Lecture sur La Neurosagesse

Libérez votre cerveau! Traité de neuro sagesse pour changer l’école et la société par Idriss Aberkane

Dans cet ouvrage, Idriss Aberkane nous familiarise avec des concepts scientifiques encore trop peu connus du grand public et pourtant, d’une grande importance. Encore ce matin, j’entendais à la radio (sur Europe 1) le Ministre de l’éducation qui souhaitait « adapter l’école » à ce que nous apprend (de plus en plus) les neurosciences. Autrement dit, adapter un système au véritable fonctionnement de notre cerveau.

Cet ouvrage permet d’accéder au domaine universel qu’est celui des neurosciences. Il trace “le mode d’emploidétaillé de notre cerveau en y indiquant à la fois ses lacunes (ce qui fait que nous sommes notamment, facilement influençables, médias et publicité le démontrent) et ses richesses infinies trop souvent inexploitées (mémorisation, applications, croyances…).

Ce que je connaissais déjà, avant même de plonger dans ce livre, c’était la flexibilité de par la plasticité de notre cerveau. En effet, on nous apprend que le cerveau est un organe dont les capacités résident non seulement dans son anatomie mais aussi et surtout dans ce que l’on en fait. En d’autres termes, il insiste sur la responsabilité que nous avons tous à optimiser et exploiter pleinement (ou non) les vertus offertes par ce dernier (hors exceptions médicales). Ainsi, il cherche à nous responsabiliser non seulement en tant qu’être humain mais aussi et surtout en tant que citoyen (du monde).

Ceci nous rapproche considérablement à ce point important (objet de mon précédent article): nous créons nos propres limites, et personne d’autre ne le fait à notre place.

La nature est bien faite, en elle, réside toutes les réponses.

Un Manifeste

Ce livre devrait être obligatoire et accessible à tous. Non seulement pour son exemplarité mais aussi et surtout pour son accessibilité. Un ouvrage d’utilité publique de par son universalité, en effet, c’est un ouvrage qui s’applique à tous.

“N’ayez jamais honte de vous émerveiller et ne croyez jamais que le professionnel, c’est celui qui ne s’émerveille plus”. Idriss Aberkane

Une définition de la neuroergonomie ou l’art de bien utiliser son cerveau.

Libérez

Un savoir: la neuroscience nous apprend l’infini de nos capacités. Nous avons tous en nous les capacités à devenir prodiges encore faudrait-il que nous en soyons conscients. L’approche du terme “prodige” semble être évidente pour certains, elle sera différente pour d’autres. Tout comme l’est l’approche du “succès”.

“Je fais partie de ceux qui pensent que nous pourrions tous être des “prodiges”. Le problème ne vient pas de nos capacités, mais de notre définition du terme”.

Il alimente cette idée que nos sociétés ont cette “mauvaise habitude” de nous caser dans des boîtes (grandes ou petites). Je trouve cette « image » pertinente: 

“… et puis, la grande proclamation de la modernité, c’était que le progrès allait en quelque sorte libérer l’être humain. Mais moi, quand je prenais l’itinéraire d’un être humain dans la modernité, je trouvais une série d’incarcérations, à tort ou à raison. De la maternelle à l’Université, on est enfermés, on appelle ça un “bahut”, tout le monde travaille dans des boîtes, des petites, des grandes boîtes, etc. Même pour aller s’amuser, on y va, en boîte, bien sûr dans sa caisse, hein, bien entendu… Et puis vous avez la dernière boîte où on stocke les vieux, en attendant la dernière boîte que je vous laisse deviner. Voilà pourquoi je me pose la question: existe-t-il une vie avant la mort?” – Pierre Rabhi, conférence TEDxParis 2011

Et pourtant Steve Jobs, aussi, l’a très bien notifié: ce n’est pas l’ordinaire qui rend notre monde extraordinaire.

“Quand vous grandissez, vous avez tendance à prendre le monde comme il est, et à vous dire que votre vie est comme ça, dans le monde. Il ne faut pas trop se cogner contre les murs, avoir un famille sympa, épargner un peu d’argent… Ça, c’est une vie très limitée. La vie peut être bien plus vaste une fois que vous découvrez un fait très simple: tout ce qui vous entoure et que vous appelez la vie a été fabriqué par des gens qui ne sont pas plus intelligents que vous, et vous pouvez le changer, vous pouvez l’influencer, vous pouvez construire vos propres objets, que d’autres personnes utiliseront. Une fois que vous apprenez ça, votre vie ne sera plus jamais la même.”

