il y avait d’autres trucs, mais qui étaient pas des films, c’était des dessins animés, c’était *Capucine la Petite Taupe* (1982), c’est un dessin animé polonais je crois (tchèque). *Gédéon* (1976), c’était l’histoire d’un caneton avec un grand coup et des dessins super chelou. C’est ce que ma mère m’achetait dans les magasins bizarres. Et je regardais ça en boucle. Mais film vraiment film, oui le baron de Münchhausen je regardais beaucoup. En boucle.

# Film idéal (réalisateur)

C: Ton film idéal ce serait quoi? (ta propre production)

A: Mon film idéal, aujourd’hui ce serait quoi? Mon film idéal je le ferai avec Fabrice et Marc. Je jouerai dedans je pense, parce que je trouve ça cool de jouer. Et ce serait une comédie avec une univers style punk un peu. Un peu genre, *la Cité des Enfants Perdus* (1993). Avec un vrai décor pas la 3D. Comme le film la Cité des enfants perdus c’est un des derniers films français qui a été fait dans un décor à taille réelle. En comédien, il y aurait: Alain Chabat, Albert Dupontel, Muriel Robin, Alexandre Astier bien évidemment, toute l’équipe de Kaamelott en “guest”. Ça parlerait de l’enfance, du contraste entre l’enfance et l’adulte.

C: Alors ton propre remix, c’est-à-dire *les personnalités qui t’ont inspiré et qui ont fait la personne que tu es aujourd’hui*? On le dit pas assez mais on s’inspire tous de parents, de ce qu’on voit à la télé… 

A: *Jim Carrey* de ouf évidemment. *Michel Courtemanche* aussi c’est même école. *Alexandre Astier* parce que très clairement, en terme de légitimité Alexandre Astier m’a beaucoup aidé (malgré lui). Moi j’aimais pas Kaamelott quand c’est sorti, je trouvais ça nul. Je comprenais pas pourquoi ça faisait rire. Et c’est mon pote Alex qui a commencé à regarder ça et à me tire “c’est tellement drôle !”. Je faisais “ah bon?”. Et là j’ai commencé à regarder Kaamelott pour de vrai et j’ai fait “mon dieu mais c’est génial”! 

C: Il faut rentrer dedans en fait…

A: Ce génie de l’écriture du dialogue. Ça a comblé un vide dans mon cerveau et mon humour il a pris deux cents points XP en plus. Et ma pièce de théâtre c’est que des dialogues et ça ressemble beaucoup à l’écriture de Kaamelott avec des punchlines, des trucs absurdes, des personnages un peu débiles. Donc Astier a été une grosse partie, très récente. Ça a été une grosse grosse influence. Mes bases d’humour c’était *Michel Courtemanche*, de base. J’adore le mime.

Je suis un gros fan de mime. J’adore ça. On voulait en mettre dans le spectacle mais on en a mis au début ça fonctionnait pas trop. Mais oui, *Courtemanche*, *Jim Carrey*, *François Pérusse*, *L’Album du peuple*, que j’ai rencontré. On était invité au Canada dans une convention de geeks. Il était là, invité. On me dit “bah viens, je vais te le présenter”. Pareil, cinquante pour cent de mon humour c’est François Pérusse, tu vois? C’était au tout début, à peine un an qu’on avait fait TLMSF,  et je lui dis “j’adore ce que vous faites depuis que je suis gosse, j’adore tous vos sketchs par coeur, je les écoute régulièrement…”. Et il me dit “ah oui et toi tu fais quoi?”. Je lui dis “je fais ETLMSF” et il me répond “ah oui, je regarde avec mes enfants…” !

Je demande: “je peux faire une photo avec vous”, il me dit: “non non c’est moi qui fais une photo avec toi”.

Je fais: “ok, je peux arrêter ma carrière” (rire).

Et Muriel Robin aussi encore, j’insiste. C’est du génie d’écriture, dans l’absurde, j’adore.

C: C’est la seule femme que tu as mis dans la liste… ?

A: C’est vrai que paradoxalement… Mais parce qu’elle sont pas trop beaucoup mises en avant aussi tu vois. Être féministe, j’ai découvert que je l’étais en côtoyant Fabrice. Mais j’avais pas ce combat là dans les tripes. Comment dire… j’avais un point de vue sur ce que doit être le monde entre l’égalité homme – femme. Mais j’étais pas conscient de toutes les inégalités, c’est en les découvrant, à travers Fabrice, et que j’ai mis beaucoup d’humour, parce que je trouvais ça fou, je trouvais dingue en fait. Je me disais mais c’est pas possible?

On est vraiment débiles en fait… Et c’est comme ça qu’est né TLMSF, c’est ce regard un peu neuf. Si un extraterrestre arrivait chez nous, il dirait: “Ils sont encore vivants eux? Comment c’est possible?”. Et donc oui, j’ai pas été nourri par beaucoup d’artistes femmes, dans ma jeunesse. Mais parce que des réalisatrices il y en a pas beaucoup. Mais juste parce que le milieu est sexiste en fait. Et comme j’étais pas dans une recherche forcément d’aller chercher, bah oui il y a beaucoup d’hommes dans mes mentors en fait…

C: Aujourd’hui, plaisir ou devoir (dans ce que tu fais tous les jours)?

A: Plaisir

# Boris Vian et L’Écume des Jours 

C: Pourquoi Boris Vian? (très présent dans ses courts métrages)

A: Parce que j’aimais pas l’école. Je déteste les devoirs justement. Moi à partir du moment où tu m’imposes quelque chose mon cerveau est incapable de s’y intéresser. Et Boris Vian c’est quelqu’un qui est venu désamorcer ça (malgré lui aussi). Mais quand j’ai découvert, parce que j’étais obligé de lire *L’Écume des Jours* en cours de Français. Je lisais pas quand j’étais petit. Mais mère a essayé de me faire lire quand j’étais petit, elle lisait beaucoup. Et en fait, je n’aimais pas ça. Je préférais regarder des films. Et même les livres qu’on était obligés de lire à l’école je me démerdais pour pas les lire. J’ai toujours réussi à me démerder. Et là Boris Vian je l’ai lu et j’ai fait “mais mon dieu, ce mec est dans ma tête en fait”. Toutes ces métaphores, ces figures de style, ce qu’il racontait… Je me rappelle la première fois que j’ai lu quand Colin marche dans les escaliers et décrit la danse des jupes des demoiselles d’honneur.

Il décrit les mouvements des jupes pendant que les femmes montaient. À partir de là, j’ai tout acheté de Boris Vian. Il y a des trucs qui sont illisibles. En fait, il fait référence à des trucs que je ne connais pas. Donc ça a aucun intérêt. Oui cette vision, c’est ça que je veux faire dans la vie. C’est prendre le monde et le rendre beau. Et même des trucs beaux il les rend encore plus beaux à travers les mots. Et même ça me buggait Boris Vian, je regardais beaucoup de film donc j’étais beaucoup dans l’image. Pour moi les livres c’était en dessous du cinéma parce que c’est mieux de voir. Et là j’ai compris ce que c’était que de jouer avec les mots et d’écrire des trucs que tu ne peux pas mettre en image. Et j’ai cru que Gondry avait gâché ma vie. Alors non, il n’a pas gâché ma vie.

J’ai une anecdote assez marrante. C’est que, j’ai voulu faire du cinéma à partir du moment où j’ai lu L’Écume des Jours. Et là je me suis dis “ok”, je veux adapter ça au cinéma. Je veux moi mettre des imagines là dessus. C’était plus fort que moi “je veux filmer ça”. Et ça a été mon immotivé pendant toutes mes études et tout. C’était mon but. J’avais commencé à savoir quel comédien je voulais. Tous les courts métrages que j’écrivais étaient inspirés de ce que je voulais voir dans mon film Écume des Jours.