Ici, Steve Jobs nous rappelle notre part de responsabilité dans nos choix et décisions que nous effectuons par rapport à nos vies respectives. La seule limite réside dans nos croyances et l’opinion des autres apparaît alors comme le véritable blocage:

“Votre temps est limité, alors ne le gâchez pas à vivre la vie de quelqu’un d’autre. Ne vous laissez pas piéger par les dogmes – car c’est vivre dans le résultat de la pensée de quelqu’un d’autre. Ne laissez pas le bruit des opinions des autres noyer votre voix intérieur. Et le plus important, ayez le courage de suivre votre coeur et votre intuition. Ils savent déjà, d’une certaine façon, qui vous voulez vraiment devenir. Tout le reste est secondaire.”

Ce discours de Steve Jobs (donné à Stanford) inspire beaucoup à l’entrepreneuriat. L’idée de suivre sa passion, (et son coeur) ce qui n’est pas commun dans un système qui va plus privilégier la logique du cerveau gauche. Comme le dit très bien l’auteur, l’échec en soi est une forme de diplôme, et il n’a pourtant pas de prix.

Par ailleurs, comme je le rappelais à juste titre en introduction, le fonctionnement et les capacités de notre cerveau sont une ressource illimitée. En soi réside des capacités et pour en illustrer ses prouesses, ainsi que son fonctionnement, Idriss Aberkane nous parle entre autre de techniques dont notre pouvoir de mémorisation: l’association de chiffre à des phrases, ainsi que la symbolique des images et des associations d’idées créent des connections dans notre cerveau permettant d’acquérir une mémoire reliée à notre champ émotionnel. Plus on touche aux émotions, plus on ancre un fait ou une idée!

Il expose aussi le mentalisme ou “comment payer quelqu’un avec du papier blanc”

Enfin, il parle aussi de la méditation comme pratique permettant de se dissocier de ses propres pensées et de prendre une certaine distance avec le monde qui nous entoure. Ce qui permet des prises de conscience.

“D’un point de vue neuroscientifique, cette dernière n’est rien d’autre que le contrôle de notre vie mentale spontanée”.

Connaître

Dans cette deuxième partie, destinée à la connaissance de notre cerveau, l’auteur pose la question: Qui est votre cerveau?

La comparaison entre notre cerveau et un ordinateur est d’actualité étant donné les futures prouesses annoncées de l’Intelligence Artificielle (IA). Mais pour Idriss Aberkane il n’est pas question d’en arriver là, car tant que nous ne seront pas capables de reproduire à l’identique la complexité du cerveau humain alors la machine sera toujours « inférieure » à l’homme.

Entre autres de par notre inconscient, nos émotions et les sentiments que nous sommes capables d’éprouver (contrairement à un ordinateur). Il nous parle aussi du pouvoir des émotions mais aussi et surtout celui de la peur, permettant la survie humaine et donnant lieu à des addictions (d’où le succès des films d’horreur par exemple). En d’autres termes, nous “étiquetons” le monde réel (celui qui nous entoure) avec nos émotions.

L’économie de la connaissance

Enfin, il compare notre cerveau à un univers à part entière avec une économie intégrée Sa comparaison avec les Lego est très pertinente :

“Notre cerveau est une gigantesque économie de service et chaque aire est exportatrice et/ou importatrice d’un service. Nos capacités cognitives sont des Lego de services assemblés. Et dans ce grand Lego des services, nous sommes loin d’avoir exploré toutes les possibilités offertes par nos briques neurones”.

Il va même jusqu’au domaine de l’urbanisme, en comparant l’anatomie d’une ville comme Paris à l’anatomie du cortex cérébral.

La neuroergonomie pour l’économie de la connaissance

Il expose nos capacités à transmettre et le pouvoir auto multiplicateur du savoir. Ainsi il distingue bien la différence entre information et savoir:

“L’information et le savoir ne sont pas la même chose. L’information est ponctuelle, le savoir est reproductible.”

“L’intérêt de l’économie de la connaissance, c’est que le savoir potentiel est infini. Tout ce qui est matériel est fini, mais le savoir potentiel est infini, étant immatériel. Quand on partage un bien matériel, on le divise, quand on partage un bien immatériel, on le multiplie”. 

Ainsi tout le monde naît avec du pouvoir d’achat (pour illustrer le flux de connaissance il dit):

“La connaissance échangée est proportionnelle à l’attention multipliée par le temps”.