Mon producteur qui m’a suivi depuis le début était au courant de ça “il me dit oui t’inquiète on va le faire”. Je me rappelle un jour j’étais chez mes parents, j’étais revenu pour le week-end et je revoyais une de mes potes que j’avais pas vu depuis longtemps et qui me balance comme ça au cours d’une citronnade: “est-ce que tu as vu que Michel Gondry va adapter l’Écume des Jours?”. J’ai fait: “quoi?!” et là mon monde s’est écroulé. Je suis allé prendre mon téléphone et il n’y avait rien de prévu. C’était juste une idée pour moi mais c’était le but de ma vie. J’appelle mon prod et j’ai dit tu as vu? j’étais démuni et j’ai dit ok plus rien n’a d’intérêt. Il me dit non t’inquiète. Il y a déjà une version qui existe que je n’ai pas vu d’ailleurs, de 1972 avec Jacques Perrin qui est dur à trouver. J’ai jamais réussi à la voir. Mon prod me dit t’inquiète ça veut dire que tu as eu bonne idée, que ton idée elle est viable. On verra.

Avant ça, c’était annoncé qu’il allait le faire et plusieurs années après, j’habitais dans le 18ème il y a encore six mois, et un soir je rentre chez moi. J’habite sur le trottoir de droite et pourquoi ce soir là je rentre par le trottoir de gauche, j’en sais rien. Je marche. Je passe à côté d’un poteau sur lequel était scotché une page blanche et je ne sais pas pourquoi je m’arrête et je vais lire cette affiche. Je regarde le truc et je vois tournage la semaine prochaine dans la rue Lamarck de l’Écume Des Jours de Michel Gondry, entre le numéro 30 et le numéro 34. J’habitais au 32. Donc il est venu tourner ce film en bas de chez moi

C: C’est excellent !

A: J’ai rien vu. C’était tourné dans une appart en fait. Tu vois le cerveau, l’inconscient. Puis bon voilà, j’ai vu ce film et ce film est mauvais quoi. Et c’est pas de sa faute c’est juste qu’il est inadaptable. J’exagère.

C: Tu avais une idée du truc…

A: J’aime bien Romain Duris mais tu ne prends pas Romain Duris et tu ne prends absolument pas Audrey Tautou ! Et Amélie Poulain est mon film préféré mais tu ne prends pas Audrey Tautou… Bon en plus il a pris Alain Chabat pour faire le cuisiner c’est exactement ce que je voulais faire ! En plus ça fonctionne pas. Pourtant c’était cohérent, tu te dis Michel Gondry qui fait l’Écume Des Jours tu te dis oui évidemment.

C: oui c’est son style. C’est pas si mal que ça t’est pas plus. Il y aura une version 2030. Aujourd’hui non. Mais rien n’empêche que ça t’a poursuivi un moment…

A: Tu vois ça a été ça mon orgueil de pourquoi je veux faire du cinéma, parce que moi je veux adapter l’Écume Des Jours. Tu vois, et pas pour être connu c’est parce que je veux faire ça, je veux mettre des images là dessus. 

C: C’est pas pour rien…

A: Non. Il ne faut pas essayer de le comprendre surtout. 

C: Il y aura une suite !

Télétravail: Comment poser ses limites ?

Télétravail: Comment poser ses limites ?

Dans cette vidéo je vous parle du télétravail. Un nouveau mode de fonctionnement qui nous dépasse. Pour nombreux de mes clients, la crise sanitaire n’a pas attendu qu’ils soient prêt pour s’y mettre. Alors je vous propose une mini session coaching en vidéo sur le sujet. Un point très important pour débuter: comment poser ses limites à la maison ?

L’Obstacle est le Chemin

L’Obstacle est le Chemin


L’Obstacle est le Chemin (titre original: The Obstacle is the Way) de Ryan Holiday est un livre rempli d’histoires et d’anecdotes sur ceux et celles qui ont su dépasser l’obstacle qui se présentait à eux. Un regroupement d’outils et une philosophie de vie très stoïcienne. Parfait pour la continuité de la saison de cet été dédiée au syndrome de l’imposteur. Ce livre est un véritable trésor. J’ai eu la chance de le lire juste avant le confinement. À l’arrivée de ce dernier, j’ai pris l’opportunité qui m’était donnée (deux mois enfermée) pour appliquer quelques concepts.

Questionnement dans cet épisode et article que je vous invite à vous poser:

Qu’est-ce que représente ou évoque le mot “obstacle” pour moi ?

Je donne mon approche personnelle de ce mot au tout début du podcast 😉


En trois points :

Perception

La clé première c’est ce qu’on appelle Perception. En d’autres termes, comment vous voyez les choses et sous quel angle? La majorité du temps nous ne voyons que la partie émergée de l’iceberg. Elle est plutôt négative et désagréable. Qui aime avoir un obstacle sur son chemin? Si l’on se décale pour observer une autre vision de ce qui nous arrive (prendre des distances avec sa propre situation) alors on peut arriver à une nouvelle approche, plus lumineuse et plus riche que ce qu’on aurait pu s’imaginer avant.


Les histoires et les exemples évoqués pour ce point

  • Rockeffer et sa fortune: il a basé son approche en observant les erreurs de ses semblables (la panique)
  • Rubin Hurricane Carter en prison pendant 19 ans pour un crime qu’il n’a pas commis. Il en a profité pour étudier.
  • La NASA ne peut pas se permettre d’envoyer des individus incapables de prendre des distances avec leurs émotions dans le cadre d’un obstacle (danger, scénario alternatif) alors ils se doivent d’être préparés à gérer ce stress. [C’est ce que je te propose de faire en séance, pour me contacter c’est ici]

Question utilisée en Coaching: Posez-vous là lorsque ça vous arrive, « qu’est-ce que me conseillerait mon ou ma meilleur(e) ami(e) ? » Les stoïques s’imaginaient parler à un sage en lui demandant conseil face à une situation difficile.

Action

Le plus important après avoir changé de perspective, c’est de passer à l’action. Soit en prenant l’obstacle comme un avantage, dans ce cas de figure on le retourne. Soit en choisissant une autre voie alternative, qui nous est offerte. Ce point demande un minimum de créativité et de flexibilité mais il est tout à fait accessible à tous. Bien entendu, il sera question ici de garder le cap avec persistence et discipline (clé). 

Les histoires et les exemples évoqués pour ce point

  • Amelia Earhart avait un travail mondain mais gardait en vue des opportunités (créatives) pour réaliser son rêve: devenir pilote. Un jour, on l’appelle pour lui proposer de participer au premier vol transatlantique en tant que passagère non rémunérée.
  • L’histoire de Demosthene, le grand orateur d’Athènes.
  • Georges Clooney, dans ses débuts d’acteur rencontrait nombreux refus au point de sortir de casting avec beaucoup de colère. Sa solution ? Changement de perspective et de stratégie : « j’arrive en tant que solution pour les réalisateurs. Ils ont besoin de moi en tant qu’acteur. Je suis la solution à leur obstacle. »
  • Grèce antique, l’histoire du général Pericles et de la Guerre du Péloponnèse

Will

(La volonté) La perception et l’action c’est bien mais sans volonté il n’y a rien. L’important ici est de savoir avancer pas par pas. Peu importe la situation. Cette volonté c’est ce qui nous conduit tout au long du chemin. C’est ce qui a fait tenir dans le temps, les plus grands succès de l’histoire.

Les histoires et les exemples évoqués pour ce point

  • Walt Disney a été fondé onze mois avant le krach financier de 1929
  • Hewlett-Packard a été fondé pendant la Grande Dépression de 1935
  • Un coach sportif parlera toujours d’une montagne qu’il faut savoir approcher par petits pas: “match par match”

Enfin chaque obstacle a ses faiblesses et ses forces

  • Gandhi a su utilisé la faiblesse des anglais à son avantage (la non-violence).
  • Alexandre le Grand et son cheval Bucephalus (histoire évoquée en fin du Podcast). 
  • Thomas Edison a dû tester 6 000 matières avant de trouver le filament adéquate à son invention (l’ampoule).

Rappelez-vous surtout ce que j’évoquais lors d’un précédent épisode sur le stoïcisme: il y a ce que nous pouvons changer puis il y a ce sur quoi nous n’avons pas de contrôle. Alors autant l’accepter. Thomas Edison face à l’incendie de son laboratoire au début des années 1900, avait 67 ans et sa réaction fut : « Voilà une opportunité pour recommencer !”

N’oubliez pas, il y a ce qui vous arrive et puis il y a vous (votre réaction). 
Belle écoute, belle lecture, et bon été 

Supplément Vidéo

Un accompagnement authentique et personnalisé

Un accompagnement authentique et personnalisé

Vidéo de présentation pour les Adultes

Vidéo de présentation pour les Enfants

Pourquoi ?