“Cette équation est limitée mais elle demeure puissante. Elle permet de fonder une économie de la connaissance avec une théorie de son pouvoir d’achat”.

Un parallèle avec notre monde actuel : aujourd’hui basé sur l’économie de l’attention (ce sur quoi fonctionne de grands groupes comme Facebook et Twitter aujourd’hui): “aujourd’hui, l’information est surabondante, mais l’attention, elle, est de plus en plus limitée.”

Il est question ici non seulement de réguler cette attention limitée que nous avons, à bon escient, mais aussi de donner un accès plus large aux connaissances qui sont trop souvent réservées à un domaine d’experts.

Dans l’éducation

Idriss Aberkane dénonce notre système éducatif qu’il compare à un buffet à volonté rempli de bonnes choses. Cependant, ce dernier apporte dégout car l’élève est en quelque sorte “incité”, voir “forcé” à terminer le buffet peu importe sa faim et sa volonté. C’est un système contreproductif de forcer des enfants à assimiler des choses qui trop souvent ne font pas sens. Une bande dessinée a été réalisée dans le livre pour illustrer ce fonctionnement de l’éducation: un buffet illimité où le plaisir est gâché par l’obligation de “devoir tout terminer”. Ainsi le système scolaire actuel est basé sur des faits qui s’avèrent êtres loin de toute réalité « neuroscientifique ». Dans nos écoles, nous découvrons jour après jour, un manque d’enthousiasme de la part des élèves. Et en même temps, rien n’est fait pour leur donner l’envie.

Jouer, travailler, vivre…

Par ailleurs, il aborde notre approche contemporaine du travail qui est loin d’être positive. Le mot “travail” est un terme clair pour vous, mais il donne lieu à beaucoup de confusions car l’approche du travail est propre à chacun. L’approche donnée dans nos sociétés, oublie le “plaisir” et l’“amour” que l’on ne trouve que trop rarement pour décrire notre “vie professionnelle”.

Enfin, Idriss Aberkane nous parle de l’importance du jeu comme source d’apprentissage. Le ludique pour apprendre avec plaisir et plus de facilité. Le jeu comme outil pédagogique a été prouvé comme efficace dans le passé (exemple de la méthode Montessori par exemple) cependant, on le limite aux enfants. Passé un âge les enfants n’ont plus “le droit” de retrouver ce côté plaisir et ludique qui est considéré comme “l’opposé de l’effort” exigé par le terme “travail”.

Il va même jusqu’à proposer aux parents d’élèves sujets aux jeux vidéos, quelques règles permettant une balance entre le ludique et l’apprentissage scolaire. Par exemple il propose le ratio suivant: une heure et demi de travail donne lieu a une heure de jeux vidéo. Dans ce cas-ci, le travail inclut les révisions mais aussi les tâches ménagères et autres, permettant notamment de responsabiliser son enfant.

Marketing, politique et journalisme

Ce qui m’a le plus marqué dans cette partie dédiée au marketing et au journalisme (en passant par la politique) ce n’est pas la “frustration” utilisée par les publicitaires mais les bases (biais) sur lesquelles reposent le média. Ce qui nous rappelle le pouvoir des croyances:

“Nous donnons plus d’attention à ce qui confirme nos croyances qu’à ce qui les infirme. C’est le biais de confirmation. Notre mémoire n’est pas fiable. C’est le biais de mémorisation. Les médias parlent davantage du mal que du bien parce que le mal fascine et sidère davantage que le bien. Il est infiniment plus facile de faire la couverture en mal qu’en bien. C’est le biais de l’échantillonnage. Les mauvaises nouvelles sont mieux mémorisées que les bonnes. C’est le biais de la sidération”.

Homme augmenté… homme aliéné?

Cette partie est beaucoup liée au concept de l’homme “version augmentée” et ce en quoi les prétendants à ces nouvelles avancées technologiques incorporées à l’Humain sont en réalité bien loin du compte.

“Le garagiste sait qu’il ne faut pas customiser un mécanisme qu’on ne sait pas refaire. Ceux qui prétendent augmenter le cerveau à l’aide d’implants non médicaux semblent ignorer ce principe”.

Ici il est question de balance entre l’homme et la machine, où l’homme reste maître de l’outil et non le contraire. Ce que la santé a parfois tendance à trop privilégier rien qu’avec les médicaments proposés aux enfants ayant des problèmes d’attention à l’école (par exemple). Je partage son avis stipulant que “administrer de la ritaline à nos enfants, sous prétexte qu’ils ne sont pas suffisamment attentifs à l’école, est une gigantesque erreur, par laquelle on soigne des bien-portants, alors qu’on devrait soigner l’école”.