À certains moments dans nos vies respectives, nous rencontrons des remises en question, des prises de conscience et parfois même des blocages qui peuvent nous amener à des situations de stress. Les outils utilisés en sophrologie, hypnose et coaching ont pour objectif de vous aider à débloquer ces situations inconfortables et retrouver du sens.

Quoi ?

Je propose un accompagnement “sophrocoaching” personnaliséadapté à chacun. En utilisant des outils et une méthodologie retrouvés dans chaque discipline. Concrètement : apporter une nouvelle perspective à travers un accompagnement spécifique visant à vous faire « révéler » votre vérité. Si j’ai choisi avant tout le coaching*, la sophrologie** et l’hypnose c’est pour leurs origines ancestrales et universelles (de Socrate à Platon, et bien d’autres) mais aussi la volonté de privilégier une pratique qui ne va pas “influencer” par le jugement mais à travers des outils que je vous propose et que j’adapte à chacun. C’est à travers ces méthodes et l’expérience que vous en faites que vous pouvez tirer profit pour vous-même, par vous-même. Une activité, un service professionnel qui diffère du conseil car mon rôle ne consiste pas à vous donner des directives mais à vous aider et vous accompagner sur votre chemin et (re)trouver votre voie. Parce qu’au fond, je crois au fait que toutes les réponses sont en chacun d’entre nous. Tout est question d’y accéder.

Qui ?

Adolescents, enfants, jeunes adultes, adultes, débutant une vie professionnelle, en transition professionnelle, en période de stress, à la recherche de sens, dans le cadre d’une reconversion ou remise en question. Cadre: vie professionnelle et ou vie personnelle.

Quand ?

Adaptabilité et flexibilité. Tout au long de la semaine, week-ends inclus. Horaires flexibles grâce à Skype et FaceTime. Possibilité de face à face sur Paris et en région parisienne (selon les horaires). Fréquences: concernant ma pratique, je n’impose pas de fréquence en particulier. Pour certain un rendez-vous suffit, pour d’autres il sera question de régularité sur les semaines et mois. Un accompagnement peut se dérouler sur une dizaine de séances, étalées sur plusieurs mois ou semaines.

Où ?

Par téléphone, FaceTime, WhatsApp, Skype ou possibilité de face à face (selon nos disponibilité respectives). Je privilégie Skype car cela permet un gain de temps, pratique pour les emplois du temps de chacun ainsi que plus de flexibilité pour les prises de rendez-vous et horaires (les rendez-vous tard le soir sont possibles). 

Enfant, Adolescent, Adulte (individuel) : 70€

Paiement en ligne : https://paypal.me/camillehavis

Pour plus d’éclaircissements…

*Le Coaching, c’est quoi? Accompagnement (d’une personne, d’une équipe) dans l’accomplissement et la réussite de ses projets. «Le coaching se doit aux hommes, à la réussite de leur évolution, à leurs performances, et à la seule place qui leur revienne dans les systèmes et les organisations du monde qui est le notre…, le centre.» Linkup Coaching. Le coaching consiste à accompagner des personnes ou des groupes dans la définition et l’atteinte de leurs objectifs, au bénéfice de la réussite de leur évolution personnelle et professionnelle. Le coaching est un accompagnement de personnes ou d’équipes dans le but de développer leurs potentiels respectifs, de permettre l’émergence et la mise en place de stratégies de réussite pour définir et atteindre leurs objectifs, tant dans les domaines personnels que professionnels. Le coaching a pour but de libérer le potentiel des hommes et /ou des équipes.

**Sophrologie, c’est quoi? Ensemble de pratiques visant à dominer les sensations douloureuses et de malaise psychique. Relaxation. La sophrologie est une méthode psychocorporelle utilisée comme technique thérapeutique ou vécue comme une philosophie de vie. Elle a été conçue par le neuropsychiatre Alfonso Caycedo et est inspirée de techniques occidentales comme orientales. Le terme SOPHROLOGIE, inspiré du grec ancien*, signifie étude de l’harmonisation de la conscience. Méthode exclusivement verbale et non tactile, la sophrologie emploie un ensemble de techniques qui vont à la fois agir sur le corps et sur le mental. Elle combine des exercices qui travaillent à la fois sur la respiration, la décontraction musculaire et l’imagerie mentale (ou visualisation). Toutes ces techniques permettent de retrouver un état de bien-être et d’activer tout son potentiel. La sophrologie permet d’acquérir une meilleure connaissance de soi et d’affronter les défis du quotidien avec sérénité. Origine de la méthode: Les inspirations de la sophrologie sont multiples et son fondateur a puisé dans des techniques qui existaient déjà dans les années 60. Du côté des techniques occidentales qui ont inspiré la sophrologie, on retrouve l’hypnose ainsi que les techniques de relaxation et de suggestion positive, comme la méthode Coué. Alfonso Cayceo s’est également enrichi lors de ses voyages en Orient de méthodes orientales comme la méditation, le yoga et le zen. Il a fait de cette technique un véritable carrefour entre l’Orient et l’Occident. A partir de toutes ces inspirations, son fondateur a créé une méthode unique et a codifié un ensemble d’exercices de façon très claire et précise. Il a défini des exercices de relaxation dynamique qui sont des mouvements doux associés à la respiration et a mis au point des sophronisations qui sont des visualisations guidées par la voix du sophrologue. Aujourd’hui, tous les sophrologues possèdent la même boite à outils qu’ils mettent à disposition de leurs clients pour répondre à leurs différents besoins.

Sophrologie en Entreprise

Sophrologie en Entreprise

Le bien-être de vos salariés étant primordial, tout particulièrement en cette période incertaine. Je propose un espace de bien-être à vos équipes, en face à face (en respectant les règles sanitaires) ou à distance:

  • Accompagnements et entretiens individuels: assurer la poursuite et l’accomplissement de ses objectifs, trouver un équilibre en télétravail..
  • Ateliers de sophrologie et de coaching: gestion du stress, session bien–être, relaxation et méditation…

Les 10 bénéfices de la Sophrologie en entreprise: 

  1. Améliorer la cohésion de groupe et le travail en équipe
  2. Faire ressortir les valeurs humaines et fondamentales de l’entreprise
  3. Acquérir la confiance et l’estime de soi pour chaque individu
  4. S’adapter plus aisément aux changements et à notre environnement
  5. Aider à prendre du recul pour prendre de meilleures décisions
  6. Gérer son temps et apprendre à prioriser son travail
  7. Travailler la prise de parole devant un public ou dans un environnement virtuel pour favoriser l’inclusion dans les réunions
  8. Se dépasser soi même, pour atteindre un épanouissement personnel au travail
  9. Réactiver la créativité au sein des entreprises et de leurs équipes
  10. Retrouver un équilibre de vie entre vie professionnelle et vie personnelle

Ainsi la Sophrologie permet un accompagnement, pour une évolution durable dans le temps, des individus afin d’assurer les défis collectifs à venir. 

Adversité en période Covid selon Eckhart Tolle

Adversité en période Covid selon Eckhart Tolle

Dans une récente vidéo, Eckhart évoque l’Adversité (challenges) en lien avec l’actualité (Covid-19). La période intense et incertaine entamée ces derniers mois nous a demandé à la fois de nous recentrer sur nous même et de nous tourner davantage vers nos écrans pour assurer la continuité de notre travail et du lien social avec le monde extérieur.

Ceci étant, les deux peuvent êtres contradictoires. Rester enfermé peut nous pousser à passer encore plus de temps sur les réseaux, ce qui est loin de nous être bénéfique sur le long terme. Plus que jamais, beaucoup sont dans l’incompréhension de ressentir un stress plus important qu’auparavant. Pourtant ils se retrouvent chez eux, entre quatre murs. Donc moins exposés au stress du quotidien: les transport en commun, les réunions au bureau… Tout se fait depuis le confort de la maison. Alors, d’où vient ce stress? 