Au lieu de donner trop d’intérêt à l’objet même (l’école, les médias, le travail) nous devrions porter plus d’attention aux capacités inertes de l’individu.

Neurosagesse

“Une civilisation avec beaucoup de connaissance et peu de sagesse est menacée d’autodestruction”. 

Un message important est délivré dans cette dernière partie du livre: rendre accessible ce savoir, et la vulgarisation de la science (dont la neuroscience). Mais aussi, l’importance de l’accessibilité des neurosciences (plus précisément l’application de ces dernières) dans nos vies. Ce en incluant la sagesse, car on a beau avoir des sociétés où l’information ne manque plus, il y a un véritable manque en terme de sagesse et de sens chez l’individu. D’où l’importance même de garder ces deux points regroupés: neuroscience + sagesse = neurosagesse.

J’ai trouvé cet extrait particulièrement « juste » sur ce sujet: “Notre civilisation produit une très grande quantité de connaissance et l’on peut estimer, en quantité, son temps de doublement autour de sept ans. Or, si nous produisons de la connaissance exponentiellement mais que nous la livrons linéairement, nous avons un gros problème: la connaissance mondiale croît bien plus qu’un individu ne peut l’acquérir”… “si nous produisons énormément de connaissance, nous produisons très peu de sagesse. Pire: nous idéalisons l’avancé technologique et ridiculisons la spiritualité et la sagesse, et nos avancées technologiques n’ont pas été rattrapées par celles de notre conscience. Nous sommes philosophiquement immatures, ce qui fait de notre civilisation un danger pour elle-même”.

Enfin, on constate les limites même de la technologie lorsque cette dernière n’est plus au service de l’homme mais au contraire, fait de l’homme une sorte d’“esclave”.

Neuromimétisme

Il est bien noté que l’Homme s’est trop souvent considéré comme être hiérarchiquement supérieur à la nature alors que ce devrait être le sens inverse. Le neuromimétisme consiste à dire que toutes les réponses se trouvent dans la nature. Le problème réside dans les attentes surdimensionnées de l’Homme à ce que la nature suive le cours de sa productivité et son rythme affamé qui ne connaît plus de limite (l’hyper productivité).

“Ce n’est pas à la nature de produire comme nos usines, c’est à nos usines de produire comme la nature.”

Peut-être que le fonctionnement actuel est clairement rentable sur le court terme mais il coûtera bien plus cher sur le long terme pour d’autres (futures générations) car malheureusement les catastrophes naturelles (déjà fortement présentes aujourd’hui) ne se limitent pas aux pays développés – industriellement (à l’origine de nos changements climatiques) et à la nature, dans le sens où cette dernière s’en verra réduite de par l’action humaine et les attentes grandissantes et disproportionnées de ce dernier.

Nombreux sont les grands inventeurs de notre histoire à avoir découvert et visionné ces capacités immenses qui résidaient déjà en la nature même et cette prédiction de Nicolas Tesla (datant de 1926) citée par l’auteur le démontre bien:

“Quand la radio sera parfaitement mise en application, la terre entière sera convertie en un gigantesque cerveaux e qu’elle est en fait, toutes choses n’étant que les particules d’un tout rythmique. Nous serons capables de communiquer les uns avec les autres instantanément, sans tenir compte des distances. Et par seulement cela, mais à travers la télévision et la téléphonie nous serons capables de nous voir et de nous entendre aussi parfaitement que si nous étions face-à-face, en dépit des distances couvrant des milliers de kilomètres; et les instruments par lesquels nous serons capables de faire cela seront incroyablement simples comparés à nos téléphones d’aujourd’hui. Un homme pourra en porter un dans la poche de sa veste.”

Nicolas Tesla sait à quel point son côté visionnaire lui à coûté: mort dans la pauvreté, et peu reconnu de ses semblables à cette époque.

Conclusion:

Pour conclure cet article, je terminerai avec cette citation découverte à l’occasion d’une conférence d’Idriss Aberkane qui m’a permis entre autre de découvrir ce livre 🙂

“Toute vérité franchit trois étapes. D’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis, elle est considérée comme ayant été une évidence.”

– Schopenhauer

Camille Havis, le 11 janvier 2018

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