La première raison qui parait évidente, celle de perdre un proche. Se faire du souci ou alimenter ces peurs avec les info, est-ce vraiment une bonne chose? Je reprends ici des propos évoqués par l’auteur Eckhart Tolle sur cette actualité. Plus que jamais ces mots raisonnent et paraissent de plus en plus justes, même en période de déconfinement… 


“Toutes ces pensées qui traversent votre esprit ne sont pas qui vous êtes. Ce sont des pensées. Comment vous le savez? Parce que, vous avez l’habilité de devenir conscient des pensées qui vous Viennent. Parce que c’est ainsi. Elles viennent à vous. Par la suite, vous ne croyez plus vraiment en ces pensées, vous voyez juste que ce sont des pensées. Vous pouvez voir très souvent, lorsque l’esprit collectif est concerné, la folie de beaucoup de choses dans ce que les gens disent. Vous pouvez soudainement voir beaucoup de ce que je vois dans les médias…

Il y a beaucoup de choses dedans qui sont en vérité assez folles. Les médias en général (et toutes formes de médias) sont l’externalisation de l’esprit humain et elles viennent renforcer la peur que vous ressentez normalement sans ce genre de choses. si vous INTERAGISSEZ trop fréquemment avec cette forme d’esprit collectif externalisé. Si vous regardez trop de télévision, si vous passez trop de temps sur les réseaux sociaux, si vous INTERAGISSEZ beaucoup trop avec ces outils, après, beaucoup de choses à l’origine du malheur (unhappiness), dans votre tête, sont amplifiées par ce que vous voyez

De par l’esprit collectif, vous devenez plus inquiet que vous ne le seriez sans les réseaux sociaux et les médias. Vous devenez encore plus craintifs parce qu’ils amplifient ce qui est déjà à l’intérieur de vous. Donc c’est extrèmement important, surtout pendant tout ce temps où vous intéragissez avec les médias, que vous deveniez conscients de comment inconscient la majorité des gens sont. Puis, vous pouvez agir. Vous pouvez ensuite regarder les nouvelles mais plus objectivement. Vous pouvez être là, comme une forme de présence et après vous voyez à quel point la peur est (alarmiste) et comment ils subventionnent en dramatisant, « catastrophant » les évènements.

Ils ne le font pas volontairement. Ils ne peuvent pas s’en empêcher, c’est leur travail. Ils doivent le faire. S’il veulent plus de vues, le plus ils dramatisent, et chargent d’émotions ces évènements… le plus ils auront de l’audience. Ils ne réalisent pas que c’est de la souffrance. Ils créent de la souffrance. Ils ne le savent même pas…”

Je vous propose deux solutions (actions) à mettre en place :

*Réduire ce temps passé connecté à cet « esprit collectif ». Ce qui veut dire, réduire le temps passé sur les réseaux et médias de façon générale. Pour ma part, j’ai un créneau de la journée réservé pour ce genre de choses. Si je termine suffisamment tôt, avant de sortir, entre 18h et 19h. Pas besoin de plus. Cela ne changera rien à ce qu’il se passe à l’extérieur. Ni à l’ampleur de la catastrophe. Pour rester productif et une source d’aide pour les autres, vous vous devez de vous protéger de cette « vague négative » qui domine sur ces sites. Sans vous empêcher pour autant d’y accéder et de vous informer. Une heure suffit largement. Lorsque vous vérifiez votre compte Facebook et les médias tout au long de la journée vous ne vous rendez pas compte des minutes et heures accumulées. La moyenne mondiale est de 2h30 quotidiennement passées pour les réseaux sociaux (statista, 2019)

*Lorsque vous interagissez avec les médias soyez conscient des faits. C’est l’expression de l’inconscient, appelé l’ego ici (personnel et collectif). Donc ça va forcément provoquer des émotions en nous (la colère, la tristesse, ou une énergie préférable, comme l’humour par exemple). Testez votre page Facebook. Prenez une feuille blanche, avec un stylo. Faites deux colonnes, celle de gauche avec un smiley 🙂 souriant et celle de droite avec un smiley 🙁 triste. Ouvrez votre compte Facebook ainsi que vos médias favoris. Indiquez d’une croix ❌ (dans la bonne colonne) l’émotion provoquée par chaque poste, ou chaque lecture de titre. Puis comptabilisez le nombre de smiley positif et négatif. Vous vous rendrez compte plus facilement de l’énergie donnée par la consultation de ces sites…

Source et vidéo de l’interview originale: https://www.youtube.com/watch?v=bUzC9CrTpoo